(France – USA, 2004, 2h15)
Avec Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Clovis Cornillac, Jodie Foster
Synopsis : En 1919, dans la France de l’après-guerre. Mathilde (Audrey Tautou) attend le retour de son fiancé Manech (Gaspard Ulliel), parti deux ans plus tôt sur le front de la Somme et mort, comme des millions d’autres, « au champ d’honneur ». On a beau lui relire l’avis officiel, Mathilde refuse d’admettre l’évidence, et se lance à corps perdu dans une véritable contre-enquête où la version officielle, qui stipule que Manech serait décédé dans une tranchée avec quatre autres condamnés pour mutilation volontaire, est malmenée par les découvertes successives et la détermination sans faille de la jeune femme.
Critique : Bénéficiant de moyens pharaoniques, grâce à une co-production avec le studio américain Warner, et de l’aura de son film précédent, « Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain », Jean-Pierre Jeunet s’est lancé dans l’adaptation d’un roman de Sébastien Japrisot, « Un long dimanche de fiançailles », un ouvrage complexe où les faits sont sans cesse remis en question par le témoignage de nouveaux personnages et par de multiples flash-back. Au-delà de cette méticulosité dramatique, il s’agit de mettre en avant la foi inébranlable de l’héroïne Mathilde à croire son Manech vivant et à le retrouver, autrement dit à nimber d’un souffle violemment passionnel un récit qui exige par ailleurs la plus grande concentration. Mais pour la production, il s’agit aussi de profiter de cette même trame romanesque pour en mettre plein la vue et dépenser à bon escient des millions dans une reconstitution historique qui relèverait du « jamais vu ».
Accaparé par le souci logistique et par une multitude de plans coûteux, qui s’obligent à être à la fois d’une ampleur démesurée (les combats de la Somme, avec figurants et canonnades, le Paris des années 1910, avec reproduction en toile de fond des anciennes Halles et de l’ancien Trocadéro) et pour le moins brefs (il ne faudrait pas imposer aux américains un film trop long ou trop lent), Jeunet oublie simultanément de donner de la chair à ses images et à ses comédiens. Les premières, prises dans un tourbillon quasiment « clipé », ne parviennent guère à marquer la rétine et, par leur répétition, perdent de leur force (un comble pour les séquences de combat !). Les seconds, réduits à un défilé aussi décoratif que stérile, celui d’une partie du bottin du cinéma français officiant en guest stars, ne parviennent pas à transcender le fourmillement du récit, pour le perdre plutôt en anecdote pittoresque (ah ! ce goût du bibelot vieille France chère à Jeunet).
Si le réalisateur se distingue, comme avec son film précédent, par la fluidité du montage, il oublie aussi totalement d’incarner la détermination de Mathilde, un personnage qui, s’il a beau courir après une chimère, se doit tout de même d’exister autrement que par le regard fixe et peu convainquant d’Audrey Tautou. Extrêmement ambitieux et romanesque dans son propos, « Un long dimanche de fiançailles » procure une impression étonnement tiède et anecdotique. Autrement dit, c’est raté.
Julien Welter
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Un long dimanche de fiançailles
de Jean-Pierre Jeunet
(France – USA, 2004, 2h15)
Avec Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Clovis Cornillac, Jodie Foster
Sortie du 27 octobre 2004
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