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L'Aventure humaine - samedi 11 juin 2005 à 20h45 - 09/06/05

Rencontre avec un aventurier

Thierry Ragobert a accepté de répondre à nos questions. Rencontre avec un passionné de cinéma à la tête emplie de rêves, fasciné par les terres et les histoires...

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  • D’où est né votre souhait de percer les mystères de l’Ile de Pâques ? Ce documentaire était-il l’occasion d’y faire votre premier voyage ?

L’idée du voyage à l’île de Pâques est née sur le tournage du film "L’énigme des Nascas". J’étais au Pérou avec l’archéologue Giuseppe Orefici sur ses fouilles à Cahuachi. Giuseppe me fit part de sa passion pour l’île de Pâques et de son projet de monter une nouvelle expédition sur Rapa Nui. Le projet consistait à reprendre des fouilles commencées trois auparavant sur un important site cérémoniel de l’île. J’ai immédiatement compris que le rêve de tourner à l’île de Pâques venait de se concrétiser. Comment espérer un meilleur guide ?
Dès mon retour, j’ai proposé le projet à ARTE et en collaboration avec Giuseppe nous avons écrit un projet de film autour de sa prochaine expédition.
 
 
  • Comment s’est passée la prise de contact avec les scientifiques ? Avez-vous contacté le Neo Zélandais Steven Fischer de votre propre initiative ou était-il associé aux investigations de Guiseppe Orefici ?

Pendant notre préparation nous avions pris connaissance des travaux de Steven Fisher sur les mystérieux glyphes des pascuans. Par chance, Fisher était sur l’île pendant le tournage. Sur les recommandations de Giuseppe, il a accepté une interview.
 
 
  • Combien de temps l’expédition a-t-elle durée ? Comment le tournage s’est-il déroulé ?

Nous avons prévu un tournage de 6 semaines. Une semaine dans les musées chiliens pour filmer les statues de bois (Kava-Kava) et les tablettes Rongo-Rongo puis 5 semaines sur Rapa Nui. J’ai préféré être en équipe réduite (3 personnes) pour passer plus de temps sur l’ïle. Nous étions réellement intégré à l’équipe de scientifiques internationale que Giuseppe avait réunie pour cette mission de 5 semaines. L’ambiance était très agréable et nous avons pu respecter notre programme de tournage. Seul ombre au tableau , une météo très capricieuse et malgré notre passage en saison sèche nous avons eu beaucoup de nuages et de pluies.
 
 
  • Pour faire allégeance auprès de ses hôtes, Giuseppe Orefici et son équipe ont bien voulu se parer du costume traditionnel que revêt tout pascuan lors de la fête annuelle Rapa Nui, qui a lieu fin janvier-début février de chaque année. Avez-vous participé à la vie locale au même titre que l’équipe de recherche ?
 
Comme nous étions intégré à l’équipe d’Orefici, nous avons tout comme eux participé à la fête annuelle de la culture Rapa Nui et nous avons effectivement tourné ce jour là a moitié nu – le corps couvert d’une boue séchée de couleur rouge. Nous nous sentions tous un peu ridicule mais les pascuans nous ont fait comprendre qu’ils appréciaient notre geste. Les contacts furent dès ce moment beaucoup plus faciles. Ils nous connaissaient.
 
 
  • La culture et l’histoire Rapa Nui sont chargées de mystères. Racontez-nous vos premières impressions à la découverte de cette terre de légendes… Qu’avez-vous éprouvé face aux géants Moais ?
 
L’île de Pâques est tout d’abord un rêve, un phantasme. Une île lointaine où nul n’arrive par hasard. Le vol vers Rapa Nui dure plus de 5 heures pendant lesquelles nous survolons l’immensité pacifique. Puis enfin, l’avion entame son virage et l’île apparaît. Un petit triangle de terres volcaniques noires, quasi-désertique et très peu construit.
Bien que chilienne, c’est une ambiance polynésienne qui prédomine. La plupart des pascuans ont de la famille émmigrée à Papeete (Polynésie française) et certains parlent quelques mots de français.
Peu de travail sur l’île. Trois vols par semaine déversent sur l’île (parfois pour la journée seulement) leurs lots de voyageurs. Pour les pascuans qui vivent pour la plupart exclusivement du tourisme, la concurrence est rude.
Le face a face avec les moais mérite à lui seul le long voyage. Ces statues colossales sont plus petites que celles des rêves mais elles sont très nombreuses – plus de 600.
Comment imaginer une telle armée de statues sur une terre aussi petite ? Quelles furent les raisons qui poussèrent des hommes à peine sortie de la préhistoire a imaginer et a créer ces géants de pierre ?
 
 
  • Comment les habitants de l’île ont-ils perçu l’intérêt que vous portez à leur histoire? Comment réintègrent-ils ce passé à leurs vies?

Les pascuans sont, avant tout autre chose, des insulaires vivant sur la terre la plus isolée du monde. Ils sont accueillants mais demeurent réservés sur leurs sentiments. Ils savent que l’ami d’aujourd’hui est seulement de passage. Alors, sans doute, se protègent-ils un peu pour ne pas rajouter à la pudeur des peuples qui ont souffert, la mélancolie du souvenir d’un ami disparu ou de promesses impossibles à tenir.
 
 
  • Vos réalisations traduisent votre passion pour la découverte, l’exploration… Votre vie s’apparente-t-elle à celle d’un aventurier insatiable de surprises et de connaissances? Comment vivez-vous cette passion?

Par-delà le privilège de pouvoir me déplacer loin, je crois que ma passion pour le cinéma l’emporte sur les plaisirs que me procurent les voyages.
Filmer le passé est un défi visuel permanent. Une fois l’aspect factuel illustré – par les archives existantes, par les monuments et autres vestiges matériels – il reste à filmer la vision que portaient sur le monde ces femmes et de ces hommes du passé.
Ces regards doivent être des images. Des images à regarder sous forme de métaphores. C'est-à-dire compréhensibles par les autres.
Cette recherche de regards impose alors un regard original sur notre monde actuel.
La mise en image de ces aller–retours entre passé et présent est pour moi une aventure.
 
 
  • Enfin, quel sera votre prochain voyage ?
 
Je termine en ce moment le montage d’une série documentaire sur l’Ancien Testament et l’archéologie. La série de 4 films de 52 minutes est adaptée de l’ouvrage d’Israël Finkelstein et Neil Silberman  "La Bible dévoilée". Elle sera diffusée sur ARTE prochainement.
Puis, dès septembre,  je pars en Afrique pour tourner les premières images d’un film animalier de Matin et Soir Films sur les invasions de criquets pèlerins dans les pays du sahel.

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La mémoire perdue de l'île de Pâques
Documentaire de Thierry Ragobert
(France, 2001-52mn)
Coproduction : ARTE France, Gédéon Programmes,
Discovery Channel, CNRS Images Média
ARTE France

Edité le : 09-06-05
Dernière mise à jour le : 09-06-05