Taille du texte: + -
Accueil > Echappées culturelles > Actu Musique

Actu musique

Pop, Rock, Electro, Classique, Jazz ou World.... Toutes les semaines nos coups de cœur de l'actu musicale. De nombreux extraits à écouter, des vidéos en exclusivité et des CD à gagner !

> Incontournables > Les incontournables classique > Harnoncourt, Nikolaus: Mozart

Actu musique

Pop, Rock, Electro, Classique, Jazz ou World.... Toutes les semaines nos coups de cœur de l'actu musicale. De nombreux extraits à écouter, des vidéos en (...)

Actu musique

17/11/05

W.A. Mozart : "Idomenée"

sous la direction de Nikolaus Harnoncourt


Au second acte de l’opéra de Mozart « Idoménée », une tempête éclate sur la tête du peuple de Crète. La colère de Neptune, le dieu des mers, gronde et tonne. Les hommes venaient juste de chanter la quiétude des flots et de célébrer le départ de l’un des leurs. Soudain, leur sang se glace : la menace approche, portée par de rudes accords mineurs. Les vents se déchaînent dans l’orchestre. Les Crétois se dispersent en criant de terreur. Des éclairs éclatent parmi les cordes. Jamais encore cet opéra n’avait eu de tels accents. Sur l’enregistrement dirigé par Nikolaus Harnoncourt et interprété par les Chœurs et l’Orchestre de l’opéra de Zürich en 1980, « Idoménée » est à peine reconnaissable.

Jusqu’alors, « Idoménée » était considéré comme un « opera seria » guindé, drapé dans la grandiloquence de l’Antiquité, un opéra de cour alourdi par les conventions du baroque tardif, dont Mozart, à 25 ans, ne s’était apparemment pas encore libéré. « Idoménée » fut d’ailleurs largement boudé. Mais avec Harnoncourt au pupitre, cet opéra devenait subitement une œuvre captivante du Sturm-und-Drang, à la fois radicalement expressive et envoûtante par son lyrisme. L’interprétation d’Harnoncourt s’abat sur « Idoménée » comme la colère de Neptune sur les Crétois. On sent bien que cet opéra vaut mieux que sa réputation et qu’un véritable thriller se cache derrière la longue alternance de récitatifs, d’arias des solistes et d’airs de chœurs.

De toutes les œuvres dramatiques de Mozart, « Idoménée » est la plus fougueuse. L’enregistrement d’Harnoncourt, qui fait suite à une production à Zürich mise en scène par Jean-Pierre Ponelle, en fait la démonstration jusqu’à l’outrance. Ce disque est ce que Harnoncourt a produit de mieux à ce jour – et pourtant, le chef d’orchestre autrichien a déjà enregistré, de Bach à Bruckner, bien plus d’œuvres que la star surmédiatisée Herbert von Karajan.

Harnoncourt a commencé dans les années 1950 à réformer l’univers de la musique classique en revenant aux sonorités d’origine. Au moment où il présente son cycle Mozart à l’Opéra de Zürich, il a atteint un summum technique et musical. Le jeu avec des instruments d’époque entièrement restaurés permet une sonorité très particulière – tout cela porte l’inimitable signature d’Harnoncourt, un des chefs mozartiens les plus influents et les plus passionnants du 20e siècle. Son phrasé a laissé des traces jusque dans les plus modestes théâtres de province, et inspiré les plus grands chefs d’orchestre comme Claudio Abbado ou Simon Rattle. D’ailleurs, Rattle confie que la première fois qu’il a écouté cet enregistrement d’ « Idoménée », il a eu l’impression d’un « éveil ».

Le seul petit bémol qu’on pourrait apporter concerne les chanteurs : Trudeliese Schmidt dans le rôle d’Idamante, Rachel Yakar dans celui d’Ilia, Felicity Palmer dans Elettra et Werner Hollweg dans Idoménée chantent certes magnifiquement, mais après 25 ans d’expérience dans la musique dite « historique », on pourrait souhaiter plus de caractère et de style dans l’interprétation des rôles.

Par la suite, Nikolaus Harnoncourt n’interprétera plus Mozart avec la même passion bouillonnante et révolutionnaire. Dans les années 1990, sa prédilection pour les tempi rapides et les récitatifs tonitruants décline notablement et fait place à une découverte de la lenteur. Ses enregistrements ultérieurs des opéras de Mozart sont sereins ; on pourrait presque dire qu’avec l’âge, Harnoncourt s’est adouci. Voilà peut-être pourquoi son enregistrement d’« Idoménée » nous semble aujourd’hui si dynamique et percutant.

Ce disque fait mentir le cliché sur Mozart, enfant apollonien dont la musique serait d’une beauté sublime, étrangère à ce bas monde. Harnoncourt nous fait sentir l’ardente envie d’indépendance qui coulait, à 25 ans, dans les veines du compositeur d’« Idoménée ». A l’instar des héros de son opéra, Mozart s’émancipera des vieilles divinités. Après la création d’« Idoménée » en 1781 au Théâtre Cuvillié de Munich, il ne lui faudra même pas six mois pour tirer sa révérence à l’archevêque Colloredo de Salzbourg et partir pour Vienne.
Wolfgang Amadeus Mozart : Idoménée
L’orchestre Mozart et les chœurs de l’opéra de Zürich
Werner Hollweg (Idoménée), Trudeliese Schmidt (Idamante), Rachel Yakar (Ilia), Felicity Palmer (Electre), Kurt Equiluz (Arbace), Robert Tear (le Grand Prêtre de Neptune), Simon Estes (La Voix de Neptune)
Direction : Nikolaus Harnoncourt
Teldec Classic (Warner) 2292-42600-2

Edité le : 15-06-04
Dernière mise à jour le : 17-11-05