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Cannes 2008

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Festival de Cannes 2008 - Compétition officielle - 21/08/08

Two Lovers

Un film de James Gray


D’une beauté fracassante, le film « Two Lovers » confirme le parcours sans faute de James Gray. Un grand cinéaste, un grand film.

Synopsis : New York. Un homme hésite entre suivre son destin et épouser la femme que ses parents ont choisie pour lui, ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux.

L'interview du réalisateur James Gray et de l'actrice Vinessa Shaw
Le trailer du film
(Windows Media Vidéo)


Critique : L’histoire est vieille comme le monde. « A aime B qui aime C » : le canevas classique des tragédies depuis des millénaires. James Gray transforme néanmoins cette trame, lui donne de la nuance, de la profondeur. Rien n’est jamais aussi simple. Son héros Leonard Kraditor a l’esprit hanté par sa famille, le passé, une affection naissante, la bonté, son sens du devoir ou la vision de son propre destin tel qu’il serait tracé par ses parents. Comme toujours chez Gray, il est écartelé jusqu’au point de rupture par sa culpabilité mais aussi, et surtout ici, entre l’amour simple et la passion dévorante. Le réalisateur montre ce moment décisif, qui parfois ne tient à pas grand-chose, où se font des choix de vie radicaux. Un carrefour sentimental à haut risque. Car si Gray pour la première fois change de genre – ici plus de crimes, de drogues ou de meurtres – il ne change pas de drame : les vertiges des sentiments s’avèrent tout aussi dangereux. Un simple baiser peut blesser ou tuer aussi bien qu’un revolver.

Dans chaque plan du film, Joaquin Phoenix incarne intensément Leonard Kraditor, peut-être un peu trop. Inspiré par certains héros de Dostoïevski, notamment celui de la nouvelle « Nuits Blanches », il est un être en souffrance, obsédé par une femme presque inaccessible. Marqué par le destin, son cœur est déchiré dès la première image. Comme le précise Gray ironiquement, un homme qui souffre d’un mal mystérieux de l’esprit, d’une obsession chez Dostoïevski, serait aujourd’hui diagnostiqué rapidement par des psychiatres pour trouble bipolaire ou schizophrénie, puis traité dans la foulée avec pléthore de médicaments psychotropes. D’ailleurs chacun des trois personnages revendique plus ou moins subtilement une folie, le droit de n’être pas dans la norme. Joaquin Phoenix pousse parfois un peu trop son jeu dans cette direction, transformant souvent la bonté de Leonard en une simplicité un peu attardée. Mais, toujours aussi magnétique, il joue magnifiquement du détail, voûte les épaules, tire sur ses manches comme un ado pataud, appuie les maladresses de cet homme maladivement peu sûr de lui. Gray dépeint d’ailleurs un monde peu évoqué dans le cinéma américain : des trentenaires obligés de sortir le soir sur la pointe des pieds de l’appart de leurs parents, de vivre leur passion comme des adolescents en cachette. On reste toutefois dans le milieu qu’il connaît le mieux et qu’il filme toujours : la communauté juive russe de Brooklyn, ici un appartement gentiment bourgeois où les murs envahis de photos du passé familial opère une pression fantastique sur le moindre geste du présent. Le réalisateur, comme toujours, choisit des légendes pour incarner les parents, spectateurs dépassés par les tourments de leur fils : Isabella Rossellini en mère aimante qui tente en vain d’être discrète, et Moni Moshonov en père intelligent mais impuissant. Car « Two Lovers » s’ancre aussi dans un contexte social implacable. Si Michelle, ange blond, appartient à la haute bourgeoisie déchue, Sandra et Leonard vivent par et pour leur communauté juive pratiquante de Brooklyn, leurs familles gérant des pressings concurrents. Là encore, Gray ne fait rien au hasard et quand il montre Leonard se rendre à Manhattan à un dîner chic en métro sur un thème éthéré de Mancini, il donne corps à son rêve tout en creusant cruellement la différence : Leonard, maladroit face à des codes inconnus, est un étranger à quelques stations de métro d’un autre monde.

Fracassante de beauté, l’ouverture du film dans un crépuscule de plomb sur un pont survolé par des oiseaux noirs, porte en elle toute la puissance du fatum. Comme toujours chez Gray, l’épilogue du film répond en sourd écho à son prologue, encadre l’histoire pour lui insuffler de la force. C’est là aussi la beauté et la supériorité du cinéma ou de l’art sur le monde réel : trouver une logique, un sens à la vie quand il n’y en n’a pas toujours dans la réalité.

Delphine Valloire
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Two Lovers
Un film de James Gray
(USA, 2008, 100 mn)
Avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Show, Isabella Rossellini…
Compétition officielle




Edité le : 20-05-08
Dernière mise à jour le : 21-08-08