Synopsis : Publiées en avril 2004, les photos prises un an auparavant par les soldats américains en poste à la prison d’Abou Ghraib ont provoqué un retentissement mondial. Pour beaucoup, elles témoignent de la réputation ternie de la mission américaine en Irak, quand l’ingérence de Washington n’est pas carrément résumée à cette série de clichés numériques à laquelle on ferait trop d’allégeance en la qualifiant de sadienne : humiliation, torture, violence, vulgarité et déni humain qualifient les méthodes employées pour interroger les prisonniers, raflés pour la plupart au hasard des rues de Bagdad. Au départ, il s’agissait de retrouver Saddam Hussein… Errol Morris élabore son investigation à partir de plusieurs témoignages, dont Janis Karpinski, en charge du commandement des établissements pénitenciers investis en Irak par les troupes américaines, ou du private Lynndie England, vingt ans à l’époque des faits, dont le visage est aujourd’hui connu de plusieurs milliards de personnes.![]() | |
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Errol Morris cherche à révéler l’ambiguïté au lieu de l’éradiquer et sa démarche ne se milite pas à la pédagogie, mais sur le terrain de la dénonciation des multiples façons dont la Convention de Genève est ridiculisée, certains intellectuels de la vieille Europe ont horreur de la concurrence. Le travail du réalisateur se focalise de plus sur les soutiers de l’épisode d’Abou Ghraïb, peu préparés à occuper certains postes durant l’invasion de l’Irak. Il est dit de cette déficience qu’elle fut une stratégie en soi de Donald Rumsfeld et Dick Cheney, afin que l’incertitude soit facteur de vulnérabilité auprès des prisonniers. Quoi de plus terrorisant que de savoir que son sort repose sur le bon vouloir d’un redneck passablement débile ? Errol Morris ne manque pas de rappeler dans son film qu’à l’instar de Hitler, les faucons de Washington estimaient que « ce ne sont pas les moyens qui comptent, c’est le résultat », et qu’une débauche de matériel et de vies supprimées peut légitimer la capture du tyran irakien.
Il remplace le traditionnel nazi cruel, suave et omniscient des films situés durant la seconde guerre mondiale par de simples soldats américains dont il affiche en cinémascope les traits adipeux et mixe en stéréo l’accent plouc. Ces derniers ont pour la plupart été condamnés par un tribunal après la publication des photos prises dans l’exercice de leur fonction, quand les plus malins se sont ingéniés à rester hors champ ou à le devenir par la grâce du recadrage sans être inquiétés.
« Standard Operating Procedure » n’est donc pas seulement un documentaire sur les évènements d’Abou Ghraïb (leurs preuves ont été détruites et pour Errol Morris, il s’agit de montrer que la prison elle-même constitue cette preuve. Elle est donc reconstituée à l’image). Au-delà de la diplomatie à l’âge de la terreur et de l’impact du rôle amoindri de la loi dans les relations internationales, il ne se limite pas non plus à l’éternelle constat d’une surenchère matérielle typiquement américaine et - si tant est qu’il faille revenir sur l’obscénité de ce postulat - inversement proportionnelle à son efficacité (rien de ce qui a été commis à Abou Ghraïb n’a permis la capture du Raïs). Ce documentaire politique s’attache aussi à un automatisme dans l’acte de filmer ou de photographier, une omniprésence de la représentation auprès des classes sociales les plus basses, qui non seulement brouille les pistes (avec ou face à une caméra, peut-on jamais révéler plus facilement quelque chose de soi ou du monde ?), mais permet aussi de préserver un ordre social en exonérant les plus gradés, hors champs et hors d’atteinte.
Julien Welter







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Errol Morris revient sur les photos de la prison d’Abou Ghraïb. Quand la pornographie des images, la vulgarité des fantassins et la morgue des commandeurs inatteignables s’ingénient à escamoter la vérité. 
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