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ARTE France - 22/04/04

THEMA : Angkor

Vendredi, 20 février 2004 à partir de 22h30




Défiant les siècles, Angkor apparaît comme un symbole de la résistance du peuple cambodgien aux ravages de la guerre. Cette soirée s'ouvre sur un film splendide de Rithy Panh qui, en allant à la rencontre des habitants de ce lieu chargé d'histoire, oeuvre à la reconstruction de leur mémoire.

22h30
Les gens d'Angkor

Documentaire de Rithy Panh
France, 2003, 1h34mn
Coproduction : ARTE France, INA


Paysans des rizières, porteurs de bois ou vendeurs à la sauvette : leurs destins se croisent, pour dessiner une seule et même histoire, comme les pierres des légendaires temples d'Angkor. Un film intense, par le réalisateur de S21, la machine de mort khmère rouge, inlassable interrogateur de la mémoire cambodgienne.

Un jeune adolescent khmer s'interroge sur son avenir. Passionné par l'histoire d'Angkor, il voudrait devenir guide mais est trop pauvre pour aller à l'école. Des anciens répondent à ses questions : que signifient les dessins gravés dans les pierres d'un temple en ruine ? Comment calmer sa rage contre des parents qui l'ont abandonné ? Comment subvenir à ses besoins de façon honnête ? Grâce aux mythes racontés par les anciens, l'adolescent voit ses peines s'estomper et son espoir renaître. Un paysan devenu ouvrier des chantiers, quant à lui, se sent amputé de sa terre mais garde foi en la rizière. Un autre chérit son coq de combat, sur lequel reposent tous ses espoirs. Un groupe d'ouvriers assemblant les bas-reliefs d'un temple est fasciné par les dessins des vieilles pierres... Passé et présent s'entremêlent, divin et humain se complètent. L'humour permet d'exprimer l'angoisse de la survie quotidienne et l'art ancien de trouver des raisons de vivre.

Au coeur de la mémoire cambodgienne

À travers des documentaires bouleversants, comme La terre des âmes errantes, primé dans le monde entier, ou encore S21, la machine de mort khmère rouge, film sur la mécanique totalitaire sélectionné à Cannes en 2003, Rithy Panh n'a de cesse de revisiter l'histoire récente et tragique de son pays. Avec Les gens d'Angkor, le réalisateur continue d'interroger la mémoire cambodgienne, avec la même force et la même originalité. Par un travail obstiné, qui insiste cette fois sur les regards intenses plutôt que sur les paroles, il tente de restaurer la conscience d'un pays meurtri. Sans commentaire, loin du reportage classique avec sa rituelle voix off, Rithy Panh choisit de nous faire découvrir Angkor à travers les yeux de ses habitants. Le cinéaste sait se faire oublier. Ainsi le spectateur se sent-il plus proche des gens, dont il partage les coutumes, les peines, les espoirs. Le fil conducteur, les interrogations pressantes et personnelles des habitants d'Angkor, nous permet de mieux comprendre l'état d'esprit de la société cambodgienne d'aujourd'hui, de mieux saisir l'atmosphère mystique d'un lieu où les destins des divinités et des ouvriers se croisent et se répondent.


00h20
Le nouvel envol des danseuses célestes
Documentaire de Schinichi Mikami
(France/Japon, 2003, 53mn)
Coproduction : ARTE France, NHK

Au Cambodge, une ancienne danseuse aspara s'efforce de retisser les liens entre le passé et le présent.

Pour faire renaître une tradition perdue et retrouver les chorégraphies sacrées détruites par la guerre, elle emprunte le chemin fragile de sa mémoire.

Il fut un temps où l'on craignait de ne plus jamais revoir les asparas, ces divines danseuses de la culture khmère, hormis celles sculptées sur les bas-reliefs du grand temple d'Angkor. On doutait même de cela : les années de guerre ont non seulement fait disparaître les danseuses célestes, mais aussi endommagé les somptueuses sculptures. Lorsque le conflit cessa, la plupart des asparas vivantes ne pratiquaient plus leur art. Plus grave, peu d'entre elles étaient capables d'enseigner la danse et les chants traditionnels. Les caméras du réalisateur japonais Schinichi Mikami se tournent vers les rares professeurs qui restent. En particulier madame Theay, ancienne aspara qui a survécu à la brutalité du régime khmer rouge. Déterminée à ne pas laisser mourir une tradition vieille de plus de mille cinq cents ans, elle oeuvre, avec l'aide de l'université royale des Beaux-Arts du Cambodge, à sa renaissance...

Le savoir inestimable de la vieille dame

Beaucoup de jeunes Cambodgiennes venant de familles pauvres aimeraient acquérir le statut professionnel d'aspara. Le réalisateur nous montre des jeunes filles animées d'une belle passion, dont la persévérance et la rigueur n'ont rien à envier à celles des adultes. Elles passent de longues heures dans le hall de l'université à s'entraîner, à adopter les postures exagérées mais gracieuses de la danse aspara, à apprendre les envoûtantes mélodies des chants classiques. Cependant, un problème se pose. La plupart des partitions musicales et des schémas des pas de danse ont été détruits pendant la guerre.

Madame Theay est désormais une des rares à détenir ce savoir d'une valeur inestimable. Sa volonté de faire renaître les chorégraphies perdues est inébranlable. Pendant que les musiciens improvisent une mélodie, elle commence doucement à bouger et, à sa propre surprise, son corps se souvient. Mêmes les paroles et les rythmes des chants lui reviennent. Mais des tensions naissent avec les musiciens qui contestent sa mémoire. Ce n'est qu'après cinq mois d'entraînement que madame Theay se sent apte à montrer la chorégraphie sacrée à ses ferventes élèves.

Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 22-04-04