
De Luis Buñuel
(France/Espagne, 1929, 15 mn)
Un DVD des Editions Montparnasse
Synopsis : « Un chien andalou » est le premier film de Luis Buñuel, ainsi que le manifeste le plus célèbre du surréalisme au cinéma : Le cinéaste en personne, d’allure très dandy, apparaît à l’écran. Il aiguise un rasoir, puis tranche latéralement l’œil d’une jeune femme. Plus loin, une androgyne est saisie par la vue, puis la possession d’une main coupée, jusqu’à être renversée par une voiture. Dans un appartement, un homme est dominé par ses pulsions sexuelles, provoquées par la présence d’une jeune femme… au son du Tristan et Iseult de Wagner !
Critique : Il convenait d’offrir à « Un chien andalou » la qualité d’une édition en DVD, ne serait-ce que pour rendre justice à son utilisation de la musique, cette juxtaposition irrévérencieuse de l’opéra de Wagner à quelques airs populaires d’opérettes espagnoles. Elle constitue une bande-son plus d’une fois absente des diffusions télévisées du film, ou de ses rares éditions en VHS. Cette copié restaurée rend également justice aux innovations de la mise en scène de Buñuel, d’un ordre plus proprement cinématographique que surréaliste : une inclination aux plans brefs et une préférence pour les mouvements de caméra. Toutes choses clairement audacieuses pour l’époque, hormis chez Griffith, Stroheim, Epstein… Bref, les très grands ou les expérimentateurs, mais aucunement les cinéastes débutants comme lui à ce moment.
Buñuel dira plus tard : « le mystère, élément essentiel de toute œuvre d’art, manque en général aux films ». Equivalent cinématographique du principe de l’écriture automatique chère aux surréalistes, l’arbitraire ludique d’ « Un chien andalou » est né du rêve, mais surtout de l’insolence de la jeunesse de Buñuel et Dali, son co-scénariste pour l’occasion. Un geste envers ce qu’ils appelaient une foule d’imbéciles prompts à trouver beau ou poétique ce qui, selon eux, n’était qu’un désespéré et passionné appel au meurtre. Une déclaration qui hantera longtemps Buñuel et qui, pourtant, n’a pas nui aux « Chien andalou ». Au fil des décennies, ce classique impossible à résumer ou à théoriser n’a jamais été appréhendé comme une charge un peu verte envers les conventions, mais toujours comme un projet libre et abouti, y compris au niveau de sa brièveté
- Les Bonus : Ici, les bonus résultent moins d’une nécessité de proposer des compléments nombreux, pour aboutir à un DVD d’une durée réglementaire (90 minutes) contrebalançant la brièveté du film, que d’une volonté de proposer un appareil critique et pédagogique proportionnel au caractère énigmatique d’un classique ayant traversé les époques. La partie complémentaire est conséquemment plus longue que le film lui-même. Il faut en premier lieu mentionner la présence du scénario sous forme de fascicule, pour rappeler que, non seulement à il existe bel et bien un scénario de ce film éclaté, mais qu’il diffère également de façon spectaculaire du résultat impressionné sur pellicule. Sous forme de bonus vidéo, le journaliste Philippe Rouyer, auteur d’un livre sur le gore, rapporte son sujet de prédilection au film de Buñuel, pour rappeler que le non-réalisme coutumier des effets sanguinolents les rapproche en cela du principe surréaliste, qui fuit le vérisme comme la peste. Après un exposé plus général sur le surréalisme, du à Dominique Rabourdin, le DVD propose un extrait du « Cinéma, de notre temps » consacré à Buñuel, et offre une image chaleureuse et décomplexée d’un réalisateur en villégiature à Tolède.
Le meilleur pour la fin. D’abord un entretien centré sur « Dali et Buñuel » détaillant leur relation en dents de scie et rappelant que le second, bien qu’ayant vécu une jeunesse aisée (c’est sa mère qui financa « Un chien andalou ») fut régulièrement un artiste désargenté, notamment au cours de sa période mexicaine. Puis un témoignage de son fils Juan Buñuel, dont les anecdotes évitent à tout instant le piège de l’hagiographie. Enfin, un ultime bonus où le scénariste Jean-Claude Carrière, avec la même accessibilité que Juan Buñuel, détaille l’importance du rire et de la provocation au sein d’une école surréaliste aujourd’hui célébrée jusqu’à lui ôter parfois sa dimension iconoclaste.
Julien Welter
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Un chien Andalou (DVD)
De Luis Buñuel
(France/Espagne, 1929, 15 mn)
Un DVD des Editions Montparnasse






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Chef-d'oeuvre surréaliste
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