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Berlinale 2005 - Panorama - 24/06/06

Willenbrock

Un film d’Andreas Dresen


De l’irruption de la peur dans une existence de petit bourgeois

Synopsis : Willenbrock (Axel Prahl) se porte bien dans l’Allemagne réunifiée. Il a une concession automobile florissante, une belle maison, il est d’un optimisme à toute épreuve et, malgré plusieurs liaisons, il est encore amoureux de sa femme Susanne (Inka Friedrich). Pourquoi les choses changeraient-elles ?

Critique : On ne s’attendait guère à un ton aussi enjoué dans un film d’Andreas Dresen (« Grill Point » 2001). Et si l’on a pas lu le roman de Christoph Hein, on commence à se faire à l’idée qu’il s’agit là de l’histoire amusante d’un self-made man qui a une conception de l’existence résolument matérialiste et qui est persuadé d’avoir mérité de mener la belle vie.

C’est alors qu’il est brutalement assailli avec sa femme par deux cambrioleurs, dans sa maison de campagne, où il emmène d’ailleurs certaines de ses conquêtes. Pendant quelques instants, lui et sa femme sont en danger de mort, puis les cambrioleurs prennent la fuite. Ils sont rapidement arrêtés mais comme ce sont des immigrés russes clandestins, ils ne restent pas derrière les barreaux et sont expulsés. Les Willenbrock commencent alors à passer leurs nuits la peur au ventre, ils ont beau tenter de se dire par réflexe qu’il suffit d’oublier toute cette histoire, cela ne marche plus, ni rien d’autre, d’ailleurs, ils ne sentent plus en sécurité nulle part.

Axel Prahl incarne à la perfection cet homme, d’un naturel aussi bon que prétentieux, qui voit son monde s’effriter peu à peu et n’arrive pas à comprendre qu’il a un problème et qu’il lui faut changer quelque chose en lui-même. C’en est presque tragique, mais Dresen parvient à éviter que le film ne tourne au psychodrame sombre. Le ton demeure enjoué, mais des fissures apparaissent, la voie toute tracée se transforme en terrain glissant.

Willenbrock aurait dû savoir que cela ne pouvait pas continuer comme cela. Du temps de la RDA, quand il apprenait à faire du planeur avec son frère, et que celui-ci en avait profité pour passer à l’ouest avec son appareil, il avait déjà dû faire son deuil d’un rêve, celui de voler.

Le film trouve ainsi très bien le juste équilibre et on se demande pourquoi cette belle parabole de l’irruption peut-être salutaire de la peur dans une existence beaucoup trop pleine de certitudes n’a pas été retenue en compétition.

Thomas Neuhauser
Willenbrock
d'Andreas Dresen, d'après le roman de Christoph Hein
(Allemagne, 2004, 108 min.)
Avec : Axel Prahl, Inka Friedrich, Anne Ratte-Polle
Panorama

Edité le : 17-02-05
Dernière mise à jour le : 24-06-06