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Armes, trafic et raison d’Etat

Chaque jour, des milliers d'armes légères sont vendues au mépris du droit international. Comment freiner ce commerce de la mort ?

> Une économie de la mort

Armes, trafic et raison d’Etat

Chaque jour, des milliers d'armes légères sont vendues au mépris du droit international. Comment freiner ce commerce de la mort ?

Armes, trafic et raison d’Etat

02/09/08

Une économie de la mort

Armes, trafic et raison d’Etat


« Une économie de la mort », Paul Moreira répond à nos questions...

Édifiant, le documentaire d’investigation Armes, trafic et raison d’État éclaire les enjeux d’un commerce mondial opaque et complexe. Entretien avec Paul Moreira, co-réalisateur. 

  • Quel a été le point de départ de ce film  sur le trafic d’armes ?
Grand reporter, je vais souvent dans des pays où sévissent des milices irrégulières et au fil des ans, je remarque leur facilité à se procurer des équipements puissants, dangereux. Dans ces régions où des armes sont disséminées de manière anarchique, ce sont toujours les civils qui paient. Si les porteurs d’armes se protègent bien, ils répandent la mort autour d’eux par le chaos qu’ils créent, en tuant mais aussi en engendrant de terribles situations sanitaires. Pour évoquer ce trafic, il me semblait intéressant de raccrocher la narration au combat de ces drôles d’activistes de la campagne Control Arms, à l’origine de nombreuses révélations, comme celle des armes livrées au Soudan par les Chinois, au moment de l’embargo au Darfour. En plus de notre enquête sur les conséquences de ce commerce tous azimuts, la lutte de cette poignée de citoyens « désarmés » qui, selon le slogan « Yes, we can !» d’Obama, parviennent tout de même à faire plier certains États, porte l’ambition du film.

 

  • Vous ont-ils bien accueillis ?

Cela a pris du temps. Sans doute à juste titre, ces activistes ont très peur que l’on ne dévoile leurs secrets de fabrication, compte tenu de leur degré assez élevé de pénétration des circuits. L’activité de trafiquants comme Victor Bout a été connue grâce à leur travail, qui a inspiré le personnage de Lord of War avec Nicolas Cage. Mélange de militants et d’agents secrets, ces personnages de premier plan de la face obscure de la mondialisation incarnent une nouvelle forme de résistance planétaire. Ils sont convaincus que, face à l’hypocrisie et aux intérêts croisés des États dans le commerce des armes, seule une internationale des citoyens peut incarner un contre-pouvoir, et influencer les Nations-Unies. Un lieu vertueux selon eux, en dépit des résistances qu’ils y rencontrent. Et après un an auprès d’eux, je pense qu’ils ont raison.

 

Au Congo, vous filmez au cœur de ce trafic. Comment s’est passé le tournage ?

Avec cinq millions de morts, c’est la région du monde qui connaît le plus de pertes civiles, depuis la seconde guerre mondiale. La plupart (80%) meurent de faim, d’épidémie, de mauvaises conditions sanitaires, conséquences de l’insécurité permanente et de la multiplication des groupes armés, dont certains sont contrôlés par les pays voisins. Mais si ces groupes peuvent se fournir en armes, c’est d’abord grâce aux minerais précieux du sous-sol congolais -nécessaires à l’électronique et aux téléphones portables- que nous achetons. Une économie de la mort, où les forces armées sont d’abord la condition à la poursuite du trafic des minerais. Dès le premier jour de tournage, nous nous sommes retrouvés au milieu de combats à l’arme lourde. Une caméra a été cassée, car les soldats, en train de perdre une position, ne voulaient pas être filmés. Nous avons dû changer de fixeur, le premier ayant pris peur. Avec les groupes armés, pour ne pas commettre d’erreur, il faut y aller avec quelqu’un qui les connaît. Mais le plus difficile a été de filmer les mines et en ville, un comptoir de minerai qui jouxte une société de transport du groupe Bolloré. Des plans à priori anodins qui, dans ce contexte de pillage des ressources, se sont révélés très sensibles.

 

  • Opposés au traité mondial prôné par Control Arms, les États-Unis s’expriment sans faux-semblant à travers John Bolton, ancien ambassadeur à l’ONU…

C’est l’un des rares néo-conservateurs qui ne pratique pas la langue de bois. Un pur bonheur pour un journaliste, parce qu’il traduit la pensée de toute cette bande autour de Bush, à savoir que les États-Unis sont les maîtres du monde et que le reste ne compte pas. Cela a le mérite d’être clair. En revanche, nous avons été stupéfaits par l’absence totale de réaction du Quai d’Orsay, face à la mise en cause de la France, accusée de vendre des munitions à la dictature en Guinée Conakry. Nous espérons que quelqu’un viendra en débattre sur le plateau, après le film.

 

Propos recueillis par Sylvie Dauvillier, Juillet 2008

Filmographie sélective
(Principaux documentaires d’enquête)

2008 Armes trafic et raison d’Etat
(90mn - ARTE)
avec David André

2007 Mourir pour la voiture
(52mn - Canal+)
2007 Travailler à en mourir
(52mn - France 2)
2006 Irak : agonie d’une nation
(52mn - Canal+)
Prix du meilleur documentaire d’actualité
au Festival International de Télévision de
Monte-Carlo. Prix de la meilleure investigation
au FIGRA.
2005 Israël : Dans le secret de la guerre des colonies
(94mn - Canal+)
2004 Bagdad : la guerre des bombes
(26mn – Canal+)
2004 Le pouvoir des rebelles armés
(26mn – Canal+)
Prix du meilleur reportage d’actualité du
Club Audiovisuel de Paris 2005.
2003 Dans la jungle de Bagdad
(30mn – Canal+)
2003 Enquête sur une guerre sans images
(26mn – Canal+)
2001 Islamiste-USA : histoire d’une alliance contre nature
(52mn, dans 90 minutes - Canal+)
Nominé au prix Albert Londres.

 

  

 

 

Des armes à abattre
mardi, 2 septembre 2008 à 21:00
Pas de rediffusion
(France, 2008, 121mn)
ARTE F

Edité le : 10-07-08
Dernière mise à jour le : 02-09-08


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