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08/04/2008 -Jazz - 28/08/08

Special MPS

Un hommage au légendaire label de jazz venu de la Forêt-Noire


C’est loin des capitales musicales de la planète que le légendaire label de jazz MPS a vu le jour au début des années 70, dans la province souabe de l’Allemagne. Son fondateur, Hans Georg Brunner-Schwer, était un véritable passionné de jazz ; il s’attachait à offrir aux artistes une ambiance de travail familiale et des conditions de production idéales, et leur laissait une totale liberté artistique.

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Ce label allemand indépendant a écrit quelques belles pages de l’histoire du jazz. Pourtant, il est longtemps resté dans l’ombre des géants américains comme Blue Note et Verve. Il est donc d’autant plus réjouissant d’apprendre que l’ensemble du catalogue MPS est réédité sous la forme d’une luxueuse collection de CD.

À l’origine, MPS était l’acronyme de « Musikproduktion Schwarzwald » (production musicale de la Forêt-Noire). Mais, vu les conditions de studio et de production exceptionnelles qu’il proposait, ces trois lettres sont rapidement devenues l’abréviation de « Most Perfect Sound » (le son idéal). Tout a commencé dans le giron de la famille Brunner-Schwer, où se sont déroulées les premières séances d’enregistrement. Les musiciens poussaient les meubles du salon et le téléviseur pour se faire une petite place, tandis que Brunner-Schwer opérait depuis son studio installé sous le toit. Voisins, musiciens amis et critiques de musique étaient conviés à ces enregistrements de concerts intimes et familiaux. Ils ont ainsi eu la chance d’approcher, entre autres, l’immense pianiste Oscar Peterson. Dès lors, des icônes du jazz ont fait leur apparition dans la petite ville de Villingen : Ella Fitzgerald, Duke Ellington, Dizzy Gillespie, Bill Evans, Baden Powell et tant d’autres. Tous ont bien sûr appris à apprécier le perfectionnisme souabe, mais aussi les spécialités culinaires locales, comme les « spätzle ».

Poussé par le manque d’espace, MPS s’installe dans un studio d’enregistrement professionnel, qui permettait des productions plus ambitieuses. Outre le jazz pianistique et le latin-jazz, les nouvelles évolutions techniques ont amené MPS à produire des styles plus expérimentaux et plus progressifs : le free-jazz et la fusion. On trouve donc au catalogue de MPS aussi bien les partisans de la tradition jazzistique que les tenants de la modernité. Les six premières rééditions de cette collection MPS reflètent parfaitement cette diversité. L’album du Dave Pike Set, enregistré en live durant les Berliner Jazztage de 1969 (ancien nom du JazzFest Berlin), tire son essence d’une combinaison virtuose de jazz soul et de swing.

À l’inverse, sur « Free Action », Wolfgang Dauner rompt avec le jazz traditionnel, efficacement entouré des adeptes du free-jazz que sont Mani Neumeier, Jean-Luc Ponty et Eberhard Weber. Association P.C. et Jeremy Steig ont également placé « Mama Kuku » intégralement sous le signe du free-jazz expérimental. Sur « Faces In Reflection », le claviériste George Duke, qui a, pendant des années, joué aux côtés de Frank Zappa, évolue à nouveau dans des sphères où s’estompent les frontières du disco, du jazz, du funk et du rock. Sur « Helen 12 Trees », Charlie Mariano se voue corps et âme au jazz fusion, avec quelques incursions dans la world music. Mais entre tous, l’album « Got The Blues », du chanteur et violoniste d’exception Don « Sugar Cane » Harris, sort du lot : dans cet enregistrement, avec Robert Wyatt, l’unique, à la batterie, Sugar Cane réalise une symbiose grandiose entre le blues et le jazz fusion.

Grâce à cette collection exceptionnelle de CD, MPS est enfin reconnue comme le label de jazz pionnier qu’il a toujours été.


  • Autre recommandation :

DVD
Elke Baur
« Jazzin’ The Black Forest »





Des DJ comme Rainer Trüby ou Mojo Club, de Hambourg, ont tiré le label de jazz souabe MPS d’un long sommeil et en font profiter les clubs. C’est le point de départ qu’a choisi la réalisatrice Elke Baur pour son film documentaire, qui explore les racines de MPS, au cœur de la Forêt-Noire.

Bien qu’elle perde parfois le fil narratif à force d’interviews et qu’elle souligne un peu trop les paysages idylliques avec de multiples prises de vue circulaires sur les cimes de la Forêt-Noire, « Jazzin’ The Black Forest » est absolument incontournable pour tous les passionnés de jazz. Leur cœur bondira à la seule vue des nombreuses séquences tournées en super 8 durant les séances de jazz qui se déroulaient dans le séjour de Hans Georg Brunner-Schwer, ou des chaleureux entretiens avec d’anciens collaborateurs de MPS, qui parlent des musiciens comme de leurs propres enfants.

On perçoit dans toute son évidence la relation intime et familiale qui s’était nouée entre MPS et ses artistes. Même si, avec leurs cheveux longs, les joueurs de free-jazz ne correspondaient pas exactement à l’image du gendre parfait que se faisaient les habitants de cette petite ville de Souabe, ils y étaient accueillis à bras ouverts, malgré leur allure étrange et étrangère. De même, les interviews récentes des jazzmen George Duke, Albert Mangelsdorff, Wolfgang Dauner, Eberhard Weber et Joachim Kühn véhiculent une certaine nostalgie. Ces musiciens parlent d’une époque révolue, la musique étant devenue business. En ce temps-là, des visionnaires avaient encore l’audace de signer des productions originales et de se lancer dans des expériences musicales.


Matthias Schneider

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CD
Special MPS
Un hommage au légendaire label de jazz venu de la Forêt-Noire
Wolfgang Dauner « Free Action »
The Dave Pike Set « Live At The Philharmonie »
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Promising Music / SPV / Nocturne

DVD
Elke Baur
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Monitorpop / SPV / Differ-Ant

Edité le : 07-04-08
Dernière mise à jour le : 28-08-08