Synopsis : Will, soldat dans l’armée américaine a fait la guerre en Irak et de longs séjours dans divers hôpitaux militaires pour soigner ses blessures de guerre. En rentrant, il a aussi découvert que pour sa petite amie, la vie ne s’est pas arrêtée pendant sa mission. Il est muté au Casualty Notification Office, le service d’information aux parents des soldats tombés au combat. Ayant lui-même réchappé de justesse à la mort, Will devient le messager qui apporte les nouvelles des décès aux côtés de Tony, un officier plus âgé et expérimenté que lui. Dans l’exercice de ces fonctions, Will rencontre une jeune veuve pour laquelle il commence à éprouver des sentiments.
Critique : Ce « Messager » joue sur des cordes plus que sensibles. À fleur de peau et de nerfs. Aussi est-il extrêmement difficile de mettre le doigt sur ce qui fait la grandeur de ce film. Le contexte d’abord : l’ « arrière » en temps de guerre, c’est-à-dire l’inverse d’un front filmé et re-filmé par les plus grands (Full Metal Jacket, Thin Red Line, Platoon etc.). Ici, Oren Moverman s’intéresse à une section de l’administration de l’armée américaine quelque part au New Jersey, le sobrement nommé « Casualty Notification Office ». Un jeune vétéran soigné depuis peu de ses blessures physiques, Will, y accepte sa nouvelle fonction : devenir méthodiquement un ange de la mort, celui qui porte la mauvaise nouvelle parmi les vivants. Il apprend ce « sale » mais digne boulot aux côtés d’un officier aguerri, Tony, qui se fait un plaisir de commencer par se la jouer cynique, pro et froid devant lui. Jusqu’à ce qu’ils fassent ensemble leurs premières missions…

The Messenger
Un film d’Oren Moverman
(USA, 2009, 105mn)
Avec Ben Foster, Woody Harrelson, Samantha Morton, Jena Malone, Steve Buscemi…
Compétition officielle

Car voilà, plus qu’à des faits, ce film s’attache aux fissures qui craquèlent les cœurs, les esprits. À cette faille qui s’ouvre à jamais au moment où les parents apprennent la mort de leur enfant, les femmes la mort de leur mari. À cet abîme qui s’ouvre entre les civils et ceux qui sont revenus de l’enfer, qui ont expérimenté des douleurs dont personne ne peut tout à fait se remettre, qui se sentent dans le monde « normal » comme « s’ils arrivaient d’une autre planète ». Dans ce premier film qu’il a aussi co-écrit, Oren Moverman, explore ces béances de manière magnifique. Parce que tout son film est tenu. Il ne le lâche pas. Il tient ses plans, tendus, précis. Il tient son intrigue, pas à pas. La retient plus exactement. Par exemple, la romance entre Will et Olivia n’a absolument rien d’un cliché : elle évolue sur le fil. Et Moverman a sans doute réussi dans ces moments-là une ou deux des plus belles scènes de cinéma sur l’attraction amoureuse, sur cette intensité à la limite de l’insoutenable qui électrise le vide entre deux corps. Ils s’apprivoisent pas à pas puis portés par l’intensité tentent de s’étreindre, presque sans pouvoir y arriver.
L’amour, c’est déjà beaucoup trop pour des êtres blessés si profondément. Là aussi Moverman se méfie de l’évidence : il n’y a pas de réalité dans les chemins tout tracés, dans les images d’Epinal du cinéma hollywoodien. Pas de respect. Une valeur qu’il met au-dessus de tout scénaristiquement et qui parcourt tout son film. Dans « The Messenger », devant la mort, il y a autant de réactions que d’individus : des larmes jusqu’à la violence, le vomissement ou la stupeur. Pour les deux militaires, il n’y a pas non plus une recette miracle pour tenir mais, au gré de leurs humeurs, l’alcool, la bagarre, la déprime ou l’humour très très noir. Quand passant près d’un square où un groupe de femmes et d’enfants tétanisés regardent passer la grande Faucheuse c’est-à-dire les deux hommes engoncés dans leurs uniformes, Tony lance « ça pourrait être pire… ça pourrait être Noël ».
Au-delà de cette réflexion sur le véritable prix d’une guerre, le film décompose l’évolution du deuil en faisant se cogner ses héros contre les murs d’une impasse, la mort, encore et encore. Jusqu’au réveil. Et dans un dernier plan absolument magnifique, Moverman montre littéralement des êtres qui se sont extirpés d’une immobilité morbide, qui ont à nouveau le pouvoir d’avancer. Une porte ouverte sur la vie.
Delphine Valloire







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