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Sortie du 28 novembre 2001
STORYTELLING
De Todd Solondz
Avec Selma Blair, Leo Fitzpatrick
Etats-Unis
Un Certain Regard
Synopsis
Vi (Selma Blair), étudiante et apprentie écrivain, sort avec un camarade handicapé mais finit par se taper son prof. Autre lieu, autre histoire : Toby (Paul Giamatti), quadragénaire et loser incurable, réalise un documentaire sur Scooby, un ado inquiet et perturbé.
Critique
Grand agitateur du cinéma indépendant américain, Todd Solondz nous offre avec Storytelling deux films (un court + un moyen métrage) en un. Si le lien entre le premier récit (" Fiction ") et le second (" Non-Fiction ") n'est effectif qu'à travers leurs titres, on y retrouve le même humour acerbe, la même critique savoureuse et impitoyable d'une population américaine, qui, entre sexualité bizarre, racisme au quotidien et pathologies diverses, peine à se trouver. Impitoyable avec la plupart de ses personnages, Todd Solondz est le cynisme fait cinéaste ; un style froid et pince-sans-rire, des idées aussi drôles que terrifiantes, une propension jubilatoire à traiter les images taboues -une goutte de sperme sur les lèvres d'un teenager boutonneux qui vient de pratiquer une fellation à son meilleur pote ou un enseignant " bien sous tous rapports " sommant son élève de hurler des obscénités pendant qu'il la baise. Cette tendance à exhumer les pires maux de la société américaine, le réalisateur la cultive à l'envi, du rire jaune jusqu'au malaise pur et dur. Ainsi, lorsque, dans " Non-Fiction ", l'auteur de Happiness se concentre sur la relation oppressante entre un gamin facho et sa gouvernante du Salvador, c'est l'horreur des préjugés et des dysfonctionnements sociaux qui se révèle. L'impeccable machine hilarante prend alors une tournure nettement plus troublante, où nos propres réflexes de spectateur sont sévèrement mis à mal. Et si les attaques de Solondz souffrent parfois de leur vacherie systématique, on ne se plaindra pas d'un artiste aussi peu conformiste, trouvant son inspiration dans les décombres sordides et les pensées trash d'une Amérique trop souvent bien pensante.
Yann Gonzalez
En deux épisodes, Todd Solondz chevauche une nouvelle fois son thème de prédilection, nous parlant de la folie américaine ordinaire qui rôde au coin de la rue.
Comme déjà dans ses deux derniers films "Welcome to the Dollhouse" et "Happiness", le cinéaste Todd Solondz dissèque le ’rêve américain’ avec un soin d’apothicaire tel qu’on ne peut réprimer un certain soulagement d’être né(e) européen. Pourtant, il ne fait que garder les yeux grand ouverts et décrire avec une méticuleuse précision les réactions, gestes et comportements de ses compatriotes. Cela dit, ses choix sont très subjectifs et de toute évidence, l’éclat du soleil ne l’intéresse pas. Dans ses films ’Fiction’ et ’Nonfiction’, tous deux fondus à l’écran sous le titre ’Storytelling’, Solondz nous livre un aperçu de la vie dans les collèges américains.
’Fiction’ raconte l’histoire de Vi (Selma Blair), jeune fille plutôt médiocre inscrite au cours de littérature d’un professeur noir intransigeant. Elle a une liaison avec un étudiant handicapé, mais celui-ci décide de rompre, car il soupçonne Vi de s’intéresser plus à sa maladie qu’à sa propre personne. Qu’à cela ne tienne : espérant améliorer ses résultats, Vi séduit son professeur. Celui-ci répond à ses avances, mais ne se prive pas de l’humilier sexuellement. La jeune femme ’couche’ alors cette histoire ’vraie’ sur le papier et la déclame devant toute la classe. Les réactions fusent, et tout y passe, du racisme à la misogynie. Très déçue, Vi est bien obligée d’admettre que ce genre d’exploit ne mène à rien.
Dans ’Nonfiction’, Todd Solondz met en scène Toby (Paul Giametti), un cinéaste frustré qui réalise un documentaire sur les collégiens américains. Le hasard le met sur la route de Toby Scooby (Mark Weber), fainéant mal léché qui en fait voir de toutes les couleurs à sa riche famille d’Américains moyens, et qui va même jusqu’à contrarier ses espoirs de l’envoyer au collège en rendant des copies bardées d’obscénités. Solondz montre les valeureux efforts réalisés par Toby pour boucler son documentaire en même temps que la vie de famille chez Scooby : John Goodman en père de famille bedonnant, sa ’moitié’ au masque de cire, le frère ultra-américain flanqué de sa blonde copine aux allures de chef et le petit blanc-bec de cadet sont un véritable cauchemar. Quand le père détruit l’existence de la bonne Consuelo en la congédiant pour une bagatelle, c’en est trop, Consuelo jure de se venger…
Malgré le ton sarcastique et macabre des films de Solondz, le public rit beaucoup. Mais il ne rit pas à gorge déployée, loin de là. C’est plutôt un rire contraint, tant il est vrai que les thèmes abordés gênent encore beaucoup de gens. Solondz, lui, parle de ces choses sans le moindre complexe : la sexualité avec des handicapés, le racisme, l’homosexualité, la médiocrité ou la déchéance sociale… Ne prétendant aucunement donner des leçons, il se contente de tenir un miroir, mais sans concession aucune. Impitoyable, il propulse le spectateur dans son histoire pour ensuite le laisser seul face à une fin qui n’a rien du happy-end. Ses personnages ne suscitent aucune sympathie ni même un quelconque sentiment d’identification. Comme dans un cauchemar réaliste, on se réveille tout heureux de se retrouver dans son petit monde sans joie.
Nana A.T. Rebhan
Edité le : 20-04-04
Dernière mise à jour le : 28-11-01