“Dans mon immeuble, deux familles sont malades à force d’avoir faim”, écrit Nina Umova, 23 ans, le 14 décembre 1941 dans son journal intime. Avec une précision terrible, elle décrit la mort lente de ses concitoyens : “On observe de plus en plus ces visages et ces mains qui gonflent, tandis que les mouvements se ralentissent. Je maigris moi-même à vue d’œil. Mon corps est très faible et je n’ai plus de règles depuis le mois d’août.” 125 grammes de pain par jour, c’est tout ce qu’auront les habitants de Leningrad durant le premier hiver du blocus. Côté allemand, la Wehrmacht s’est adjoint les services du nutritionniste Wilhelm Ziegelmeyer. Au vu des rations disponibles dans la cité, ce dernier pense qu’il n’est pas nécessaire de mettre en danger la vie des soldats allemands : la famine aura très rapidement raison des assiégés. En effet, en octobre 1941, plus de 10 000 personnes meurent de faim par mois. Trois mois plus tard, en janvier, leur nombre grimpe à 10 000 par jour. Les assiégés sont prêts à manger n’importe quoi : de la terre, des colles, d’infâmes ragoûts faits à partir de bouts de cuir. Des archives du NKVD – la police politique soviétique – ouvertes récemment ont permis de confirmer les récits des survivants. Le dossier n° SO-2583, par exemple, rapporte qu’une certaine Evdokïa Vodianikova a été “accusée d’avoir tué sa fille de 1 an pour nourrir son aînée de 3 ans. Elle a été condamnée à être fusillée le 4 janvier 1942.” Un cas tragique parmi des milliers. Le premier hiver de blocus fera un million de victimes. Trois ans plus tard, ceux qui libéreront la ville, le 27 janvier 1944, seront ahuris de voir 800 000 survivants réduits à l’état de squelettes. Le premier à ne pas en revenir étant le fameux nutritionniste Ziegelmeyer.Documentaire de Christian Klemke et Jan N. Lorenzen
ARTE/MDR, Allemagne, 2003, 58mn
(Rediffusion du 28 mai 2003)
Multidiffusion le 11 mars à 16h45






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter