(2004, USA / Italien, 92 mn)
Asia Argento
Avec Asia Argento, Jimmy Bennett, Cole & Dylan Sprouse, Peter Fonda, Ornella Muti, Marilyn Manson, Michael Pitt, Winona Ryder
Quinzaine des réalisateurs
Critique : “The Heart is Deceitful Above All Things and desperately wicked : Who can know it ? “ Jeremiah 17 : 9.
S’il s’ouvre sur cette citation de la Bible, le film d’Asia Argento très sincèrement et loyalement adapté du roman éponyme de J.T. Leroy, n’en sent pas moins le souffre et la damnation. Un jeune enfant enlevé par sa mère biologique à sa famille d’adoption tente de survivre auprès d’elle. Elle, c’est Sarah, une jeune « white trash girl », qui prostitue sur les autoroutes pour se payer sa dose quotidienne et passe de sales types en sales types.
Elle entraîne avec elle, envers et contre tout, Jérémie qui survit entre les amphétamines qui lui donnent, selon sa mère, un « air de lapin égaré aux yeux ronds », les coups de ceinturons des uns et les abus sexuels ultra-violents des autres. Entre deux galères, il est recueilli par ses grands parents, catholiques ultra-fondamentalistes, qui vivent dans une ambiance qui tient du château des horreurs, de la prison et de l'Inquisition Espagnole avec le grand-père en père fouettard illuminé joué par Peter Fonda, crispant et charismatique à souhait.
Asia Argento pour jouer Sarah s'est métamorphosée en Courtney Love, un ange border-line qui bascule sans arrêt entre cruauté et amour débordant. Elle évite avec intelligence les pièges qui aurait pu faire tomber le film dans l'abjection totale. Pour une scène où, s'identifiant à sa mère, Jérémie allume le petit ami de sa mère (Marilyn Manson méconnaissable sans son maquillage de music-hall), elle joue elle-même le rôle de son fils, une hallucination libidineuse en nuisette rose pour les personnages comme pour la caméra.
De même, quand l'enfant subit une violence insupportable, il se réfugie dans des visions surréalistes où des corbeaux de papier mâché rouges sangs l'attaquent, où d'imaginaires draps de satin se referment sur lui, le protégeant de la folie ou d'une mort certaine. C'est dans ces visions-là qu'Asia Argento laisse éclater ce qu'elle a de meilleur, ce qu'elle a d'unique. Déployant la même fureur adolescente que dans "Scarlett Diva", la réalisatrice efface par sa rage ses maladresses, portée par une flamme intérieure très rock'n roll.
Delphine Valloire






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