
De Lionel Baier
(Suisse, 2008, 91 min.)
Avec Robin Harsch, Natacha Koutchoumov, Elodie Webern Bulle Ogeirn Georges-Henri Dépraz, Brigitte Jordan
Compétition Internationale Locarno 2008

Synopsis : François installé avec son amie Christine à la Vallée de Joux, trouve un emploi dans le journal local pour lequel il doit rédiger des chroniques sur la vie des habitants. Parallèlement il a pour mission d’écrire aussi sur les films projetés dans l’unique cinéma de la vallée. N’étant pas critique et pour se faciliter la tâche, François recopie les articles parus dans la revue très intello « Travelling » et se passionne progressivement pour le 7ème Art. Il décide d’assister régulièrement aux projections de presse à Lausanne où il rencontre Rosa, une critique de cinéma influente qui le fascine et le séduit…
Critique : Unique film suisse en compétition internationale à Locarno, « Un Autre Homme » est le troisième long métrage de Lionel Baier, déjà repéré par le festival en 2004 avec « Garçon Stupide » qui avait connu un beau succès d’estime lors de son exploitation en France. Toujours un peu franc-tireur dans le paysage de la production helvétique, Lionel Baier s’intéresse cette fois à formuler une satire sociale des milieux culturels en Suisse au travers d’une histoire d’amour déséquilibrée : Rosa (interprétée par la savoureuse Natacha Koutchoumov qui suit Lionel Baier de films en films) est un personnage de jeune femme éminemment cynique et dominatrice qui trouve en François (Robin Harsch) une proie facile. Ce jeune chiot égaré de sa province, néanmoins poussé par des dents très longues, s’efforce à intégrer le milieu des journalistes de cinéma de Lausanne. Fasciné par Rosa, François tombe sur un os difficile à ronger, tant cette dernière se dérobe, lui fait la leçon et se moque de lui. Lorsqu’enfin elle décide de s’offrir à François, elle lui impose le statut d’homme objet au plus loin dans la soumission et l’humiliation (la séquence « couille /crevette » peut entrer sans rougir dans les annales des meilleurs dialogues du festival).
A l’instar d’une « Eve » (au masculin) de Joseph L. Mankiewicz, cette histoire d’arrivisme place la manipulation à tous les étages : François l’usurpateur qui plagie les textes de la revue « Travelling » affronte Rosa qui se targue de conseils critiques pernicieux : « Pas besoin d’avoir vu le dernier Chabrol, un film sur deux est raté, donc si l’avant-dernier était réussi, tu sais quoi penser du suivant ». La drôlerie, les clins d’œil et une bonne dose de provocation n’arrêtent pas Lionel Baier dans son portrait acéré d’une l’intelligentsia apparemment sans scrupules. La séquence de l’émission de radio en direct où Rosa détruit en trois phrases « Mon Voyage d’Hiver » de Vincent Dieutre est notamment emblématique du jeu médiatique et de la joute verbale auxquels se prêtent des individus plus intéressés à paraître qu’à tendre à une certaine objectivité. Si Lionel Baier explique par ailleurs que « La Haine », « Le mensonge », deux gravures du lausannois Felix Valloton sont à l’origine du choix du format et du noir et blanc pour « Un Autre Homme » (voir notre interview), le réalisateur ne peut cacher en même temps une profonde tendresse pour ses personnages et de leur amour invétéré pour le cinéma au travers d’une approche esthétique de la Nouvelle Vague française bien davantage qu’autre chose. Ancien projectionniste et chef de file de l’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne, ce jeune talent suisse navigue en terrain connu et la citation dans son film de « Signé Renart » de Michel Soutter et la participation en bout de course de Bulle Ogier sont d’autant plus émouvantes qu’ils relèvent d’un hommage sincère et attendri. Ainsi pour sa sensibilité et sa spontanéité matinée de roublardise, « Un Autre Homme » faisait sans conteste partie des meilleurs films en compétition au festival de Locarno.
Olivier Bombarda






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( note Arte: 4 )







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