Interview de Richard Maponya - 21/02/08
Soweto - Success story malgré l’apartheid
Richard Maponya nous parle de sa lutte contre l'apartheid et du rêve qu'il a réalisé : l'ouverture d'un centre commercial en plein cœur de Soweto.
vers l'interview
« A l’époque où j’ai voulu me lancer dans les affaires, tous les Noirs, dans ce qu’on appelait les zones urbaines, étaient là comme main d’œuvre temporaire. Nous étions là pour travailler dans l’industrie [...] ‚Vous n’avez aucun droit de faire du commerce’ »
« La réalisation du Maponya Mall est le point culminant de ma carrière d’homme d’affaires. Je me suis battu près de 28 ans pour mettre en place ce centre commercial à Soweto. »
« Quand Mandela et d’autres membres de l’ANC faisaient de la politique, je faisais de l’économie. J’ai toujours eu leur soutien, et ils voulaient qu’on gagne cette bataille, car gagner la liberté c’est bien, mais si on ne participe pas à l’économie du pays, où est l’équilibre pour la population ? C’était une bataille très dure. »
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Transcription de l'interview complète :
1ère partie :
Richard Maponya nous parle de son Mall
« Mon nom est Richard Maponya, Je suis Sud-Africain. Je suis né dans la province du Limpopo.
La réalisation du Maponya-Mall est le point culminant de ma carrière d’homme d’affaires. Je me suis battu près de 28 ans pour mettre en place ce centre commercial à Soweto. On m’a refusé ce droit, et je continuais à dire : « Soweto est une ville dans la ville, elle a des qualités et des défauts, mais elle a 1 million et demi d’habitants, et c’est le plus grand des quartiers de Johannesburg. Si vous regardez les autres quartiers de Johannesburg, tous ont un centre commercial. Pourquoi Soweto n’aurait-il pas le droit d’avoir aussi son centre commercial ?
L’inauguration du centre a été le plus beau jour de ma vie. J’étais comme sur un nuage, parce que je savais que mon rêve était devenu réalité. Et ce qui me rend encore plus heureux, c’est qu’on a pu créer tant d’emplois pour nos jeunes qui quittent l’école à Soweto. Vous savez, le chômage aujourd’hui est un problème central dans notre pays. Nous avons créé plus de 2 000 emplois et cela me comble de plaisir d’avoir pu créer ce centre pour les gens de Soweto, une réalisation de qualité qui pourra faire face à l’épreuve du temps.
Je pense que j’ai tracé le chemin pour prouver au monde, aux nôtres en Afrique du Sud, que les Noirs ne doivent pas être sous-estimés, ils sont aussi raffinés que les Blancs. Ils veulent le meilleur.
J’ai l’intention de créer d’autres centre commerciaux, dans des zones dites autrefois « zones noires », celles qu’on oublie, dont on croyait qu’elles étaient des zones à risques. Je veux monter le même genre d’établissements dans les neuf provinces sud-africaines. »
2e partie :
Richard Maponya lutte contre l’apartheid
« A l’époque où j’ai voulu me lancer dans les affaires, tous les Noirs, dans ce qu’on appelait les zones urbaines, étaient là comme main d’œuvre temporaire. Nous étions là pour travailler dans l’industrie, et si vous étiez vieux, blessé, ou malade on vous renvoyait d’où vous veniez. Le pouvoir de l’époque m’a dit, quand j’ai voulu me lancer dans les affaires : vous êtes là pour travailler pour l’industrie, vous n’avez aucun droit d’aucune sorte d’être dans le commerce.
Soweto a été créé à l’époque comme un dortoir, pour que les Noirs dorment là, se lèvent, et aillent travailler dans les industries. J’ai dit : « Il y a des centaines de Noirs ici et ils ont besoin d’avoir un magasin où ils peuvent acheter pour leur besoins quotidiens. Et ils m’ont répondu : « Vous n’avez aucun droit de faire du commerce…»
Vous savez, j’étais un membre de l’ANC, et je savais que le pouvoir de l’époque nous refusait par la loi le droit de créer des entreprises, et de devenir homme d’affaire. Il nous disait : « Vous n’avez aucun droit dans les zones urbaines. Si vous voulez avoir des droits, vous n’avez qu’à retourner sur la terre où sont nés vos pères…»
J’étais une sorte d’activiste économique. Je savais que je me battrais pour gagner. Car ce qu’on voulait gagner comme droit, c’était participer à l’économie du pays… Quand Mandela et d’autres membres de l’ANC faisaient de la politique, je faisais de l’économie. J’ai toujours eu leur soutien, et ils voulaient qu’on gagne cette bataille, car gagner la liberté c’est bien, mais si on ne participe pas à l’économie du pays, où est l’équilibre pour la population ? C’était une bataille très dure. »
3e partie :
Success story malgré l’apartheid
« Je connaissais parfaitement la filière textile et je voulais ouvrir un magasin de vêtements à Soweto, mais le pouvoir de l’époque m’a refusé la licence. Ils m’ont dit : « Tout ce qu’on peut vous donner, c’est une autorisation pour vendre les biens de première nécessité. Sur la liste des biens quotidiens, j’ai choisi « crèmerie », car c’est un cash-business, c’est une affaire ou on encaisse l’argent tout de suite.
A l’époque, on n’avait pas d’électricité à Soweto. Le lait étant périssable, on ne pouvait l’acheter que pour l’utiliser tout de suite. Si vous vouliez avoir une petite réserve, impossible de le conserver, il fallait racheter votre lait jour après jour. L’heure de pointe d’achat de lait était le matin, quand les gens préparaient leur petit déjeuner. Puis dans la soirée il y avait une autre heure de pointe où on vendait beaucoup de lait, car on l’utilisait pour le thé ou pour préparer le repas.
On a demandé au pouvoir de l’époque de nous autoriser à vendre de la viande aussi le dimanche, en plus de la semaine. J’ai justifié cela en disant : « Nous vendons la viande aux ouvriers. Les ouvriers doivent manger, pour qu’en allant au travail le lundi, ils soient en forme. Pareil pour le savon. Les gens doivent laver leurs vêtements le dimanche, et avoir le temps de se laver. Et quand ils vont travailler le lundi, ils sont propres. Donc on a demandé au pouvoir de l’époque de pouvoir vendre ces produits le dimanche. Mais croyez-moi ou non, le pouvoir de l’époque nous a refusé ce droit. »
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Edité le : 21-02-08
Dernière mise à jour le : 21-02-08