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Cent soixante ans après l’abolition de l’esclavage par la France, et alors que l’Amérique se demande si son prochain président sera noir, ARTE retrace le combat des Afro-Américains pour l’émancipation, et au passage, tend un miroir au passé esclavagiste et colonial de la France.

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Cent soixante ans après l’abolition de l’esclavage par la France, et alors que l’Amérique se demande si son prochain président sera noir, ARTE retrace le (...)

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09/06/08

Un film inhabituel

Entretien avec le cinéaste Philippe Labrune et extraits vidéos du film

Philippe Labrune, vous êtes réalisateur, vous étiez déjà familiarisé avec le monde de l’esclavage ?
J’en savais ce que tout un chacun en sait, c’est-à-dire fort peu.
Je ne suis pas un historien. Mais je suis curieux et c'est cela qui me guide dans mes choix de réalisateur. La curiosité, toujours la curiosité. Et aussi le désir d'être en déséquilibre vis-à-vis de sujets que je connais peu et qu'avec le temps de préparation et d'écriture je cerne, j'appréhende de mieux en mieux. Jamais je ne me suis senti en terre étrangère avec le sujet de l'esclavage.

Que voulez-vous dire ?
L’esclavage, c’est une tragédie de l’humain. La vie, l’humain, c’est ce qui relie tous mes films. Le procès Papon, l'humanitaire au Kenya, en suivant une femme magnifique âgée de 81 ans : Mama Daktari.
Mes héros, si je puis dire, sont des êtres qui aiment la vie et je cherche à restituer cet amour-là qui nous parle à tous. Un film, c’est des rencontres. Au moins une ! Sinon ça ne sert à rien de faire ce métier. Je considère que le rôle d'un réalisateur, c'est de rester dans l'ombre afin de mieux poser la lumière sur les gens et les choses. Quand en plus, ces personnes rayonnent d'une lumière intérieure et qu'elles aiment transmettre leurs passions, c'est encore plus facile. Suffit d'être à leur disposition !

Mais les héros de l’histoire dont vous parlez, ils ne sont plus là pour la raconter.
Dans ce documentaire sur l'esclavage, les héros n’ont jamais la parole. C’étaient des esclaves. L'Histoire est toujours écrite par les puissants, les colons, les gouverneurs ... Mais on apprend beaucoup en les lisant parce qu’entre les lignes, ils évoquent de façon beaucoup plus figurative qu'on ne le pense, le dur quotidien des esclaves. Et ça, c’est intéressant pour la réalisation.
Alors, j’ai pris en compte cette correspondance de trois années, mais au final, c'est en jouant sur « l'omni-absence » des esclaves que je les rends encore plus présents. En travaillant sur le manque, je les rends irremplaçables !

Mais comment une absence peut-elle devenir présence ? Comment faites-vous, concrètement ?

Ce film est une fiction documentaire qui s’appuie sur des lettres.
Extrait du film
La partie que j’appellerai « reconstitution » met en scène des personnages, ceux-là même qui ont écrit ces lettres.
Extrait du film
Ils évoluent dans leur l’époque, habillés comme on l’était alors,
Extrait du film
rien de tout cela ne fait question. On sait comment ces gens étaient vêtus, où ils vivaient et travaillaient. Caroline, l’historienne, et moi-même, étions à peu près sûrs de certains éléments du décor, des costumes, des perruques...

L’autre partie est une « reconstruction du réel », j’entends par là les lieux de vie des esclaves. Je suis parti là-bas, j’ai pratiqué l’immersion dans leur géographie afin de réussir ce travail sur le temps. J’ai lu, relu ces lettres dont les héros sont silencieux. Je me suis immergé dans leur absence, j’ai été sur les lieux où ils ont été, j’ai beaucoup marché et observé. Quand j’ai filmé la paroi du cachot, je l’ai fait en pensant que là, sûrement, un esclave avait aussi posé sa main.
Extrait du film
Sous un arbre, un autre a dû aussi, comme je l’ai fait, s’abriter et prendre la lumière qui traversait le feuillage. Les esclaves sont partout dans le film, sauf dans les bureaux de l’administration coloniale. C'est là d’ailleurs la difficulté. C’est un défi de mener un travail sur le réel, le vrai, j’entends par là, le juste.

Et pourquoi avez-vous introduit un personnage d’aujourd’hui dans le film ?
Ce n’est pas un historien, ni un chercheur. C’est un Martiniquais qui mène l’enquête sérieusement et honnêtement et qui la raconte à sa manière, sans la distance du scientifique car il est concerné et bouleversé.
Extrait du film
Il est aussi chacun de nous car cette histoire nous concerne tous. Il est le lien entre l’histoire et la mémoire.

Ce n’est pas trop difficile de travailler avec un historien ?
C’était un travail d’équipe très enrichissant. Nous avons travaillé sur des bases claires. Toute l’information était garantie par Caroline qui connaissait à fond l'affaire Spoutourne et toute la problématique qu’elle cachait. Elle en a « dessiné » la structure, écrit ce que le narrateur devait aborder. Mais il a fallu bien sûr faire des coupures. J’en ai fait des ellipses qui sont devenues de belles passerelles pour le téléspectateur. Au final, j’ai fabriqué une trame narrative que je dis « composite » : une dramatique appartenant à la fiction, et un travail propre au documentaire qui consiste à mêler reconstitution et reconstruction du réel avec comme objectif ultime, que les spectateurs cheminent facilement et sereinement dans cette aventure judiciaire, par-dessus tout humaine.

Entretien réalisé par Pascale Cornuel, ARTE

Une histoire exceptionnelle. Entretien avec l’historienne Caroline Oudin-Bastide

Edité le : 27-05-08
Dernière mise à jour le : 09-06-08


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