02/01/02
The Navigators
Sortie du 02 janvier 2002
THE NAVIGATORS
De Ken Loach
(UK, 96 mn)
Avec Dean Andrews, Tom Craig, Joe Duttine et Steve Huison
Synopsis
Paul, Mick, Len et Garry sont quatre ouvriers employés par la British Rail, la compagnie nationale des chemins de fer britanniques. Ils s'occupent de l'entretien des voies à Sheffield, dans le Yorkshire. En 1993, les conservateurs, sachant qu'ils vont perdre les élections, font passer dans l'urgence une mesure de privatisation de la British Rail, qui va avoir des conséquences désastreuses. Les quatre collègues vont alors vivre au jour le jour la lente et hallucinante déliquescence de leur entreprise, victime de mesures absurdes et kamikazes, liées à la nouvelle économie.
Critique
Après le calamiteux "Bread and Roses" sorti à l'automne 200, Ken Loach est revenu en Angleterre, et comme à chaque fois qu'il opère un tel revirement, on se dit qu'il a bien fait. Loach reste marxiste dans l'âme et l'on comprend qu'il choisisse d'éprouver sa méthode dans d'autres contrées que celles où il est né (prolétaires de tout pays, unissez-vous). Mais quand il filme les mouvements de foule des femmes de ménages mexicaines dans les grands ensembles de Los Angeles ("Bread ans Roses") ou bien une poignée de combattants anti-franquistes en Espagne ("Land and Freedom"), il ne retrouve pas cette commodité évidente qu'il partage avec les personnages de "My name is Joe", ou avec les ouvriers du rail de "The Navigators". C'est justement cette familiarité qui permet à l'habituel dispositif loachien (présentation d'un groupe de prolétaires, puis observation de leurs déconvenues avec le grand capital ou ici avec la nouvelle économie) d'éviter la caricature et donc de faire partager sainement son propos au spectateur. Par des détails élémentaires (discussions autour de la qualité des Fish'N'Chips, modulation d'incompréhensibles accents anglais selon ce qui se déroule dans la scène), il parvient à son but, toujours le même : une lutte des classe à hauteur d'hommes. C'est ce qui rend ce nouvel opus assez émouvant. C'est ce qui limite aussi sa force. La privatisation du rail britannique a entraîné une paupérisation et un disfonctionnement inimaginable, au point que les trains anglais sont désormais plus dangereux et rouillés que ceux du Bangladesh. On se prend donc à penser au visage apocalyptique et glaçant qu'un tel sujet aurait pris dans les mains d'un analyste implacable comme le documentariste Frederik Wiseman.
Julien Welter
Edité le : 20-04-04
Dernière mise à jour le : 02-01-02