Daniel Barenboïm : La date du 21 août était fixée avant la date du retrait, il n’y a pas de lien entre les deux. Croyez-moi, enfin vous pouvez me croire ou pas, mais croyez-moi, il n’y a pas un calcul, même le plus minime, politique dans toute cette affaire.
Une personne dans l’assistance : Non, je ne peux pas vous croire Monsieur Barenboïm, excusez-moi. Parce que c’est montré dans le film, vous dites que vous ne voulez faire que de la musique, mais en même temps il y a plusieurs allusions à des problèmes politiques comme le mur.
Le contexte n’est pas expliqué, c’est-à-dire qu’en fait, on n’est que d’un côté. On explique qu’il y a un mur qui a été dressé, on ne dit pas pourquoi le mur a été dressé. Moi, je trouve qu’il n’y a pas que de la musique non plus, il y a aussi derrière de la politique.
Daniel Barenboïm : Non. Je vous dis pourquoi. Les références au mur sont faites par des jeunes qui sont là et qui parlent…
Une personne dans l’assistance : Oui, des palestiniens, en fait ! Il n’y a que des Palestiniens…
Daniel Barenboïm : Je suis navré, vous n’avez pas bien regardé. Dans ce film, il y a combien de Palestiniens selon vous ? Vous savez, tous les Arabes ne sont pas des Palestiniens non plus !
Les références au mur dont vous parlez sont faites par un jeune qui vient de la Syrie. Ce n’est pas du tout un Palestinien. Il y a une fille palestinienne qui parle de cela. Je ne veux pas leur dire comment ils doivent penser, et je ne veux pas non plus les empêcher de penser ce qu’ils veulent.
Une personne dans l’assistance : Non. Je parle de la scène où vous êtes devant un paysage avec des Palestiniens et l’on vous explique comment le mur va être dressé. Non mais ne dites pas que ce n’est que de la musique non plus, Monsieur Barenboïm !
Daniel Barenboïm : Mais je ne dis pas que ce n’est que de la musique, je dis que, à part la musique et à travers la musique, nous créons des liens humains entre les gens, surtout entre les gens qui ont la même passion, passion qui est la musique.
Une personne dans l’assistance : Vous avez aussi un certain mépris pour les Israéliens quand vous dites qu’ aucun des Israéliens ne puisse imaginer qu’il y ait un Egyptien qui joue…
Daniel Barenboïm : Pas seulement… Edward Saïd lui-même, il est Arabe, il était Palestinien…
Une personne dans l’assistance : Oui, mais dans le film, vous dites…
Daniel Barenboïm : Mais lui, il le dit aussi ! Excusez-moi mais, ni en France ni aux Etats-Unis ni en Allemagne, on ne pense pas à des Egyptiens comme à des interprètes musicaux qui se consacrent à jouer des symphonies de Beethoven, je suis navré. C’est un aspect de la culture de ce pays qui n’est pas connu. D’ailleurs, elle est très pauvre et l’attitude des gouvernements arabes, surtout des gouvernements syrien et égyptien, est très critiquée dans ce film, dans une petite séquence, par Edward Saïd lui-même !
Ce serait un mépris si je disais : mais, après tout, qu’est-ce qu’ils savent en France de Brückner ! Ça ce serait un mépris, et je l’ai d’ailleurs dit aujourd’hui à Paris… Les Egyptiens ne sont pas un peuple que l’on associe avec la musique classique.
Vous savez, c’est un projet très paradoxal. Parce que, s’il n’y avait pas un conflit, le projet ne serait pas nécessaire. Les Egyptiens iraient à Tel-Aviv étudier à l’académie de musique, peut-être que les Israéliens iraient ailleurs, et ce ne serait pas nécessaire…
Une personne dans l’assistance : Il y a des écoles en Israël, enfin il y a une école à Jaffa où il y a des musiciens qui viennent…
Daniel Barenboïm : De la Syrie aussi ? De la Jordanie aussi ? Et de l’Egypte aussi ? Non Madame, ce que vous dites est faux. Il y a une école à Jaffa où il y a des musiciens qui ne sont pas seulement Juifs, ils sont tous des citoyens israéliens. Juifs, Palestiniens, Chrétiens et Mmusulmans. Mais on ne parle pas de cela. On parle maintenant de toute la région et de tous les différents pays.
Il ne faut pas oublier que dans ce conflit il y a deux chapitres qui sont peut-être liés mais qui sont indépendants : le conflit israélo-palestinien, ou si vous préférez judéo-palestinien, et l’autre, c’est le conflit entre l’état d’Israël et tous les autres états arabes autour.
Ce sont deux conflits qui sont séparés, et qui ont un lien évidemment. Mais on ne peut pas mélanger les choses, on ne peut pas dire qu’il y a des Arabes qui étudient à l’école de Jaffa. Ce sont des citoyens israéliens. Et je suis très content qu’il y en ait…
Vous avez vu le pianiste, Salim Abou Dechka, et il y en a d’autres, des Palestiniens, des Arabes, citoyens israéliens, qui ont la possibilité de jouer. Ils jouent avec l’orchestre philharmonique d’Israël, ils travaillent en Israël, ça c’est tout à fait juste.
Vidéo (4/7) (5'38"; Real vidéo)Daniel Barenboïm parle... les autres articles :
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