Sortie du 23 novembre 2005 - 22/11/05
Vento di Terra
Une tragédie italienne et moderne, dénué de tout lyrisme superflu.
De Vincenzo Marra
(Italie, 2005, 1h25)
Avec Vincenzo Pacilli, Edoardo Melone, Francesco Giuffrida…
Synopsis : En Italie, à la fin des années 1990. Issu d’une banlieue défavorisée de Naples, Enzo (Vincenzo Pacilli), un jeune homme, doit faire face avec sa famille à la mort de son père. Il se laisse entraîner dans un braquage, mais ne peut l’assumer. Il décide alors de s’engager dans l’armée, et doit quitter les siens pour un apprentissage long et contraignant. Sa famille se disloque, pendant qu’il est envoyé au Kosovo…
Critique : Avec une gravité ostensible, et parfois un peu écrasante, Vincenzo Marra accorde dans « Vento di Terra » son attention à une frange massive de la population, qui n’est guère représentée autrement que par la caricature ou le fait de société schématique à destination des programmes télévisés. Ce faisant, son portrait de famille, et surtout celui du fils Enzo, prend une dimension universelle rehaussée par un style qui, pour raconter une histoire, fait confiance en la logique du cinéma par rapport à d’autres types d’images. Marra se réclame également de la généalogie d’un cinéma italien exigeant et vigilent, dont on retrouve les traces dans d’autres films italiens récents et dus à de jeunes réalisateurs, comme le remarqué « Il Dono » (2003), sorti l’an passé en France.
Véritable tragédie dépouillée, où la marche des évènements apparaît silencieuse et implacable, « Vento di Terra » est conséquemment émaillée de scènes aussi sèches qu’intensément dramatiques, de la mort du père, soudaine et arbitraire, au braquage d’un camion, manifestement inspiré par Robert Bresson. Dénué de lyrisme ostentatoire, tout en invoquant une exigence qui éradique toute notion frelatée de « fausse modestie » ou de moralisme bon marché, « Vento di Terra » met littéralement le spectateur en situation, pour lui poser des questions fondamentales : que représente au fond l’existence d’un homme, pourquoi vit-il et que peut bien récompenser sa volonté d’agir comme un homme honnête ? Après « Tornando a Casa » (2001), où il filmait le voyage de pêcheurs italiens contraints de prospecter dans les eaux africaines pour survivre, afin de décrire une sorte d’immigration à l’envers, Vincenzo Marra poursuit un cinéma âpre et franc-tireur, qui ne confine jamais à la démagogie pour réinvestir des pistes de réflexion fondamentales.
Julien Welter
Edité le : 22-11-05
Dernière mise à jour le : 22-11-05