Synopsis : Noël approche. Abel (Jean-Paul Roussillon) et Junon (Catherine Deneuve) s’apprêtent à recevoir dans la maison familiale de Roubaix les enfants, les conjoints et les petits-enfants. Si la demeure et la nourriture sont appréciables, ses occupants et leurs hôtes font preuve d’une sauvagerie qui porte le rituel vers une situation chaotique, quand les rires s’entremêlent à la rage. Pleine d’esprit, de sentiments contrastés et d’inimitiés savamment cultivées, cette famille fait sienne la discordance. Elle est aussi frappée par la grave maladie de Junon.
ARTE Culture ! s'entretient avec Chiara Mastroianni et Melvil Poupaud
L'interview avec Arnaud Desplechin
Le trailer du film(Windows Media Vidéo)
Critique : Roubaix, ville où est né Arnaud Desplechin et à laquelle son cinéma revient périodiquement, les grandes tablées, les altercations ponctuées par les réparties brillantes, les spéculations atroces sur la mort au travail, l’inspiration incommodante des uns et des autres qui se nourrissent de leurs tares, sans volonté de s’en défaire, les prises médicamenteuses à répétition… Ne vous y fiez qu’à moitié, l’auteur de « Comment je me suis disputé… » est parvenu à renouveler ce postulat qui reproduisait apparemment les figures les plus visitées de son œuvre. D’inspiration toujours romanesque (la kyrielle des protagonistes) et autobiographique (l’auteur dit souvent « moi » en évoquant l’un d’eux), « Un conte de Noël » se distingue par sa grande variété stylistique et ses plans courts, presque interrompus et sans équivalent avec ceux de « Rois et reines », un film construit en blocs massifs qui sont autant de scènes. Le spot publicitaire (Catherine Deneuve surgie dans son salon pour vanter les mérites de son cancer qui permettra de réunir la famille), la séance de diapositives, les fermetures à l’iris, l’utilisation truffaldienne d’une voix off précipitée par l’inquiétude (Desplechin est probablement obsédé par « Les Deux anglaises et le continent » depuis « Esther Kahn »)… Tout cela forme une œuvre simultanément alerte et monstrueuse. Entre les étoiles et le caniveau, le ridicule (Amalric et sa toque de trappeur) et la grâce (Catherine Deneuve, une fois encore impératrice), l’échec affreux ou le succès souvent éphémère obtenu par la soeur à l’encontre du frère, chaque comédien brille du feu le plus incandescent. Glaçante d’impudeur, une concurrence censée aboutir à la désignation d’un donneur compatible avec Junon, qui songe à une greffe, s’en nourrit justement.
Au son d’une suite échevelée et ascensionnelle de Duke Ellington, ce tableau de famille se transforme en arbre généalogique tortueux. Les branches mortes et autres membres amputés ne manquent d’ailleurs pas (Joseph, enfant disparu prématurément), tout comme les excroissances (Emmanuelle Devos joue Faunia, la nouvelle petite amie de Henri incarné par Mathieu Amalric). Ce faisant, Roubaix apparaît à son tour comme l’un des personnages principaux, avec sa topographie fragmentée, ses quartiers où le beau (de vieilles maisons) voisine en permanence avec le laid (une poussiéreuse salle des fêtes où mixe toujours Ivan le cadet falot – Melvil Poupaud, au look très Zidane). Comment accorder tout cela ? Desplechin joue précisément sur les discordances, jette dans un feu ardent la réinvention et l’autocitation, la clairvoyance et la dégénérescence. Celui-ci ne se consume jamais malgré une durée de 2h30 qui confirme la générosité et le goût de l’effort chez un auteur souvent décrié pour sa cruauté. Le brasier entretient la réussite vertigineuse d’une œuvre qui pourrait ne ressembler qu’à un autre de ces films de Noël - genre qui plus est rebattu - tant il choisit bel et bien d’en illustrer toutes les conventions (messe de minuit, spectacle improvisé par les enfants). Pas la moindre bondieuserie à l’horizon pourtant, aucun des personnages ne verse de larmes, à l’exception notable d’Elisabeth (Anne Consigny), qui se désignait au départ comme le membre le plus vindicatif de la famille. Desplechin apprécie les contraires, ils sont vivifiants. Julien Welter







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Les retrouvailles désordonnées au moment des fêtes de fin d’année offrent un cadre au nouveau chef d’œuvre d’Arnaud Desplechin. C’est vif, remuant et vertigineux.
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