Berlinale 2009 - Teddy Awards - 15/02/09
Très show, la remise des prix!
Dieter Kosslick le désigne lui-même comme « l'événement certainement le plus chaud de la Berlinale »: la remise des Teddys Awards pour le cinéma homosexuel (gay et lesbien). Même si Kosslick a affirmé plus tard lors de la cérémonie, de façon humoristique, être un « hétérosexuel militant », cette 23ème remise des prix, dans « l'huître », la maison des cultures du monde, s'est déroulée comme à son habitude de façon originale et colorée. Sur le tapis rouge, outre les « habituels suspects » comme Gloria Viagra, Georg Uecker et le maire de Berlin Klaus Wowereit avec son compagnon, les body-builders (représentant le sponsor - une marque de bière), habillés seulement d'un pantalon de smoking et d'un noeud papillon, ainsi que « les soeurs de la perpétuelle indulgence », habillées elles de manière très sophistiquées, ont fait la joie des photographes et du public. Notons, d'ailleurs, que le costume le plus excentrique, composé d'un masque fétichiste en cuir et d'une veste à rayures, était porté par un(e) inconnu(e) mêlé(e) aux photographes.
Dès que les premiers verres furent servis, on a pu assister à d'autres scènes quelque peu décalées: à son arrivée, la présidente du jury, Tilda Swinton, qui fut récompensée l'an dernier par un « Teddy » spécial, fut aussitôt entourée d'une nuée de photographes, son boyfriend Sandro s'amusa alors aussi à la prendre en photo en train d'être photographiée, sans que personne ne s'aperçoive de sa blague, jusqu'au moment où les journalistes le reconnurent aussi: pour donner l'impression d'être occupé, il saisit son portable pour faire mine de téléphoner.
Après que Nina Hagen, en compagnie de Romy Haag, a distribué des bises à qui en voulait, tout le monde s'est ensuite dirigé dans la salle de cérémonie pour la remise des prix, pendant que la presse, cantonnée dans la salle de théâtre, suivait sans grand enthousiasme la cérémonie sur grand écran. C'est à nouveau Annette Gerlach qui fut chargée d'animer la cérémonie et qui ne put s'empêcher de rebondir sur ses propres lapsus, tout en ponctuant ses propos de nombreuses saillies qui, volontaires ou non, égayèrent la soirée.
Après l'attribution du Prix du Public à « City of Borders », un documentaire sur des relations homosexuelles improbables dans le cadre du conflit israelo-palestinien, on a procédé à le remise des « Teddys », les plus importantes distinctions internationales de premier rang pour le cinéma à orientation homosexuelle. C'est d'ailleurs grâce à ce forum, qu'au cours des 22 éditions précédentes, des metteurs en scène tels que Almodòvar, Gus van Sant ou François Ozon ont vu leur carrière prendre une nouvelle dimension: on restera donc attentif à l'évolution du gagnant de cette année. Chaque récompense, sous la forme d'un sympathique ourson dessiné par Ralf König, l'icône homosexuelle de la bande-dessinée allemande, est dotée d'une somme de 3000€: la distinction pour le meilleur court-métrage est allée à Barbara Hammer pour « A horse is not a mataphor », la distinction pour le meilleur documentaire à John Greyson pour « Fig Trees », un documentaire hors norme à propos de Tom McCaskell et Zackie Achmat, deux activistes de la lutte contre le sida. Dans la catégorie reine, la distinction est revenue à Julian Hernandez pour son film « Raging Sun, Raging Sky »: Hernandez, qui en 2003 avait déjà reçu un Teddy, nous relate ici, sous la forme d'une romance mystique, un amour homosexuel dont l'intensité transcende le temps et l'espace, mais dont la pérennité est mise à l'épreuve par l'apparition d'un autre homme et d'un nouveau défi.
John Hurt (« Elefant-man ») a reçu, quant à lui, une standig ovation pour sa nouvelle prestation exceptionnelle dans le rôle de Quentin Crisp (« An Englishman in New York ») : il a été récompensé par le Teddy du « Best Acting Performance », un prix décerné pour la toute première fois, et a paru réellement très ému. Mais, le point culminant de l'émotion a été atteint lors de la remise du prix d'honneur à Joe Dallesandro: Wieland, « le père des Teddys » chargé de remettre le prix en était ému jusqu'aux larmes. Joe Dallesandro, que l'on a pu voir cette année dans un documentaire de Catherine Breillat sur sa propre vie, a surtout été récompensé pour son rôle de muse auprès de Andy Warhol et Paul Morrissey: avec lui, la sexualité masculine à l'écran connut une évolution décisive. Il devint une véritable légende, notamment grâce à la célèbre photo de l'album des Stones « Sticky Fingers », celle d'un jean très suggestif et très moulant pour lequel il avait posé.
Ensuite, soutenu par la puissante voix de Nina Hagen, tout le monde entonna « Walk on the wild side » que Lou Reed écrivit à l'époque à propos et en l'honneur de Joe Dallesandro. Et pour conclure, au bout de deux heures de spectacles aussi innombrables que variés, dont il faut surtout retenir le spectacle de Eike von Stuckenbrok et celui de Joey Arias (que l'on a déjà vu aux côtés de Klaus Nomi, David Bowie et Iggy Pop), le public avide de faire la fête a enfin pu s'élancer dans les lounges et faire vibrer les pistes de danses.
Kyra Scheurer
Edité le : 14-02-09
Dernière mise à jour le : 15-02-09