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Venise 2004 - 09/09/04

Vera Drake

Un film de Mike Leigh
Compétition - Venise 2004

L'interview avec Mike Leigh (Real Video)

Synopsis : Londres, 1950. Vera Drake vit avec Stan, son mari, et leurs deux enfants, Sid et Ethel : une famille modeste, heureuse et soudée. Vera est femme de ménage, Stan mécanicien dans le garage de son frère. Sid apprend le métier de tailleur. Quant à Ethel, elle est ouvrière dans une fabrique d’ampoules électriques. Energique et souriante, chaleureuse et dévouée, Vera se dépense sans compter pour sa famille et ses voisins. Dans le plus grand secret, elle aide aussi bénévolement des jeunes femmes à avorter…

Critique : La famille, associée aux relations parents-enfants et aux problèmes qui s’y rapportent (en avoir, ne pas en avoir, ne pas en vouloir), constitue l’ossature du cinéma de Mike Leigh, de sa facette la plus accessible (« Secrets et mensonges », Palme d’Or à Cannes en 1996) à la plus âpre (« Bleak Moments », son premier long métrage, tourné en 1971). Perçue comme un microcosme de la société, la famille lui permet d’ancrer la dimension morale et surtout politique de ses récits dans la quotidienneté et la domesticité, qui leur procurent toujours un aspect doux-amer, voire une forme de tendresse oscillant entre sarcasme, drôlerie et mélancolie calfeutrée.

« Vera Drake » se recommande de tout cela, et il serait facile de n’y voir qu’une exploitation pittoresque et supplémentaire du décorum britannique, associée à une dimension sociale qui semble consubstantielle au cinéma d’outre-Manche : intérieurs rustiques et chiches, son métronomique de la pendule, regards de chiens battus et tricots sans âge, qui rappellent ceux de Wallace, le maître en pâte à modeler du chien Grommit. Si l’on daigne y regarder d’un peu plus près, ce huitième film pour le cinéma de Mike Leigh n’est pas loin d’être l’un de ses plus achevés, celui où la lenteur et la répétition cérémoniale des gestes quotidiens, derrière leur folklore, définissent avec une acuité sans pareil un sujet aussi dramatique que journalier, celui de milliers de femmes pour qui l’avortement constituait un secret autant qu’une réalité.

« Vera Drake » n’est pas non plus un film nostalgique, il utilise bien plutôt le climat des années 1950 comme une période plus appropriée à son sujet, et mieux à même de définir les différences de classes (le formidable épisode parallèle de la demoiselle fortunée, qui peut avorter en clinique grâce à l’aide d’un psychiatre) et de justifier l’affliction de ces regards, reflet d’une communauté qui paraissait vieille très vite, en raison de l’absence de nourriture saine et de soins cosmétiques. Quand le cinéaste rehausse les couleurs pour éclairer les scènes de pubs, et montrer que ses personnages savaient aussi s’amuser, il le fait avec cette absence de démonstration et cette délicatesse qui, grâce à une maturité, fruit d’une carrière de près de trente ans, n’est pas loin de faire aujourd’hui de Mike Leigh l’équivalent britannique d’un Ozu, autre cinéaste observant sans condescendance et sans relâche la cellule familiale.

Julien Welter


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Vera Drake
De Mike Leigh
(Grande Bretagne, 2004, 2h05)
Avec Imelda Staunton, Phil Davis, Alex Kelly, Daniel Mays…
Compétition

Edité le : 07-09-04
Dernière mise à jour le : 09-09-04