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ARTE Reportage

Le magazine d'actualité internationale. Tous les samedis à 18h50. Présenté en alternance par William Irigoyen et Andrea Fies

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Web-série - 03/09/09

Tian Anmen d'hier à aujourd'hui

Rappel historique d'un événement connu dans le monde entier... sauf en Chine.

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Années 80 : la Chine bouillonne

La Chine des années 80 est en ébullition. Une décennie de relative libéralisation a succédé au totalitarisme maoïste. A partir de 1987, la fraction réformatrice du Parti communiste, conduite par le Premier secrétaire Zhao Ziyang, dauphin désigné de Deng Xiaoping, s’oppose ouvertement aux conservateurs. Les premiers veulent prolonger l’ouverture économique engagée par Deng Xiaoping en 1979 par une réforme politique.

Cet affrontement paralyse l’appareil d’Etat et explique son incapacité initiale à répondre, que ce soit par le dialogue ou par la répression, aux revendications des étudiants.

Deng Xiaoping, officiellement retiré du pouvoir, reste en 1989 le numéro 1 de fait du régime communiste. Il dirige toujours les forces armées, poste qui lui permet de reprendre les leviers du pouvoir et de conduire la répression.

 

15 avril-4 juin 1989 : le mouvement démocratique

Le 15 avril 1989, la mort de Hu Yaobang, ancien Premier secrétaire réformateur purgé deux ans avant par Deng Xiaoping, marque le début des manifestations. Les deux principaux slogans du mouvement apparaissent : « Contre la corruption, pour la démocratie ».
Le 22 avril, jour des obsèques de Hu Yaobang, 100000 étudiants occupent la place Tian Anmen, ils resteront  jusqu’au 4 juin.
Le 26 avril, Deng Xiaoping qualifie le mouvement de « complot anti-parti », déclenchant une première manifestation monstre le lendemain. Pendant le mois suivant, Pékin connaîtra plusieurs manifestations rassemblant plus d’un million de personnes.
Le 12 mai, un millier d’étudiants entament une grève de la faim sur la place.
Le 15 mai, Gorbatchev arrive à Pékin pour la première visite officielle d’un dirigeant soviétique depuis plus de vingt ans. La place Tian Anmen étant occupée, il doit être reçu à la sauvette, à l’aéroport. Le pouvoir perd la face.
Le 17 mai, Deng Xiaoping décrète la loi martiale et limoge Zhao Ziyang. Mais la population fraternise avec les soldats et bloque l’avancée de l’armée, qui se retire pour deux semaines en banlieue de Pékin.
Le 3 juin au soir, les soldats de la 27e et de la 28e armée font route vers le centre de la capitale, avec des chars et des armes de guerre. C’est la fin du « Printemps de Pékin ».

 

4 juin : le « Massacre de Tian Anmen »

L’Armée populaire de libération exécute l’ordre d’évacuer par tous les moyens la place Tian Anmen, occupée depuis six semaines par les étudiants. Le 3 juin 1989 au soir, la population dresse des barrages sur l’avenue Chang An, le grand axe est-ouest par où pénètrent les chars et les convois militaires. Les Pékinois tentent de convaincre les soldats comme ils l’avaient fait avec succès deux semaines plus tôt. Certains lancent des pierres et des cocktails molotov, plusieurs soldats sont tués. L’armée réplique en ouvrant le feu. C’est sur ces barrages, principalement à proximité de la station de métro de Muxidi, qu’ont succombé la plupart des 194 victimes recensées par les Mères de Tian Anmen. Ce chiffre, très précisément documenté, est un minimum : au lendemain de la tuerie, la Croix-Rouge chinoise avait avancé le chiffre de 2600 morts, avant de se rétracter.

L’expression « massacre de Tian Anmen » vient d’un malentendu : la place symbole a pu être évacuée grâce à la médiation de Zhou Duo et Liu Xiaobo. Il est peu probable qu’il y ait eu des morts sur la place Tian Anmen.
A l’aube du 4 juin 1989, la place Tian Anmen est vide. Il faudra plusieurs semaines pour que le calme revienne dans toutes les villes chinoises.

5 juin : le « tankman »

Le 5 juin, un homme seul se dresse face à une colonne de chars sur l’avenue Chang An, à quelque centaines de mètres de la place Tian Anmen. L’image, devenue une icône dans le monde entier, est peu connue en Chine, où elle n’a presque jamais été diffusée. Les chars ont repris leur route, l’armée a mené à bien sa mission répressive. Le « tankman », l’homme au char, est resté anonyme. Il faudrait que s’ouvrent un jour les archives de l’Etat-parti chinois pour qu’on ait une chance de savoir ce qu’il est devenu : arrêté et exécuté comme c’est probable, où toujours libre et anonyme.

 

1989-2009 : le tabou

Vingt ans après, tout est fait pour que la répression sanglante du 4 juin 1989 soit oubliée en Chine. Le Parti communiste en a fait le tabou numéro un. Tous les médias (presse, télévision, radios, portails internet…) ont stricte interdiction d’en parler. Toute mention du 4 Juin (6/4, ou « liu si » en chinois) est rapidement effacée des blogs ou des sites qui le mentionnent. Ceux qui sont sensibilisés à la question parviennent à contourner ces barrages, mais la plupart des Chinois n’entendent plus parler du Mouvement démocratique de 1989 – ou n’en ont jamais entendu parler, notamment la plupart des jeunes de moins de 25 ans.

Cette interdiction s’applique à l’espace public et repose largement sur la peur entretenue par le régime, très répressif dès qu’il est question de politique. Elle a un effet plus pernicieux : au sein des familles, le sujet est rarement évoqué. La barrière du silence entre générations s’est reformée : ceux qui ont vécu 1989 ont souvent de la réticence à en parler. Les jeunes de 2009 ne connaissent pas plus le Massacre de Tian Anmen que leurs aînés, les désastres de la Révolution culturelle ou de la famine du Grand bond en avant.

Le plus surprenant, pour un œil occidental, est l’indifférence : la Chine de 2009 est tournée vers l’avenir, optimiste – du moins dans les villes où les conditions de vie se sont spectaculairement améliorées en vingt ans. Une jeune femme de 25 ans m’a résumé cet état d’esprit. Elle trouvait « facile » de s’informer sur 89 d’un coup de Google, et m’a dit dans un anglais parfait : « Moi, je suis contente de ma vie. Bien sûr, ça pourrait aller mieux, mais je ne vois pas pourquoi je devrais être pleine de colère: il se passe tant de choses positives dans ce pays… »

Edité le : 25-05-09
Dernière mise à jour le : 03-09-09


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