Le pont de "Jingu"
Le week-end, le pont de "Jingu" dans le quartier de Harajuku est l’un des podiums favoris de la jeunesse japonaise. Rinka a quinze ans et va encore à l’école. Son obsession: se faire remarquer par son look et affirmer son individualité. Le week-end, elle se métamorphose en Lolita, un idéal actuellement très en vogue chez les jeunes filles japonaises : on se donne des airs de petite soeur infantile et mignonne, frisant le kitsch. La couleur des vêtements est en fonction du groupe préféré du moment. Ces adolescents ne défilent pas pour faire entendre une quelconque revendication. L’essentiel, pour eux, consiste à se retrouver pour tuer le temps.
Le pont de "Jingu" est très animé, et rien, pas même la pluie, ne pourrait refroidir ces jeunes. Comme la plupart des parents ignorent tout de la double vie de leurs rejetons, ces derniers ne se maquillent qu’une fois arrivés sur place.
La foire de la BD et les Cosplay
Quand ils n’imitent pas les stars de la pop, les adolescents japonais s’inspirent de héros de bande dessinée. La foire de la BD est l’eldorado des idéalistes de tous bords. En l’espace d’un week-end, elle rassemble quelques 500 000 fans de manga, le plus souvent déguisés et maquillés comme leurs idoles de papier. Des uniformes de tous genres, y compris nazis, jouissent d’une grande popularité. Uniquement pour leur esthétique, bien sûr. Ici, l’habit ne fait pas le moine et personne ne se veut porteur d’un message politique. Ce qui compte, c’est l’apparence.
Les réjouissances se poursuivent malgré la chaleur. Par plus de 35 degrés, une centaine de „Cosplayer“ se retrouvent sur le toit du hall. „Cosplay“ est l’abréviation de „Costume play“ une sorte de jeu de rôles. Ce passe-temps très répandu au Japon consiste à reproduire des scènes de bandes dessinées. Règle du jeu numéro un : ressembler à s’y méprendre à son idole. Les fans les plus mordus ont même recours à la chirurgie esthétique.
Le look manga aux allures infantiles n’est pas pour déplaire aux hommes. Dans le quartier Akihabara, ils en ont pour leur argent. Au cinquième étage d’un magasin de vidéos, un café Cosplay comme il s’en crée de plus en plus, leur propose un service exclusivement assuré par des serveuses en costume manga. Ici, jupes courtes et longs cils sont de rigueur. Le désir d’originalité est complètement galvaudé. Le cosplay a viré à l’uniforme.
Manque de contestation?
Pour les Européens, la fuite aveugle des jeunes Japonais dans des rôles de tous genres serait révélatrice d’un mal être culturel. L’énorme pression scolaire et la rigidité d’un système compétitif ne tolérant aucune escapade contribuent probablement à ce phénomène. La productrice télé Reina Endo a vécu aux Etats Unis pendant plusieurs années. Ce séjour à l’étranger lui a permis de voir la société dont elle est issue sous un autre angle. Et ses explications sont plus nuancées :
Reina Endo : "Je crois que ces phénomènes culturels se développent énormément parce que nous vivons dans une société très paisible, sans révolution, sans controverse majeure. Tout le monde est assez satisfait de son sort. On finit par s’ennuyer un peu. Alors les jeunes se disent : “Qu’est-ce que l’on pourrait contester, comment faire pour s’exprimer ou manifester ? “ Et ils se déguisent en personnages de BD, ils se lancent dans le hip hop ou adoptent des modes qui viennent de l’étranger. Comme les Japonais sont des gens très appliqués, ils font toujours les choses à fond, ces phénomènes cultes sont poussés à l’extrême."
Hip hop attitude made in Japan
Au Japon, même le hip hop se révèle extrêmement seyant. Les pantalons difformes et autres T-shirts XXL n’ont pas le moindre pliLe rap made in Tokyo séduit de plus en plus de jeunes. Après tout, il faut bien aimer la musique qui s’accorde au look. Une brèche que certain ont su exploiter : le fondateur de la marque "A Bathing Ape" a créé un label de disques "sur mesure" : "Ape sound" produit du hip hop japonais.
Kagourazaka, un quartier plutôt traditionnel du centre de Tokyo, abrite la rédaction de "Samuraï", un magazine hip hop. Le mensuel est tiré à 250 000 exemplaires. Pour les jeunes Japonais, revues et magazines sont paroles d’évangile. On y cherchera en vain des articles de fond, mais on y trouve en revanche quantité de tuyaux concernant la mode et le shopping. Que faut-il porter ? Pour la plupart des Japonais, la mode est plus importante que la musique ou d’autres formes d’expression.
Le quartier de Shibouya abrite la plus forte densité de magasins de disques de Tokyo; Shiguéki est DJ au "Yellow Pop". Il passe du hip hop depuis dix ans et a définitivement adopté le look du parfait rapper. Pourtant, il lui est impossible de s’identifier à ses modèles américains. Il ne connaît la violence et la pauvreté qu’à travers la télévision. La politesse et le respect de la hiérarchie sont des vertus japonaises dont on ne se défait pas si facilement.
Visual Kei
Même dans le gothique, l’apparence passe avant la musique. Cet automne, „Living Dead“ sort son deuxième album. Ce groupe fait partie des nombreuses formations d’apparat de Tokyo. La caractéristique de ces groupes : les musiciens sont travestis en femmes, leurs coiffures, leur maquillage et leurs costumes brillent par leur excentricité. Peu importe que la musique soit plutôt Rock ou Gothique, c’est là encore le look qui fait la différence.
Dans la culture japonaise, le jeu de rôle est une tradition. Le culte des geishas est toujours aussi vivace, et dans leur vie quotidienne, les Japonais dissimulent soigneusement leurs pensées et leurs sentiments derrière le masque impassible de la politesse. Dans la langue japonaise, le locuteur s’adapte à son interlocuteur. Les pronoms „je“ ou „moi“ se déclinent différemment selon qu’on s’adresse à un enfant ou à un vieillard. De plus, les Japonais se sentent coupés du monde : les schémas occidentaux ne sont pas remis en question mais perfectionnés.
Reina : "Ils n’ont jamais eu à se battre pour quoi que ce soit. Leurs parents leur donnent tout ce qu’ils veulent. Ils sont très satisfaits de l’existence qu’ils mènent et n’ont pas de problèmes d’identité. Ils n’ont pas été en contact avec d’autres cultures et ne se demandent pas “Qu’est-ce qui est japonais ou comment dois-je vivre ?“ Quand on a vécu à l’étranger, on a été en contact avec d’autres cultures et on s’interroge : “Qui suis-je ? Japonais ou Américain ? “ mais ces gosses ont grandi dans une serre, ils n’ont pas de problème d’identité."
A défaut d’identité propre, on adopte un déguisement. Peut-être est-ce là l’explication de cet engouement des Japonais pour les jeux de rôles. Mais cette jeunesse fait peut-être simplement preuve d’une impartialité qui nous est étrangère. Une seule chose est sûre : cela les amuse beaucoup.
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>> Comic Market - http://www.comiket.co.jp/
>> Samurai: HipHop/Fashion Magazin - http://www.samurai-mag.com
>> Yellow Pop: Record Shop - http://www.yellowpop.jp
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>> Liens et informations - http://www.poupee-rose.net/galeries/egl/
>> Cosplay - http://eternity8.sempai.org/anime/cosplay.php
>> Le Visual Kei - http://www.escale-japon.com/articles/visual/visual.php
>> Mots du Japon - http://archives.arte-tv.com/societe/japan2000/ftext/actu1.htm
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TRACKS
Un reportage de Schyda Vasseghi
Jeudi 16 septembre 2004 à 23h15
Rediffusion le 18 septembre à 17h45
Rédaction: BR, Kobalt
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