Réduire Stan Getz à la Bossa Nova reviendrait à lui enlever nombre de ses mérites. Le saxophoniste ténor, né Stanley Gayetzsky le 2 février 1927 à Philadelphie, était en premier lieu un représentant du jazz cool lyrique. Getz a toujours été un technicien de génie, mais savait gommer de façon magistrale ce qui pouvait ressembler à de la pure technicité. Les musiciens et le public appréciaient le lyrisme et l’extrême souplesse de sa sonorité, par laquelle il conférait une chaleur extraordinaire même aux rythmes rapides du be-bop.
Ce saxophoniste appartenait au cercle des musiciens West Coast, qui, à l’instar de Gerry Mulligan, opposaient au style chaud et volcanique des boppers une musique cool et feutrée, tout en retenue. Il préférait sonder les innombrables nuances de la douceur des sonorités que d’aller chercher des notes suraiguës, toujours plus dures. Il s’est également détourné du jazz cool des musiciens qui gravitaient autour du pianiste Lennie Tristano : là où ceux-ci cultivaient une nouvelle abstraction et un son aussi « frais » que possible, Getz chargeait son jeu d’un sentiment subtil et d’une grande richesse d’inventions mélodiques. Sur ses albums précédents, « Stan Getz Plays » et le live « Stan Getz At The Shrine », il se trouve toujours à la jonction entre le be-bop et le jazz cool. On sent encore l’influence de Lester Young dans le jeu extrêmement fluide de Getz et la recherche d’un son s’approchant autant que possible de la voix, ce qui donne à l’auditeur l’impression que la musique lui raconte une histoire. Mais par-delà toutes les références et influences, Stan Getz a développé son propre langage musical.
Depuis la fin des années 1940, il dirigeait son propre ensemble, auquel se sont joints, occasionnellement, des invités comme J. J. Johnson, Miles Davis, Jimmy Rainey ou encore Horace Silver. Jamais le dialogue musical ne sera plus intense que dans sa collaboration avec le tromboniste Bob Brookmeyer, qui avait quitté le groupe de Getz début 1954, mais qui était revenu pour le concert au Shrine Auditorium de Los Angeles. Huit des dix morceaux, dont une version endiablée de « Lover Man », proviennent du concert du 8 novembre 1954, « Feather Merchant » et « We'll Be Together Again » ayant été enregistrés en studio le jour suivant, avec Frank Isola à la batterie. « At The Shrine » donne à entendre un Stan Getz au sommet de sa force créatrice et de sa capacité d’innovation, témoignant d’une immense dextérité et d’une aisance admirable.
Rarement les dialogues du couple parfaitement harmonieux que formaient Getz et Brookmeyer n’ont été plus intimes et plus riches. Accompagné de John Williams (piano), de Bill Anthony (basse) et d’Art Mardigan (batterie), Stan Getz a créé un chef d’œuvre d’une élégance aussi fraîche que brûlante, avec des imbrications hautement complexes dans la ligne mélodique, une humeur enjouée et une concentration extrême. Ce qui apparaissait comme une contradiction décrit simplement les limites extérieures de l’univers musical de l’un des improvisateurs les plus originaux et les plus doués de l’histoire du jazz.
- Note : L’album n’est actuellement disponible qu’en import japonais.






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