La modernisation dont l’Espagne a bénéficié grâce à l’Europe a un peu vieilli. En effet, le pays a investi l’essentiel des fonds européens dans la création d’un réseau d’infrastructures de transports modernes. Ce choix était réaliste, car aucune économie moderne ne pouvait être bâtie sur des infrastructures héritées du XIXe siècle. Ainsi les villes et les routes espagnoles ont changé de visage de façon spectaculaire. Pourtant, le changement a été moins profond dans certains autres domaines de l’activité économique. La construction d’infrastructures a aussi contribué à engraisser un modèle économique fondé sur la construction, alors que peu de fonds communautaires ont été destinés à l’amélioration de l’éducation ou de la recherche, comme l’a fait l’Irlande.
L’Espagne doit donc passer d’une modernité apparente à une modernité réelle. Dans un tel scénario, les "thinks tanks" cherchent à convaincre le gouvernement d’abandonner sa position de défense du volume des transferts européens en faveur de politiques agricoles et de cohésion contribuant à l’émergence d’un « nouveau modèle productif », davantage fondé sur la connaissance qui rende le pays plus compétitif. C’est aussi l’ambition qui doit se dégager de la stratégie UE 2020 pour l’ensemble de l’Union.
Ceci demande, dans le cadre de la PAC, de ne plus favoriser la production de la quantité mais de soutenir à la promotion de l’accroissement de la qualité et de favoriser la protection de la ruralité et de la nature. Ce changement de paradigme s’avère difficile, dans la mesure où l’agriculture espagnole, à quelques exceptions près pour certaines régions, se caractérise par une productivité réduite liée à la faible transformation agroalimentaire et l’absence de stratégies de différentiation de ses produits par le biais d’appellations de qualité. Les recommandations pour la politique de cohésion consistent à défendre une stratégie de cohésion européenne visant à rattraper le décalage de connaissance et d'innovation entre les territoires de l’Union.
Pourtant, on reste méfiants dans la mesure où l’on entend le discours sur le changement de modèle depuis au moins dix ans, mais l’Espagne n’a pas réussi à entreprendre ce changement sur le plan interne. L’Espagne a toujours su profiter de l’UE grâce à une stratégie de négociation toujours caractérisée par une forte défense de l’intérêt national et à un « leadership » européen dans le domaine budgétaire, en contraste avec sa position dans beaucoup d’autres domaines communautaires. Or il s’agit de poursuivre ces stratégies avec un soutien financier européen réduit. Celles-ci demanderont à l’Espagne qu’elle bâtisse des coalitions. L’Espagne ressemblera davantage à la France dans le futur puisque ce sera par le biais de la PAC et non de la politique de cohésion qu’arrivera l’essentiel des fonds communautaires mais l’exercice consistant à construire des coalitions ne dépend pas d’une politique, mais des similitudes dans la structure générale des transferts européens et d'une vision partagée de l'avenir de l’UE.
Par ailleurs, le contexte du budget de l’État en 2013 risque de ne pas favoriser une grande créativité dans l’approche. Surtout, pour ne pas décevoir les espoirs que les Espagnols placent dans l’Europe depuis longtemps, après l’assèchement de la manne communautaire, il incombe aux politiques d’expliquer en quoi des fonds plus réduits mais mieux ciblés peuvent contribuer à provoquer le déclic d’innovation et de compétitivité dont nous avons besoin de façon urgente.
Luis Bouza García
POUR ALLER PLUS LOIN :
- La reforma de la PAC y la agricultura española: alternativas y oportunidades para España (en espagnol)
Cette analyse de presque 100 pages de la fondation Alternativas, rangée à gauche, un des thinks tanks les plus actifs du pays, analyse les faiblesses et les opportunités de l’agriculture espagnole pour inviter le gouvernement à changer de cap dans sa stratégie de défense de la PAC - España ante la refundación de la Política Agrícola Común en 2013 est une étude approfondie, et assez technique, sur les différents volets de la nouvelle stratégie agricole d’ici 2013. Disponible depuis 2009, en espagnol seulement, sur le site web du Real Instituto Elcano






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