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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 11/08/08

Visages d'enfants

Ce film rare, l’une des réussites esthétiques du cinéma muet, peint avec délicatesse l’âme enfantine et ses désarrois.

Un film muet de Jacques Feyder (1923/25)
France - N & B Teinté – 1h57 – Stéréo
Musique originale : Antonio Coppola (2003)
Avec: Victor Vina, Jean Forest, Pierrette Houyez, Rachel Devirys, Arlette Peyran, Jeanne Marie-Laurent, Suzy Vernon, Henri Duval, Arthur-Adrien Porchet, Françoise Rosay, Charles Barrois, P. Lecocq, F. Greffin et les habitants de Grimentz

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Notre Dossier sur "Visages D'Enfants"

Synopsis : À Saint-Luc, village perché dans les montagnes, Jean n’arrive pas à admettre la mort de sa mère. Son père, Pierre Amsler, songe à se remarier : il souhaite épouser Jeanne Dubois, veuve elle-même et mère d’une petite Arlette. Jean est persuadé que sa belle-mère est une marâtre et les enfants en arrivent à se détester. Un soir d’hiver, Jean pousse Arlette à partir à la recherche de sa poupée disparue. La petite fille s’égare dans la neige. Pris de remords, Jean avoue tout à son père et les recherches s’organisent.

A propos du film : Premier chef-d’œuvre incontestable de son auteur, Visages d’enfants marque aussi les débuts du cinéaste cosmopolite que deviendra Jacques Feyder, dont la carrière en zig-zag le conduira par la suite dans les studios de Paris, Vienne, Berlin, Munich, Hollywood et Londres. Considéré comme un de ses films les plus personnels, Visages d’enfants est pourtant né d’une commande : celle de deux producteurs lausannois, Dimitri Zoubaloff et Arthur Porchet, qui, en engageant l’auteur de l’Atlantide et Crainquebille, espèrent faire une oeuvre de portée internationale. Aussi, Zoubaloff et Porchet sont-ils peut-être encouragés par les triomphes de deux films français qui depuis peu défraient la chronique cinématographique et qui ont pour cadre des montagnes enneigées : Jocelyn de Léon Poirier et surtout la Roue d’Abel Gance, qui passe des infernales gares de triages de Nice aux cimes purificatrices des Alpes. Unique long-métrage dont Feyder signe seul le scénario, Visages d’enfants doit sans doute beaucoup de sa vérité psychologique à sa situation familiale d’alors et surtout à l'apport de son épouse et collaboratrice, Françoise Rosay. Elle n’est pas encore la grande vedette qu’elle deviendra avec le cinéma parlant. D’ailleurs, comme le rapporte son premier biographe, Victor Bachy, le cinéaste n’écrit pas son scénario en Suisse mais dans l'appartement familial à Paris où sa femme vient récemment de donner naissance à leur deuxième fils. C’est d’ailleurs Françoise Rosay qui travaillera aussi sur le tournage en tant qu'assistante. Et quand Feyder part pour Vienne pendant une quinzaine de jours négocier le contrat de son prochain film, elle le remplace au pied levé – elle dirige surtout les raccords à Joinville.
L’autre collaborateur dont la contribution au film sera primordiale est le grand Léonce-Henri Burel. Chef opérateur attitré d’Abel Gance – notamment pour la Roue –, Burel a déjà travaillé pour Feyder sur Crainquebille dont les audaces techniques ont contribué à asseoir la renommée et la maîtrise de Feyder. Pour Visages d’enfants, Burel (secondé par Paul Parguel) exalte la beauté rude des paysages valaisans et en fait un des protagonistes du drame, à l'instar des grands films suédois de Sjöstrom et Stiller. Feyder et Burel réussiront quelques prouesses techniques dont la scène de nuit éclairée uniquement par des flambeaux, quand les villageois partent à la recherche de la petite fille perdue dans les neiges – ceci à une époque ou les scènes de nuits sont tournées de jour et ensuite teintées en bleu ou en vert lors du montage des copies. Encore plus surprenants sont les "points de vue" de l'avalanche, où la caméra, semblant chevaucher le glacier même, dévale les flancs de la montagne.
La critique de l'époque a bien souligné cette authenticité de cadre. Pour l’Atlantide, déjà, Feyder n’avait-il pas refusé de tourner ses extérieurs en France où les paysages désertiques de Fontainebleau auraient pu faire l’affaire ! Feyder a tenu à partir pour le Sahara, sur les lieux mêmes décrits par Pierre Benoît pour tourner ses extérieurs. Parti pris pratiquement inouï pour l’époque ou la location shooting n’est pas encore de mise.
Pour Visages d’enfants, pas question non plus de tricher. Feyder tout naturellement emmène sa troupe dans le Haut Valais, où sont tournés tous les extérieurs pendant le printemps et l'été de 1923. D’authentiques paysans, dont beaucoup n’ont jamais vu une caméra, ni même assisté à une projection de film, composent la figuration, donnant un saisissant relief à des scènes telles que le cortège funèbre et la séquence des noces. Ces scènes d’ailleurs sont tournées dans le village de Grimentz, où Feyder et Rosay reviendront près de 20 ans plus tard pour la réalisation d’Une femme disparaît. Seuls les intérieurs du chalet et la chapelle, enterrés sous l'avalanche, tout comme certains raccords, seront tournés en studio à Paris.

En dehors de la vérité du cadre, ce qui frappe, aujourd’hui encore, dans Visages d’enfants, c’est la modernité d’un regard aigu, dénué de toute sensiblerie, sur l’enfance malheureuse. Un jeune Valaisan de 10 ans reste inconsolable après la mort de sa mère et sa douleur est avivée par le remariage de son père. Henri Fescourt a bien cerné l’importance du film quand il écrit dans la Foi et les montagnes : bien que les enfants occupent les écrans français dès l'avant-guerre, ce n’est qu’à titre de "poupées divertissantes, de gentils pantins animés. L’idée ne venait pas de les étudier en tant que personnages doués d’âmes... Pour que le cinéma assigne à l'enfant une valeur humaine, il faudra attendre longtemps: les futurs Visages d’enfants et Gribiche de Jacques Feyder..."
Feyder donc tranche radicalement sur la mode de l'époque, friande de comédies ou de mélodrames enfantins le plus souvent appuyés sur des succès de librairie : c’est le cas pour des films tels Champi-Tortu, que Jacques de Baroncelli tourne en 1921 d’après le roman de Gaston Chereau. Feyder, lui, ose raconter une histoire plutôt sombre sans alibi littéraire, sans relief comique. Pour ce faire, il a un atout de (petite) taille : Jean Forest. Forest, véritable gamin de Montmartre – il est né 9 Place du Tertre en 1912 et y habite encore lors de son engagement par Feyder – est déjà apparu dans Crainquebille dans un rôle de titi parisien et avait séduit par son naturel et sa sensibilité à fleur de peau. Ces qualités feront de lui l’un des enfants-vedettes du cinéma muet français – adulte, il n’arrivera plus à s’imposer et se dirigera, grâce à sa belle voix grave, vers une longue carrière radiophonique. En face de Jean Forest, Arlette Peyran, autre étonnante découverte enfantine, est bouleversante en belle-soeur détestée qui frôle la mort lors d’une avalanche. Côté adulte, Victor Vina, en père inconscient et fruste, campe un personnage "proche de ceux auxquels nous ont habitué les Scandinaves". (Cinémagazine)
Mais le casting le plus audacieux est Rachel Devirys dans le rôle de la nouvelle belle-mère, paysanne solide et aimante. Devirys était un ancien mannequin et donc jusqu’alors cantonnée dans des rôles mondains de coquettes et de vamps.
Si l’exemple des films suédois a été bien compris par Feyder lors du tournage de Visages d’enfants, l’influence de Gance et même de D. W. Griffith sont tout aussi sensibles. Les célèbres expériences de Gance avec le montage accéléré de la Roue exercent alors une influence certaine sur tous les grands cinéastes français de l’époque – en effet, la scène de montage rapide devient la tarte à la crème de la technique cinématographique des années 1923-25 et on en trouve des séquences virtuoses “à la Gance” dans des films aussi disparates que Kean (Volkoff, 1923) ou la Brière (Poirier, 1924). Mais c’est Feyder qui l’utilise le mieux, sans gratuité aucune, dans Visages d’enfants pour traduire le désarroi du jeune orphelin lors de l’enterrement de sa mère, où l’enfant, assailli par des images de plus en plus insupportables qui défilent à toute vitesse, finit par s’évanouir dans les bras de son père.
On peut voir l’influence de Griffith dans le dénouement de l’intrigue. Forest, accablé de remords pour avoir poussé sa belle-soeur vers la mort, se jette dans la rivière pour être sauvé de justesse par sa belle-mère d’une mort certaine dans les rapides. Cette séquence fait irrésistiblement penser au chef-d’oeuvre de Griffith Way Down East (À travers l’orage), d’autant plus que ce dernier sort tardivement à Paris en 1922, soit quelques mois avant que Feyder s’attèle à la rédaction de son scénario.
Certains critiques ont vu dans ce happy end une concession commerciale, mais il faut convenir que rarement dénouement aura été aussi magistralement préparé et intégré – l'eau étant un des symboles récurrents et subtils de ce drame montagnard.
Film intimiste, film sans vedettes, Visages d’enfants est néanmoins une production coûteuse qui assoira la réputation de Jacques Feyder en tant que cinéaste prodigue. Déjà le triomphe de l’Atlantide n’a pas effacé dans l’esprit des producteurs les exigences du réalisateur qui ont fait de ce film le plus coûteux de la production française. Encore une fois, c’est le tournage en extérieurs et sur place qui augmente le budget – le tournage dans le Haut Valais, prévu pour deux mois, s’étire sur quatre puisque le soleil, imprévisible, se fait souvent attendre. Des déboires d’ordres financiers mettent en péril le destin commercial du film. Soucieux d’assurer une meilleure diffusion à leurs films – à l’instar des Artistes Associés –, Feyder et ses confrères Max Linder et René Hervil avaient créé un consortium, les Grands Films Indépendants. Mais un désaccord survient entre Feyder et l’administrateur à la suite duquel les bobines impressionnées de Visages d’enfants seront mises sous séquestre.
En fait, Feyder doit attendre un an – pendant lequel il tourne l’Image à Vienne pour la Vita-Film – avant d’achever son montage. Présenté en janvier 1925 Visages d’enfants sort enfin en mars de la même année, salué comme un film charnière par la critique et boudé aussitôt par le public, qui, semble-t-il, n’accepte pas l’âpreté psychologique qui en fait aujourd’hui un des chef d’oeuvres du cinéma touchant au monde de l’enfance.

Lenny BORGER
NOTES SUR VISAGES D’ENFANTS,
JACQUES FEYDER, 1895, H. S., Octobre 1998, p. 67-72

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Visages d'enfants
Un film muet de Jacques Feyder (1923/25)
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Musique originale : Antonio Coppola (2003)
Avec: Victor Vina, Jean Forest, Pierrette Houyez, Rachel Devirys, Arlette Peyran, Jeanne Marie-Laurent, Suzy Vernon, Henri Duval, Arthur-Adrien Porchet, Françoise Rosay, Charles Barrois, P. Lecocq, F. Greffin et les habitants de Grimentz
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Edité le : 24-01-06
Dernière mise à jour le : 11-08-08