ARTE France, Cinétévé (2009, 1h19)
Essayiste, économiste, Jacques Attali dresse l’état des lieux du monde…futur, d’ici à 2050, tenant la fascinante chronique d’une fin annoncée. Un scénario inéluctable ?
« Je vous invite à vivre avec moi les cinquante prochaines années » : dans une ambiance futuriste, Attali déroule le scénario en images des décennies qui, selon lui, nous attendent. Calquée sur son dernier essai, auquel elle emprunte son titre, cette « brève histoire de l’avenir » s’appuie sur le travail de prospective entrepris depuis de nombreuses années. Un récit au futur de l’indicatif, qu’en contrepoint, d’autres voix (futurologue, philosophe, expert des relations internationales) appuient ou nuancent, proposant quelquefois
une autre vision de l’avenir.
Les 5 phases de l’avenir « Ce qui va nous arriver va se dérouler en cinq phases » : tour à tour guide
et expert, Jacques Attali entame ce voyage dans le temps aux États-Unis. C’est là qu’a commencé la première phase de l’avenir: « le déclin de l’empire américain » commencé il y a quelques mois, quand la bombe à retardement des subprimes a éclaté en crise financière généralisée. Dans une dizaine d’années, le déclin relatif de cette puissance dominante laissera place à un univers polycentrique : onze puissances se partageront la gestion du monde, prenant le relais de l’Amérique sans vraiment la remplacer.
Jonglant avec des images réelles (des catastrophes qui ont déjà eu lieu) et des images de synthèse, l’essayiste dessine le visage d’un avenir de plus en plus fascinant. Bientôt, un « hyperempire » mondial aux inégalités extrêmes, régi par le dieu marché et l’« hypersurveillance », verra surgir ce qu’il nomme un « hyperconflit » : la violence de la compétition pour l’énergie, l’eau, les ressources alimentaires, sur fond de catastrophes écologiques, pourraient aboutir à une guerre totale, susceptibles de mettre fin à l’humanité. Cette chronique d’un chaos annoncé s’achève néanmoins sur un espoir : pour le conteur, l’avènement d’une « hyperdémocratie » altruiste, forgée par une nouvelle génération de « transhumains », pourrait enrayer cette marche vers le pire. Et du catastrophisme à l’utopie, son exercice vertigineux de politique-fiction n’a d’autre but, souligne-t-il, que d’éveiller les consciences.
Note du réalisateur, Pierre-Henry salfati
Quand Cinétévé m’a proposé d’adapter le livre de Jacques Attali Une brève histoire de l’avenir, j’ai souhaité trouver un dispositif visuel original afin de rendre vivante cette chronique annoncée des 50 prochaines années. Jacques Attali s’est montré très enthousiaste sur ce parti-pris.
Il est le fil conducteur du film : il introduit le propos et nous guide tout au long du récit. Il nous propose des clés pour comprendre l’avenir du monde en nous en offrant sa propre vision. Pour illustrer ses réflexions et ses propositions, trois personnages représentent trois visions du présent en perspective de ce futur annoncé : un Américain, pour évoquer la chute de l’hégémonie américaine, un Chinois et un Indien, pour aborder l’émergence particulière de la Chine et de l’Inde. Tous trois concentrent toutes les problématiques de l’avenir : crises financière, écologique, démographique, énergétique…
Autour d’une table fictive de gouvernance mondiale vont aussi se succéder les protagonistes potentiels des cinq prochaines décennies : les représentants des onze puissances émergentes, les « propriétaires du monde » acteurs de l’Hyperempire : assureurs, banquiers et autres « men in black », les militaires qui risquent d’occuper l’avant scène d’un Hyperconflit, les religieux promoteurs d’un repli théocratique possible, les humanistes et altruistes porteurs d’un programme « équitable »…
Des interventions d’experts internationaux viennent compléter le dispositif narratif. Au-delà du chaos annoncé, Attali demeure malgré tout optimiste et termine sa prospective sur une note d’espoir : une nouvelle génération de « transhumains » ferait retrouver ses droits à la raison, à l’altruisme, à la générosité, marquant le retour à la démocratie.






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