«
Je pense que l’Union européenne, c’est comme l’Union soviétique, tout se décide à Bruxelles » entend-on à
Riga.
Derrière cette critique politiquement incorrecte se cache l’idée que les décisions de Bruxelles sont très opaques. L’avis est d’ailleurs partagé par Madame
Durang, riveraine du bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le Berlaymont. « S
avez-vous ce qui se passe à l’intérieur du Berlaymont ?» lui demande Caroline Gillet. Et la vieille dame lui répond le plus simplement du monde «
Comment voulez-vous que je le sache ? Je ne suis pas autorisée à y entrer ! ». Voilà le problème exprimé en quelques mots, sans que les causes ne soient pointées du doigt. Disons-le sans détour : les médias portent une lourde responsabilité. Benjamin Franklin disait «
Entre une démocratie sans journalistes et une dictature avec une presse libre, je choisis la seconde. » Et malheureusement, la démocratie européenne est plutôt de la première catégorie.
Les ministres des 27 États membres peuvent décider d’une législation à Bruxelles et annoncer auprès de leurs médias nationaux que cette dernière leur a été imposée par les autres. Les députés européens sortants peuvent n’avoir été présents que de manière épisodique au Parlement et donner des leçons sur ce que l’Union devrait ou ne devrait pas faire. Tout ceci est possible uniquement parce que les grands médias européens ne suivent pas l’actualité européenne au quotidien et ne pointent ni ses dysfonctionnements ni ses réussites. Beaucoup d’entre eux n’ont même pas de correspondants permanents à Bruxelles ! D’autres ont d’excellentes vigies, mais ne les sollicitent que lors des sommets européens et des élections. Si les grands médias jouaient leur rôle d’information et de débats tout au long de la législature et pas seulement au moment des élections, Madame Durang pourrait entrer dans le Berlaymont au moment du journal de 20 heures et la démocratie européenne s’en porterait bien mieux.
Espérons que l’intérêt soudain des médias pour la démocratie européenne ne retombera pas dès la mi-juin. Mais comme dirait
Francis Lalanne, nouveau poète européen, «
Excusez-moi de parler de rêve en politique ».
Philippe PerchocNouvelle Europe