- Comment devient-on spationaute ?
Thomas Pesquet : Cette vocation est un mystère. Enfant, j’aimais regarder des films qui racontaient des voyages dans l’espace, je collais des posters d’avions et de navettes dans ma chambre. Dans ma famille, cette passion était un peu vue comme une anomalie. Passé 12-13 ans, on rêve déjà beaucoup moins : le métier semble inaccessible… Mais, j’ai franchi les étapes petit à petit : après des études d’ingénieur en aéronautique, j’ai travaillé pour le Centre national d’études spatiales (CNES), puis j’ai passé tous mes brevets avant de devenir pilote sur des Airbus A320. J’ai aussi fait du parachutisme, de la plongée… Avec le recul, il y a peut-être dans ces activités le but inavoué de devenir spationaute, mais je ne m’étais pas fixé cet objectif. Il y a encore quelques mois, au moment de la sélection, je ne me donnais même pas plus de chance que les 8 413 autres candidats. - Sur quels critères évalue-t-on « L’étoffe des héros » ?
T. P. : Ils ont beaucoup évolué depuis les premières conquêtes spatiales : à l’époque on ne savait pas précisément ce que les spationautes allaient affronter et on sélectionnait les plus résistants. Aujourd’hui, même si la part d’imprévu subsiste, on a une meilleure idée de ce qui nous attend. On met donc l’accent sur d’autres qualités : en plus des capacités physiques et psychotechniques, des compétences en matière de recherche spatiale sont désormais exigés. C’est pourquoi, de nos jours, on recrute beaucoup plus de scientifiques que de militaires. Un critère majeur de ma sélection a été aussi la résistance psychologique. Jusqu’à présent, les missions dans la Station spatiale internationale étaient de trois mois. D’ici à 2013, il faut se préparer à passer six mois dans une boîte de conserve ! Savoir gérer la promiscuité sans agressivité demande un certain équilibre psychique. J’ai donc passé toute une batterie de tests : des entretiens individuels, des problèmes complexes à résoudre en groupe pour évaluer le sang-froid, la capacité à interagir en bonne intelligence et en un temps limité… - Depuis l’annonce de votre sélection, comment se déroulent vos journées ? Quelle est la prochaine étape ?
T. P. : Actuellement, je continue à assurer mes vols à Air France. Mais tout mon temps libre est dédié à l'Agence spatiale européenne, avec laquelle – avec les cinq autres sélectionnés – nous sommes en contact permanent. Je me prépare déjà à la phase d’entraînements qui débutera le 1er septembre en Allemagne, en me replongeant notamment dans mes cours de russe. Au programme : des stages de survie en milieu terrestre, de plongée sous-marine, des heures de vols et de nombreux exercices de simulation. - En quoi vont consister vos futures missions ?
T. P. : Pour l’instant, les échéances sont encore trop lointaines pour le savoir exactement. Ce qui est certain, c’est qu’il y aura une première mission à la Station spatiale internationale vers 2013 : nous sommes la première génération à bénéficier de cet outil technologique formidable, qui tourne autour de la Terre pour au moins encore une bonne dizaine d’années. C’est une chance inouïe : avant qu’elle n’existe, les astronautes étaient recrutés sans savoir quand ni sur quel appareillage ils allaient partir. On sait également que les Américains envisagent un retour sur la Lune pour 2020. Évidemment, ce sera une opportunité incontournable pour l'Agence spatiale européenne. - Quel voyage spatial vous tient particulièrement à cœur : la Lune, Mars ?
T. P. : À choisir, ce serait la Lune. D’abord parce qu’elle est émotionnellement beaucoup plus chargée que Mars : sa puissance poétique est ancrée dans l’imaginaire collectif depuis toujours. Par ailleurs, depuis Mars on voit beaucoup moins bien la Terre ; or, c’est précisément ce dont je rêve. Lorsqu’on part découvrir la Lune, c'est aussi pour voir la Terre.
À la conquête de la Lune
ARTE célèbre le quarantième anniversaire des premiers pas de l'homme sur la Lune.







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