(France, 2004, 2h20)
Avec Mosche Agazai, Mosche Abele,
Sirak M. Sabahat, Yael Abecassis, Roschdy Zem
Berlinale 2005 - Panorama
L'équilibre délicat entre le tragique et le comiqueSynopsis : L’Ethiopie en 1984/85 – après une famine catastrophique, des milliers de Juifs éthiopiens meurent ou fuient. Pour sauver le peuple des « Falashas », qui se trouvent dans un camp de réfugiés au Soudan, Israël décide de mener à bien une opération de sauvetage unique en son genre sous la direction du Mossad et avec l’aide des Etats-Unis. Presque 8 000 personnes, dont de nombreux orphelins, se retrouvent ainsi en Terre promise. Le petit Schlomo n’est ni Juif ni orphelin, c’est un « goy » : sa mère l’a convaincu de se faire passer pour juif afin qu’il ne meure pas de faim. En Israël, Schlomo est adopté par une famille juive d’origine française. Schlomo, qui vit dans la peur de la révélation de son mensonge, grandit et devient un citoyen juif-isréalien-français, sans jamais oublier ni sa mère, ni ses racines.
Critique : Si c’était le public qui décidait, « Va, Vis et Deviens » ne ferait pas partie de la sélection Panorama, mais de la compétition officielle, et obtiendrait au moins un Ours d’or. Le public s’est levé pour faire une ovation au film qui raconte l’histoire poignante, bien que fictive, d’un enfant noir éthiopien qui est passé maître dans l’art de la survie. Radu Mihaileanu, réalisateur juif roumain qui a fait ses études de cinéma en France, nous apprend beaucoup sur le mode de fonctionnement du cinéma. Les films qui marchent se nourrissent d’abord d’émotions. « Live and Become », titre international de ce film, en regorge : un petit garçon, séparé de sa mère pour ne pas mourir de faim, se trouve confronté à la mort de sa mère juive adoptive lorsqu’ils viennent d’atteindre la Terre promise. Evoluant dans un milieu raciste, il ne peut pas se permettre la moindre erreur, et doit devenir un émigré exemplaire pour que sa fausse identité ne soit pas révélée et qu’il ne soit pas renvoyé là où il souhaite en fait se trouver, aux côtés de sa mère. Mais cette dernière lui a ordonné de devenir d’abord un bon citoyen juif.
Ceci permet à « Va, Vis et Deviens » ne n’être pas uniquement un film triste. Mihaileanu s’efforce d’éviter l’emploi de stéréotypes lorsqu’il dépeint l’enfant noir qui se cache dans une famille. Sa nouvelle famille est composée de gens formidables, et notamment sa mère adoptive, qui se bat comme une lionne pour son nouveau fils. Le film comporte aussi des moments drôles, notamment lorsque la famille de Schlomo, plutôt incroyante et proche du mouvement socialiste d’Israël, se résout à réciter une prière selon les rites orthodoxes et sous sa direction lors du dîner, et que le petit garçon doit déployer tout son art pour lui faire renoncer à ce projet. Mihaileanu maintient un équilibre délicat entre le tragique et le comique, et nous raconte une histoire qui œuvre vraiment à la compréhension des peuples, expose au grand jour les stéréotypes nationalistes et met en évidence la richesse apportée par les cultures qui se croisent et les rencontres individuelles. Le personnage principal de Mihaileanu est un « enfant du siècle », qui, à l’instar de bien d’autres, a conclu un compromis avec la démence de l’histoire.
Martin Rosefeldt
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Va, vis et deviens
de Radu Mihaileanu
(France, 2004, 2h20)
Avec Mosche Agazai/Mosche Abele/Sirak M. Sabahat, Yael Abecassis, Roschdy Zem
Sortie du 30 mars 2005






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