Théâtre - « Homme sans but »
du 28 septembre 2007 au 10 novembre 2007Avec Jean-Quentin Châtelain, Bulle Ogier, Redjep Mitrovitsa, Axel Bogousslavsky, Marion Coulon, Bénédicte Le Lamer.
Du mardi au samedi, 20 heures. Dimanche, 15h.
Prix des places : 13€ à 26€.
Odéon-Théâtre de l'Europe aux Ateliers Berthier
8 bd Berthier
75017 Paris
Tél. : 01.45.85.40.40.
>> Le site officiel
Un fantasme d'existenceOn dirait un rêve, aussi intemporel et confus qu’il peut l’être. Un décor qui n’en est pas un puisque seuls les personnages occupent l’espace. On pense à ces lieux que l’on rejoint parfois en dormant, sans repères, sans issues, sans vie. Dès les premières minutes d’ « Homme sans but », la pièce du dramaturge norvégien Arne Lygre, l’on comprend que pour Peter (Jean-Quentin Chatelain) et Frère (Redjep Mitrovitsa) tout est à construire, à reconstruire peut-être. La pièce mise en scène par Claude Régy commence à cet instant-là. Mais quel instant ? Quel jour est-on, quelle heure est-il ? 20 ans, 20 jours, 20 minutes sont les seuls indices. La scène tolère une seule lumière, blanche, lunaire pense-t-on. Est-ce la nuit ? On aperçoit les deux frères débarqués dans un fjord. Pour eux il faudra créer, investir. « Ici sera la ville » clament-ils. Mais cette certitude n’est qu’apparente. « Qui voudra habiter ici ? » demande Frère. Cet endroit existe-il ? Existent-ils eux-mêmes? Seul Peter a un nom dans la pièce. Les autres sont Frère, Femme (Bulle Ogier), Fille (Marion Coulon), Sœur (Bénédicte Le Lamer). « Qui es-tu ? » se demandent souvent les uns aux autres ? Encore ce rêve, ces personnes que l’on croit connaître, puis non. Cette famille n’en est pas. « Imposteurs ! » a-t-on envie de crier car seul l’argent les unit, leur donne envie de s’aimer, de vivre. On rit parfois devant les répliques vaches que se jettent les personnages à la figure. Une pointe d'humour qui permet de souffler lorsque la mise en scène devient pesante. Car l'on s'impatiente rapidement devant ce monde de doutes. Si cette absence de repères est une des analyses possibles de la pièce, elle se transforme aussi en confusion.
Interview portrait de Redjep Mitrovitsa
Une voix grave, un peu rêveuse. Il est de ces solitaires dont on peine à percer le mystère. Mais chez Redjep Mitrovitsa il n'y a pas forcément de mystère, ni quelqu'un qui se cache, derrière. En réalité, il n'y en a peut-être plus. Aujourd'hui, à 48 ans, il remonte sur scène après un moment d'absence pour incarner « Frère » dans la pièce d'Arne Lygre, « Homme sans but ».
« Quand j'ai commencé ma carrière j'étais un acteur baroque, sophistiqué » confie t-il, non sans regrets. « Avec le temps, j'ai eu envie d'autre chose». Et cette autre chose, c'est la transparence, la simplicité. Plus de costumes ni de maquillage pour celui qui dès son plus jeune âge était attiré par la scène et ses artifices. C'est vêtu de noir qu'il joue ce rôle, aux Ateliers Berthier du théâtre de l'Odéon. Son retour, il ne l'envisageait que dans cette sobriété-là, celle des mises en scène de Claude Régy. Parmi ses plus beaux souvenirs de scène, il évoque « Jeanne au bûcher » à l'Opéra Bastille en 1992, pièce dans laquelle il jouait, sous la direction de Régy. Depuis, il n'a jamais cessé d'admirer son travail. Il y a quelques mois, Redjep passe chez Claude pour échanger autour d'auteurs contemporains. « Est-ce que tu veux remonter sur scène ? » lui propose Régy. Mitrovitsa saisit là une occasion de prendre un nouvel élan. « On ne m'a jamais reproché de ne pas être assez. On m'a toujours reproché d'être trop. » Avec Régy il sait qu'il pourra tout reconstruire, que la mise en scène ne lui imposera rien d'artificiel, de superficiel. « Quand j'étais jeune j'avais lu dans « Ecoute, mon ami » de Jouvet, « et tu connaîtras le dégoût du théâtre ». « C'est ce que je vivais avant de revenir sur scène, je ne voulais plus faire de théâtre ». Celui qui a été Don Carlos dans le Hernani d'Antoine Vitez ou le Lorenzaccio de Musset dans une mise en scène de Georges Lavaudant, a eu du mal à « faire le deuil » de cet âge d'or, de ces pointures du théâtre.
Et puis il y a eu ce texte de Lygre, « une poésie sans larmes » pour Régy. « Un texte très simple » pour Mitrovitsa, mais « chargé de fantasmes ». Effectivement, dans « Homme sans but » le rêve et la réalité se confondent. « On est toujours sur le seuil de quelque chose, entre la vie et la mort, le passé et le présent, l'abstrait et le concret. » En plus de travailler avec Régy ce sont aussi ces ambiguïtés qui ont séduit Redjep. « Je ne veux pas dicter au spectateur ce qu'il doit comprendre. Je veux qu'il puisse penser le texte comme il le souhaite. » Car ici on analyse le texte davantage que les « personnages » qui finalement, n'en sont pas vraiment. « Pour moi, Frère n'est pas réellement un personnage parce que l'on ne sait même pas s'il existe. Dans la pièce tout n'est que simulacre. » Quoique ... « Mais incohérents, nous le sommes tous, un peu comme le texte. Et cela, c'est une réalité. »
Arne LygreC'est en 1998 qu'Arne Lygre se lance avec sa première pièce, « Maman, moi et les hommes ». Depuis, près de dix ans ont passé et trois autres pièces ont vu le jour. « Eternité soudaine », « L'Ombre d'un garçon », « Jours souterrains » ont permis à Arne Lygre de se faire connaître des siens. Aujourd'hui c'est avec « Homme sans but » qu'il s'offre au public français. Le style est simple, l'écriture sobre mais violente. « Chez Arne Lygre on ne voit pas le travail de l'écrivain » dit Claude Régy qui a mis en scène ce cinquième opus. Dans ses textes, Lygre s'efface pour ne rien imposer au spectateur, emporté dès lors dans un monde de doutes et de surréalisme. A 39 ans, Arne Lygre rejoint les grands du théâtre contemporain et inscrit son nom au côté de Marguerite Duras, Peter Handke ou encore Botho Strauss, tous découverts par Claude Régy.
>> Le site officiel de Arne Lygre
Texte et propos recueillis par Leslie Benzaquen






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