Critique : En France, le blouson noir et les disques vinyles de Gene Vincent restent associés à quelques fictions isolées des années 1960 (le remarquable "Les Cœurs verts", l'un des premiers à aborder le thème de la banlieue et de la petite délinquance issue des milieux ouvriers) ou quelques nanars stéréotypés des années 1980 ("Rue Barbare", avec Bernard Giraudeau). Autant dire que le cinéma français ne se sent pas concerné, dans sa grande majorité, par les personnages que veut mettre en scène "Violent Days", le premier long métrage de Lucile Chaufour.
Ni réactionnaire ni franc-tireur, cette fiction reste néanmoins à part, en particulier par sa manière d'antidater le propos. La réalisatrice utilise pertinemment un N&B qui ne permet pas vraiment de situer le film dans le temps (tout comme il peut se référer au N&B des films militants ouvriers des années 1970). De la même manière, les machines industrielles, maniées par les protagonistes et présentes dans les plans du film, semblent terriblement archaïques et les véhicules ont au moins vingt ans d'âge. L'évocation d'un milieu ouvrier, fragilisé encore davantage par les mutations économiques de ces dernières décennies, veut donc rejoindre naturellement celle du milieu rockabilly, un culte formé justement par des prolétaires, souvent moqués et évoluant en autarcie.
Utilisant le témoignage des protagonistes, face caméra ou en voix-off, afin de nourrir le propos (ces inserts ont été éradiqués du nouveau montage, baptisé de fait « Violent Days »), Lucile Chaufour s'avère plus percutante que si elle s'obligeait à construire d'entières scènes de fiction pour parvenir au même résultat. La méthode est à la fois aux antipodes des conventions d'usage et redevable à une culture de la débrouille, plus artisanale, moins façonnée. Il en résulte un film où, effectivement, la volonté d'une évocation frontale se marie bien à la violence désœuvrée qui baigne cette classe de mal-aimés. Enfin et surtout, il réussit à émerger de cette noirceur et de cette désuétude mélancolique un beau et tragique portrait de femme, incarnée par Serena Lunn.
Julien Welter
Lucile Chaufour congratulée par J.-P. Chevènement, reçoit un double Prix pour "Violent Days", le Grand prix du long-métrage français et le Prix Gérard Frot-Coutaz / Entre Vues Belfort 2004






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