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Berlinale 2009

Du 05 au 15 février, retrouvez toute l'actualité de ce prestigieux festival du film dans notre dossier.

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Berlinale 2009

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Berlinale 2009

Berlinale 2009 - Compétition officielle - 11/02/09

The Messenger

Un film d'Oren Moverman


( note Arte: 5 ) Tout en intensité et en retenue, ce « Messager » ravage tout sur son passage et révèle le talent d’un immense acteur Ben Foster. Ours d’Or 2009 ?

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Vers la conférence de presse

Synopsis : Will, soldat dans l’armée américaine a fait la guerre en Irak et de longs séjours dans divers hôpitaux militaires pour soigner ses blessures de guerre. En rentrant, il a aussi découvert que pour sa petite amie, la vie ne s’est pas arrêtée pendant sa mission. Il est muté au Casualty Notification Office, le service d’information aux parents des soldats tombés au combat. Ayant lui-même réchappé de justesse à la mort, Will devient le messager qui apporte les nouvelles des décès aux côtés de Tony, un officier plus âgé et expérimenté que lui. Dans l’exercice de ces fonctions, Will rencontre une jeune veuve pour laquelle il commence à éprouver des sentiments.

Critique : Ce « Messager » joue sur des cordes plus que sensibles. À fleur de peau et de nerfs. Aussi est-il extrêmement difficile de mettre le doigt sur ce qui fait la grandeur de ce film. Le contexte d’abord : l’ « arrière » en temps de guerre, c’est-à-dire l’inverse d’un front filmé et re-filmé par les plus grands (Full Metal Jacket, Thin Red Line, Platoon etc.). Ici, Oren Moverman s’intéresse à une section de l’administration de l’armée américaine quelque part au New Jersey, le sobrement nommé « Casualty Notification Office ». Un jeune vétéran soigné depuis peu de ses blessures physiques, Will, y accepte sa nouvelle fonction : devenir méthodiquement un ange de la mort, celui qui porte la mauvaise nouvelle parmi les vivants. Il apprend ce « sale » mais digne boulot aux côtés d’un officier aguerri, Tony, qui se fait un plaisir de commencer par se la jouer cynique, pro et froid devant lui. Jusqu’à ce qu’ils fassent ensemble leurs premières missions…

The Messenger
Un film d’Oren Moverman
(USA, 2009, 105mn)
Avec Ben Foster, Woody Harrelson, Samantha Morton, Jena Malone, Steve Buscemi…
Compétition officielle

Le nœud du film se situe dans la relation qui se forge entre ces deux militaires d’âge, d’expérience et de tempérament différents. Tony finit par exposer son manque d’amitié, de chaleur humaine sous ses dehors de gros dur blindé aux émotions. Dans le rôle de cet ex-alcoolique pas tout à fait repenti, Woody Harrelson, en nouveau Robert Duvall, s’effrite complètement avant de retrouver son humanité au fur et à mesure des visites funèbres. En face de lui et au coeur de l’intrigue, un jeune acteur au charisme impressionnant, Ben Foster, déjà remarqué en tueur dans « 3:10 pour Yuma » et en skinhead shooté à la méthadone dans « Alpha Dog », trouve enfin un rôle à sa mesure. Son « Will » d’abord si introverti au point d’en devenir antipathique revient lentement au monde par la brutalité de son terrible et impossible métier.

Car voilà, plus qu’à des faits, ce film s’attache aux fissures qui craquèlent les cœurs, les esprits. À cette faille qui s’ouvre à jamais au moment où les parents apprennent la mort de leur enfant, les femmes la mort de leur mari. À cet abîme qui s’ouvre entre les civils et ceux qui sont revenus de l’enfer, qui ont expérimenté des douleurs dont personne ne peut tout à fait se remettre, qui se sentent dans le monde « normal » comme « s’ils arrivaient d’une autre planète ». Dans ce premier film qu’il a aussi co-écrit, Oren Moverman, explore ces béances de manière magnifique. Parce que tout son film est tenu. Il ne le lâche pas. Il tient ses plans, tendus, précis. Il tient son intrigue, pas à pas. La retient plus exactement. Par exemple, la romance entre Will et Olivia n’a absolument rien d’un cliché : elle évolue sur le fil. Et Moverman a sans doute réussi dans ces moments-là une ou deux des plus belles scènes de cinéma sur l’attraction amoureuse, sur cette intensité à la limite de l’insoutenable qui électrise le vide entre deux corps. Ils s’apprivoisent pas à pas puis portés par l’intensité tentent de s’étreindre, presque sans pouvoir y arriver.

L’amour, c’est déjà beaucoup trop pour des êtres blessés si profondément. Là aussi Moverman se méfie de l’évidence : il n’y a pas de réalité dans les chemins tout tracés, dans les images d’Epinal du cinéma hollywoodien. Pas de respect. Une valeur qu’il met au-dessus de tout scénaristiquement et qui parcourt tout son film. Dans « The Messenger », devant la mort, il y a autant de réactions que d’individus : des larmes jusqu’à la violence, le vomissement ou la stupeur. Pour les deux militaires, il n’y a pas non plus une recette miracle pour tenir mais, au gré de leurs humeurs, l’alcool, la bagarre, la déprime ou l’humour très très noir. Quand passant près d’un square où un groupe de femmes et d’enfants tétanisés regardent passer la grande Faucheuse c’est-à-dire les deux hommes engoncés dans leurs uniformes, Tony lance « ça pourrait être pire… ça pourrait être Noël ».

Au-delà de cette réflexion sur le véritable prix d’une guerre, le film décompose l’évolution du deuil en faisant se cogner ses héros contre les murs d’une impasse, la mort, encore et encore. Jusqu’au réveil. Et dans un dernier plan absolument magnifique, Moverman montre littéralement des êtres qui se sont extirpés d’une immobilité morbide, qui ont à nouveau le pouvoir d’avancer. Une porte ouverte sur la vie.

Delphine Valloire

En un clin d'œil, consultez la notation des journalistes ARTE de tous les films en compétition.

Edité le : 30-01-09
Dernière mise à jour le : 11-02-09