de Nadir Moknèche (2003, France – Algérie, 1h50)
Avec Lubna Azabal, Biyouna, Nadia Kaci
Une Coproduction Arte France
DVD : Les Films du Losange
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- Le film
Synopsis : Alger, aujourd’hui. Un hôtel du centre ville est devenu la résidence de trois femmes sans attache, Goucem, Papicha et Fifi. Goucem (Lubna Azabal), 27 ans, occupe sa vie entre un job alimentaire, un amant marié et fortuné qui ne veut pas divorcer et des week-ends remuants en clubs. Papicha (Biyouna), sa mère, ancienne danseuse et veuve inconsolable, est quant à elle bien désoeuvrée. Fifi (Nadia Kaci), enfin, se prostitue sous la coupe d’un « protecteur ». Toutes ont en commun un sentiment de confusion et de désarroi dans une Algérie contemporaine qui, elle-même, se cherche un équilibre et un devenir à travers des contradictions violentes.

Critique : Mélangeant le français (Algérie) avec l’arabe (El Djazaïr) pour créer un néologisme issu de la culture populaire et représentatif d’une génération jeune mais laissée pour compte et un peu analphabète des deux langues, « Viva Ladjérie » nous plonge d’emblée dans la société algérienne contemporaine qu’elle veut décrire, par le parti pris d’une forme alerte, relayée par des extérieurs très présents de la ville d’Alger qui sont relativisés par une couleur nettement délavée et un ton souvent désenchanté. D’une construction plutôt habile, « Viva Ladjérie » débute par une banalisation délibérée d’un mode de vie désormais global (celui d’une jeunesse qui, faute de mieux, met en avant un hédoniste fait de sexe, de danse et d’une amitié débrouillarde) pour le confronter ensuite aux particularités et aux contradictions de la société algérienne, issue de dix années de conflit armée. Porté par trois personnages de femmes, le film met l’accent sur la nécessaire affirmation d’une féminité algérienne qui, au sein des milieux populaires, cherche d’abord à se trouver une identité, entre une bourgeoisie hypocrite et un fanatisme religieux et discriminatoire toujours présent dans le quotidien. Mons décoratifs qu’ils n’y paraissent et transcendant leur postulat néo-réaliste, les multiples pries de vues de la géographie urbaine d’Alger relaient, tout au long du film, la volonté de représentation d’une société qui se cherche une image, pour tenter de digérer l’héritage socialiste et islamiste, mais aussi pour inscrire cette jeunesse dans un contexte qui possède une histoire et une forme à se réapproprier. Le film se place donc très vite au-delà des péripéties du quotidien et de la logique d’une chronique contemporaine douce-amère pour incarner la voix d’un peuple et prendre une dimension dont le lyrisme aussi tragique que rentré fait constamment sens.
Julien Welter- Les bonus
Documentaire : Made in Aldjéria (57 min.)
Comme chez tout bonus qui se respecte, l’intérêt de ce documentaire sur le tournage du film réside moins dans la qualité de ses images que dans son propos. Celui-ci consiste en un balancier plus ou moins cohérent entre une interview de Nadir Moknèche et des entretiens des membres de l’équipe du film par le réalisateur lui-même. Donner la parole à tous est une entreprise louable mais qui a ses limites. Le fillon tient quand les intervenants ont spontanément leur propre idée sur telle ou telle scène du film, le propos devient un peu gênant quand ces interviewés ne font que confirmer ce que le réalisateur aimerait qu’ils nous disent. Certaines considérations d’ordre technique (le choix de telle couleur pour un décor) prennent parfois le pas sur des questions plus pertinentes et plus précises par rapport au sujet même du film, comme le fait de filmer la rue en Algérie. Bref, ce film nous permet d’en savoir davantage sur ce tournage mais lui manque un parti pris fort au niveau de la narration qui permette d’identifier qui nous parle. On peut également regretter que le documentaire ne s’attarde pas sur les gens rencontrés sur place.
Clip : « Kayen Rabbi » chanson interprétée par Biyouna et Cheb Abdou Junior.
Choix judicieux de rajouter cette scène coupée au montage. Elle prolonge l’une des rares scènes du film en arabe et par son côté travesti fonctionne comme un ilôt façon Almodovar dans un film inspiré par la veine du cinéma néo-réaliste italien. Une fois n’est pas coutume « Kayen Rabi » met en avant deux personnalités : Biyouna et Cheb Abdou Junior. Les paroles sont moins crues que dans « Achaydir », chanson présente dans le film. Mais il est toujours intéressant, comme l’explique Nadir Moknèche dans le précédent documentaire, de comprendre grâce aux sous-titres ce qui se joue à travers cette musique populaire qu’est le raï.
Bande-annonce
Entretien avec Benjamin Stora, historien (25 min.)
Entretien quasi sans montage et sans pied. Un résultat, il faut l’avouer, un brin longuet. Tapis au milieu des commentaires généraux sur le film trois thèmes se dégagent : le basculement de la société algérienne, la question identitaire et la vision française d’une Algérie irrémédiablement liée à la violence. Un éclairage historique et circonstancié se fait parfois attendre. C’est pourtant quand elle nous projette dans l’arrière-fond de ce film et ne s’en tient pas simplement à confirmer ce que ce long-métrage nous montre déjà bien, que la contribution de Benjamin Stora se fait la plus pertinente. (Alexandre Duval)
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Viva Ladjérie
De Nadir Moknèche
(2003, France – Algérie, 1h50)
Avec Lubna Azabal, Biyouna, Nadia Kaci
Une Coproduction Arte France
DVD : Les Films du Losange
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