Critique : « Nobody Knows », ou le calvaire de quatre enfants livré à eux-mêmes dans un petit appartement de Tokyo après la disparition de leur mère, est vieux de cinq ans. Entre-temps, son auteur Hirokazu Kore-Eda s’est essayé à un film de samouraïs, « Hana » (2006), qui mélangeait l’humour et l’absence totale des duels au sabre. Refusé par les grands festivals et inédit dans les salles en Europe, « Hana » est un camouflet qui explique peut-être le geste un peu timoré du cinéaste, au moment de concevoir son successeur « Still Walking », d’autant que le scénario se réfère au souvenir de la propre mère de Kore-Eda. L’auteur, qu’on a connu assez radical dans sa démarche (« Afterlife » en 1998 et « Distance » en 2001), donne aujourd’hui l’impression de marcher sur des œufs en dépeignant cette famille japonaise endeuillée. Ce faisant, il n’est plus très loin de l’académisme.

De Hirokazu Kore-Eda
(2008, Japon, 1h55)
Abe Hiroshi, Natsukawa Yui, Takahashi Kazuya…

Par petites touches (chez le cinéaste, la dépression est toujours amendée par le choix d’une lumière naturelle et rassurante), Kore-Eda parvient encore une fois à glisser du particulier au général en s’inspirant de la figure de sa mère. Un pied dans chaque monde, le présent et le passé, il livre une nouvelle variante en mode mineur de son thème de prédilection : Ni avec toi ni sans toi. Plus que la mère, c’est cependant le personnage du père qui retient l’attention, ce médecin pas vraiment capable de prendre la mesure des douleurs subies par ceux qui l’entourent.
Julien Welter






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