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Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

01/06/04

Wanda

De Barbara Loden
(USA, 1970, 1h30)
Avec Barbara Loden, Michael Higgins

DVD : MK2 Editions

Synopsis : Entre la maison de sa soeur, où elle ne fait que dormir sur le canapé sans pour autant chercher à s’imposer davantage et son divorce, où elle perd la garde de ses enfants d’une manière presque résolue, l’existence de Wanda va à veau l’eau. Son drame est passif et aussi anonyme que les paysages qu’elle traverse. Elle rencontre pourtant un homme avec qui elle va s’attacher un peu, du moins le suivre et se conformer à ses rêves de succès. Mais ce personnage chimérique est un truand minable, et leur équipée bringuebalante se conclura tragiquement.

Critique : Autodidacte échappée d’un milieu prolétaire et conformiste, comédienne instinctive et épouse du cinéaste Elia Kazan, Barbara Loden ne se destinait pas à la mise en scène. « Wanda » l’unique film qu’elle ait réalisé, se (re)découvre donc moins comme un manifeste de l’émancipation d’une créatrice, surtout renommée pour sa carrière théâtrale, que comme un témoignage, en partie autobiographique mais surtout très personnel. Ce témoignage se mue en un portrait de fiction, anti-spectaculaire, tragi-comique et nourri d’une vision et d’une connaissance du prototype de la femme américaine issue de la classe ouvrière. Le cinéma américain de l’époque s’est, on le sait, grandement nourri du portrait des laissés pour compte, mais « Wanda » n’a jamais été conçu de manière symptomatique. Réalisé avec peu de moyens et une équipe réduite, « Wanda » le film comme le personnage ne s’affirme jamais vraiment, mais crée peu à peu une sensation de poisse indélébile et très forte, qui n’appelle pas les mots mais que l’on sent venir peu à peu, tel un ressentiment profond chez Barbara Loden.
Tout chez Wanda, à commencer par sa gestuelle gauche, signifie la démission, quand son inscription dans un paysage américain déjà morne (à pied ou assise à la place du passager) renvoie à une incapacité à interférer sur son destin de pauvre hère. Barbara Loden a pratiquement réalisé son film ave le seul concours du chef opérateur Nick Proferes, dont le travail renvoie aux photographies d’Helen Merritt captant les paysages d’une Amérique décharnée. Peu montré à l’époque, « Wanda » fait régulièrement l’objet d’une reconsidération des plus légitimes.

Les bonus : La redécouverte caractérisant la diffusion de Wanda, ce sont plusieurs générations qui viennent témoigner de son importance. Sous la forme d’un entretien audio, Michel Ciment exhume une interview réalisée avec Barbara Loden en 1970, à une époque où la notion de cinéma indépendant n’est pas pérennisée. Les appréciations d’un autre critique, Philippe Azoury, sous la forme de scènes commentées, approfondissent le propos, en rendant au film sa vraie dimension, entre fou rire, sordide avéré et véritables trouvailles de mise en scène, qui résultent de la nature intuitive de Barbara Loden. La comédienne Isabelle Huppert, qui a entrepris de distribuer le film en copies neuves en 2003, dit, au cours d’un entretien vidéo, son attachant au film et sa valeur sous la forme instruite et décidée qu’on lui connaît. Les trois témoignages forment une mosaïque qui précise le portrait de cette extra-terrestre égarée en plein Connecticut pluvieux qu’est Wanda. Enfin, cerise sur le gâteau (amer), un extrait d’un talk show télévisé de 1972, où Barbara Loden est invitée par Yoko Ono et John Lennon, admirateurs de « Wanda ». L’interview se conclue par une performance live du couple, accompagnée par… Barbara Loden aux bongos, gage du caractère profondément décalé de la comédienne.

Julien Welter

Edité le : 01-06-04
Dernière mise à jour le : 01-06-04