Tracks - Happy Takeshi, Dirty Kitano - de l'importance d'être inconstant
Un reportage de Yves Montmayeur
Kitanomania à Paris!
Alors que sort Achille et la Tortue - dernier volet de sa trilogie autobiographique - Beaubourg fait une rétrospective de ses quinze longs-métrages et la Fondation Cartier l'invite à squatter ses locaux parisiens jusqu'en septembre.
Car quand il n'est pas devant ou derrière la caméra, Kitano joue à l'artiste contemporain, et l'expo Gosse de Peintre(Fondation Cartier jusqu'au 12 septembre 2010) présente pour la première fois au public l'ensemble de l'oeuvre baroque et ironique du réalisateur de Sonatine.
« Je fais toutes sortes de choses, comme la télé, le théâtre ou le cinéma. C’est peut-être parce que j’ai l’impression que quoi que je fasse, ça ne va pas marcher. Je ne suis jamais satisfait. Donc je m’attaque sans cesse à de nouvelles choses. Mais j’ai l’impression que ça n’est jamais bien. »
Kitano n'a pourtant pas toujours voulu être artiste, il se rêvait en successeur du commandant Cousteau. L'influence de son père Kikujiro, petit artisan et peintre amateur, arrondissant les fins de mois en travaillant pour les Yakuzas, y est peut-être pour quelque chose... quoi qu'il en soit, Kitano quitte très vite une fac en ébullition après les événements français de mai 68 pour trouver un petit boulot de groom dans un club de strip-tease.
Avec son ami Kaneko Jiro, Kitano forme en 74 les "Two Beats", duo comique grotesque et provocateur dont l'humour TGV séduit immédiatement les plateaux télés. C'est le début d'une carrière effrénée, et la naissance d'une double personnalité : réalisateur sombre et inspiré au cinéma, et animateur graveleux à la télé.
Car ici on ne le sait pas toujours mais notre fan de yakuzas est une sorte de Patrick Sébastien japonais. Kitano est en effet LE trublion du PAF nippon : avec ses émissions à mi-chemin entre Intervilles et le Flying Circusdes Monty Python, il est salué chaque semaine par les fous rires de plus de quinze millions de téléspectateurs.
« Les Japonais n’aiment pas qu’on rie d’eux. Mais dans cette émission-là, on fait exploser cette convention. Les participants viennent pour qu’on rie d’eux, et ils sont très contents. Ils cherchent par tous les moyens à faire rire, en faisant des chutes spectaculaires, par exemple. En fait, on a pris le contre-pied du principe de dignité, en récompensant ceux qui se ridiculiseraient le plus. »
En 83, à 36 ans, il apparaît pour la première fois au cinéma devant la caméra de Nagisa Oshima dansFuryo, où il donne la réplique à un certain... David Bowie. Bon début ! Mais peut mieux faire... 6 ans après, Kitano signe le splendide Violent Cop, puis décroche en 97 le lion d'or à la Mostra de Venise avec l'histoire du Yakuza amoureux dansHana-Bi, suivi d'une sélection à Cannes pourL'Eté de Kikujiro.
Ultra-violents mais poétiques, ses films absurdes et sanglants font voler en éclats la bienséance et le sérieux de la culture nippone, ce qui n'entamme pas le fair play des japonais qui le considérent comme un des plus grands réalisateurs de l'archipel.
Mais l'homme qui change de casquette plus vite que son ombre ne pouvait pas en rester là : dès 94, peut-être en hommage à son père au pinceau malheureux, Kitano se met à peindre avec assiduité.
Et comme il est impossible à Takeshi de se prendre plus d'une demie seconde au sérieux, il profite de son dernier long-métrage et de son expo à la Fondation Cartier pour rire doucement de lui-même… et par la même occasion des frasques de ses collègues artistes contemporains.
Tracks
mardi, 13 avril 2010 à 05:00
Pas de rediffusion
(France, 2010, 52mn)
ARTE F
Edité le : 25-03-10
Dernière mise à jour le : 08-02-11