Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité Cinéma > Actu cinéma du 6 mai 2009 > United Red Army

Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

Sortie du 6 mai 2009 - 08/06/09

United Red Army

De Koji Wakamatsu


( note Arte: 5 ) Enfin un très grand film sur les mouvements contestataires des années 1970 !

Previous imageNext image
United Red Army
De Koji Wakamatsu
(2008, Japon, 3h10)
Avec Go Gibiki, Akie Namiki, Toshimoto Kokido…

Synopsis : Du milieu des années 1960 au début des années 1970, l’itinéraire de plusieurs étudiants japonais, passés des mouvements contestataires à la lutte armée. Le dogmatisme conduit ces jeunes gens, d’abord indignés par la tartufferie d’un gouvernement japonais à la solde des américains, à mener une vie clandestine dans les montagnes et à s’entretuer lors de purges horrifiantes avant même de s’attaquer au grand capital. Leur parcours dramatique culmine dans une prise d’otage médiatisée, baptisée « l’incident d’Asama Sanso ».

Critique : Ulcéré par le simplisme et le révisionnisme de plusieurs films japonais (des équivalents à « La Bande à Baader » ou à « Romanzo Criminale ») qui ont exploité à l’écran l’odyssée de l’Armée Rouge Unifiée, le vétéran Koji Wakamatsu s’est donné une mission. Son film sera à la mesure de l’engagement et des erreurs des membres de cette faction armée dont il avait croisé la route. Le cinéaste ambitionne aussi de sensibiliser le jeune public japonais actuel, mais sans le prendre pour du mou de veau. Pour cela, il délivre une leçon d’histoire et de mise en scène. En mêlant film d’action, film politique et film historique, il révèle un souci du détail et de l’archivage quasi maniaque, afin de montrer le plus précisément et plus justement possible comment de jeunes gens, pour qui la voie était toute tracée, ont glissé dans la lutte armée et les purge intestines. La mobilisation politique de la jeunesse fut sans précédent dans la deuxième moitié des années 1960 au Japon. A l’époque, Wakamatsu réalisait des films de genre turbulents, dont certains sont encore censurés lorsqu’ils sont repris en France (« Quand l’embryon part braconner », daté de 1966). Le Japon garde aujourd’hui des membres de l’Armée Rouge Unifiée une image partielle et très négative, la seule qui ait cours.

Désireux de « renouer sans nostalgie avec l’élan révolutionnaire » (dixit Nicole Brenez), Wakamatsu, qui conserve manifestement beaucoup d’anecdotes, décrit surtout les perversions des idéaux juvéniles. Il s’attache au passage dramatique du rejet du productivisme et celui, légitime, du climat de corruption, vers la radicalisation d’un mouvement où les imperfections politiques sont traquées sans merci, quand les humiliations verbales succèdent aux molestations au sein d’un groupe de combattants pourtant motivés. L’enthousiasme boy scout fait place au harcèlement hérité de la pratique maoïste de l’autocritique.
L’ampleur générale, l’exhaustivité des faits et la récurrence des scènes éprouvantes font de « United Red Army » un pari émotionnel pour chaque spectateur. Cachée dans les montagnes, la faction se claquemure dans sa propre brutalité. Lorsqu’elle est enfin confrontée aux forces de l’ordre, lors de l’assaut du chalet d’Asama, Wakamatsu ne filme jamais le contrechamp et les policiers, comme si les révolutionnaires semblaient en lutte contre eux-mêmes, aux prises avec leur propre violence.

Conscient de l’ampleur de la tâche, le cinéaste reste le plus souvent simple et direct en dépit des situations équivoques. Ce geste paraît presque révolutionnaire à la lumière du cinéma actuel, tant il est essentiel et minéral. Véritable tour de force et élégie des idéaux évanouis, « United Red Army » voit l’avant-garde cinéphile et les avant-postes militants se réconcilier, pour un dernier moment, au cinéma.

Julien Welter


Edité le : 04-05-09
Dernière mise à jour le : 08-06-09