Kevin BrockmeierUne brève histoire des morts
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Johan-Frédérik Hel Guedj
Panama
Août 07
304 pages – 21 €
Une ville aux contours flous accueille de plus en plus d’arrivants. Dans la cité des morts, les défunts endossent une existence presque normale, nouent des relations, retrouvent leurs chers disparus. Un purgatoire, en somme, dans lequel personne n’a rien à expier, si ce n’est le souvenir de son existence. Chacun raconte son dernier voyage, comme ce vieillard aveugle, qui ne peut s’empêcher de relater sa traversée du désert. En attendant, les défunts sont en transit dans cette ville avant de rejoindre un ailleurs indéfini.
« A son arrivée dans la ville, l’aveugle prétendait avoir traversé un désert de sables vivants. Il avait commencé par mourir, disait-il, et puis- clac !- le désert. Il racontait cette histoire à tous ceux qui voulaient l’entendre, agitant la tête pour suivre le bruit de leurs pas. Une grêle de gros sable rouge ruisselait de sa barbe. Il expliquait que ce désert, nu et peu fréquenté, lui avait sifflé au visage comme un serpent. Il avait marché des jours et des jours, jusqu’à ce que les dunes s’écartent sous ses pieds, se dressent tout autour de lui pour le fouetter en pleine face. Ensuite était venu le calme, et tout s’était mis à battre comme un cœur. Un battement limpide, un bruit comme il n’en avait encore jamais entendu. Et, disait-il, c’est seulement à la seconde où un million de pointes de flèches de sable lui avaient cinglé la peau, pas avant, qu’il avait compris pour de bon : il était mort. »
Mais du jour au lendemain, la ville se dépeuple. Les morts disparaissent. Luka Sims qui tient la gazette de la ville mène l’enquête dans les rues désertes.
Pendant ce temps, Laura Byrd entreprend un périple sur la banquise pour trouver une présence humaine, et s’aperçoit qu’une pandémie véhiculée par les sodas coca-cola a éradiqué toute vie. Seule survivante, elle déroule le fil de ses souvenirs, étrangement reliés à la cité des morts. Les battements de son cœur font vibrer les rues de la ville dépeuplée. Deux cents défunts attendent que Laura retienne son souffle, et combatte la mort. La mémoire les fait vivre.
« De combien d’êtres un humain saurait-il raisonnablement se souvenir ? Un millier ? Peut-être, s’il est affligé d’une mémoire particulièrement désordonnée. Alors –dix mille ? cent mille ? un million ? »
Kevin Brockmeier signe un roman énigmatique. Envoûtant, il emporte le lecteur dans les limbes oniriques d’une cité des morts. Sur la banquise immaculée, Laura Byrd continue malgré elle de faire vivre les êtres qu’elle a connus. Ces allers et retours entre la solitude de la jeune femme, seule survivante d’une terre ravagée par une pandémie et les survivants de la mémoire qui peuplent la ville fantôme font de « Une brève histoire des morts » un roman atypique et inoubliable.
Alexandra Morardet






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