Un premier film américain pop et cotonneux, idéal pour débuter le festival…Synopsis : A 17 ans, Justin Cobb suce encore son pouce. Ce pouce est bien entendu l’arbre qui cache la forêt. Teenager inhibé, incapable de révéler ses sentiments à sa camarade de classe Rebecca, qui l’aime bien mais n’en demande pas tant, ou de faire autre chose de ses journées que de déambuler dans les rues d’une petite ville américaine trop tranquille, Justin se sent écrasé par son statut de marginal. Un traitement radical, à base de pilules médicales, va pourtant faire de lui un « gagneur » comme une certaine Amérique aime tant en compter parmi elle : éloquent, vif et déterminé. Ce n’est bien sûr qu’un sauf-conduit…
Critique : Réalisateur de clips pour les Beastie Boys, designer de pochettes de disques pour Air ou Sonic Youth, ami de Sofia Coppola et de la bohème chic américaine, l’américain Mike Mills s’est lancé dans la réalisation de son premier film de fiction en essayant d’éviter les écueils essuyés par la plupart des vidéastes tentés par le passage au format long. Sa méthode rappelle celle de Michel Gondry, autre clippeur fameux qui, avec son inaugural « Human Nature » (2001), avait privilégié un récit modeste et une certaine linéarité, plutôt qu’un patchwork onirique et bancal.
Pour autant, tous les éléments propres à ces récits d’apprentissage dont raffole le cinéma indépendant américain sont présents dans « Thumbsucker », et sont amenés sans volonté particulière de les transcender. On y retrouve le désoeuvrement chronique des petites villes, la culture du campus et surtout le goût pour les personnalités atypiques. Ce qui permet d’offrir à des acteurs connus l’occasion de se délecter, comme il se doit dans des seconds rôles dont les apparitions sont savamment distillées, de quelques compositions décalées qui enrichissent leurs répertoire : Keanu Reeves en inquiétant dentiste féru de psychologie zen, Vince Vaughn en enseignant ringard… Moins dense que « Mysterious Skin », moins fou que « Donnie Darko », moins lyrique que « Virgins Suicide », « Thumbsucker » n’en est pas moins porté par une atmosphère idéalement laiteuse. Bon nombre d’ellipses permettent également de faire passer avec bonheur le message du film, comme il se doit d’une nature anticonformiste, mais sans forcer.
Aussi, la dimension cotonneuse que le comédien Lou Pucci insuffle au personnage de Justin trouve un écrin idéal dans chacun des cadrages recherchés du film. La méthode opère, à chaque fois que Mike Mills en profite pour faire preuve de son savoir-faire en matière de picturalité (ah ! ces natures mortes sur un terrain de base-ball désert ou une résidence banlieusarde typiquement américaine). Il en découle une façon de brasser des sujets durs (la vacuité de l’état adolescent, l’omniprésence de la frustration chez les parents, la circulation banale des drogues dures…) avec un apparent laconisme, qui fait de « Thumbsucker » une œuvre moins anecdotique qu’il n’y paraît.
Julien Welter
Qui suis-je ? Le thème de l'adolescence sous un jour nouveau
Synopsis: Justin a 17 ans et suce encore son pouce. Sous la pression de son entourage qui voit là une « obsession orale », Justin tente désespérément de se débarrasser de cette habitude qui lui est si chère. Le Dr. Lyman (Keanu Reeves), son orthodontiste volontiers psychologue à ses heures, tente de lui venir en aide par l'hypnose. Alors commencent vraiment les problèmes pour Justin…
Critique: Dans la première séquence du film, la mère de Justin (Tilda Swinton) rumine, penchée sur une feuille de papier où ne figure qu'une seule question : en quoi suis-je un être unique ? Elle peine à trouver une réponse… Son fils Justin ne lui est d'aucun secours, car lui aussi se pose des questions sur sa propre existence. Son entourage lui fait comprendre qu'il n'est pas tout à fait normal parce qu'à son âge, il suce encore son pouce. Malgré ses efforts pour changer, le monde qui l'entoure ne fait pas preuve de plus de bienveillance à son égard.
D'une main de maître, le cinéaste Mike Mills montre comment chacun des personnages de THUMBSUCKER est enfermé dans son propre univers, où il est extrêmement difficile de communiquer avec les autres. Résultat : personne n'est en mesure d'aider l'autre, car aucun des protagonistes ne connaît les besoins réels de ceux qui l'entourent.
À son insu, Justin n'est qu'un objet entre les mains de la fille qu'il aime. Quand il lui demande de pouvoir enfin faire l'amour avec elle sans bandeau sur les yeux, la réponse tombe comme une claque en pleine figure : elle lui révèle qu'elle ne fait que « s'exercer » avec lui, qu'ils ne sont pas « ensemble ». Il s'aperçoit aussi que la liaison supposée de sa mère avec un acteur connu (pendant une cure de désintoxication) n'est qu'un pur produit de son imagination, car l'amant présumé est en fait homosexuel.
Avec Tilda Swinton dans le rôle de la mère en quête de renouveau intérieur, Vince Vaughn dans la peau du professeur de Justin et Keanu Reeves en orthodontiste baba cool, le casting est vraiment très réussi. D'une certaine façon, le médecin féru d'ésotérisme rappelle un peu Tom Cruise en gourou du sexe dans MAGNOLIA. Quant à Lou Taylor Pucci, il vient tout juste de décrocher le prix de la révélation masculine au Festival de Sundance.
« Il ne faut pas se fier aux apparences », tel pourrait être le slogan du film. Il n'y a pas une seule vérité valable pour tous, chacun des personnages a la sienne propre. Le réalisateur Mike Mills joue de ce truisme avec une aisance et un humour qui ravissent le spectateur. Bien que ce soit là son premier film de fiction, son talent ne surprend pas vraiment, car il n'a cessé depuis des années de s'intéresser au problème de l'être et du paraître. Dans de multiples spots publicitaires et clips vidéo, notamment pour Moby et Air French Band, ce talent tous azimuts a su créer ses propres univers. Sous la casquette de dessinateur-graphiste, il a aussi signé des pochettes très réussies pour des groupes comme Sonic Youth, Beastie Boys, Pizzicato 5 ou Beck, pour n'en citer que quelques-uns. Il fallait bien qu'un jour, Mike Mills, comme tant d'autres vidéastes, découvre les attraits du grand écran, ce n'était qu'une question de temps… Mais fort heureusement, il a quelque chose à dire, et il le dit de fort belle façon !
Nana Rebhan






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