Tout le monde conviendra que le cancer n’est pas un sujet facile. Presque chacun d’entre nous a été confronté à cette maladie, voire à la mort, dans sa famille. On pense bien sûr d’abord au côté tragique de la chose. Et pourtant, comme le réalisateur avait été lui-même aux prises avec cette maladie, cette approche différente m’a séduit. Comment réussir ce tour de force, me suis-je dit. A la façon d’un Roberto Benigni dans « La vie est belle », sans doute l’un des meilleurs films sur les camps de concentration ? Peut-être est-ce précisément cet autre angle qui rend l’histoire intéressante, ou le rôle pour un acteur. Donc je n’ai senti aucun tiraillement. Le pauvre bougre qui attrape une telle maladie si jeune, est-ce qu’il a le choix ? La vie continue ! Dans le film, on l’entend dire une fois : « La tumeur est la politesse du désespoir. » C’est un peu, en condensé, le message du film : quel autre choix que de faire face à la maladie ! Et le mieux, c’est encore d’essayer de s’en sortir avec un peu d’humour.Quand on joue un cancéreux dans un registre comique, n’a-t-on pas tendance à perdre de vue la gravité de la situation ? Ou est-ce qu’au contraire, on réfléchit plus à la mort ?
Cela y fait beaucoup réfléchir, aucun doute. Une partie du film a été tourné à l’hôpital. Une scène même en cancérologie, il ne s’agissait pas de cliniques en carton-pâte ! Pas moyen d’avaler une seule bouchée du plateau-repas ! C’est bien sûr une question de respect et de sensibilité. On se retrouve embarqué dans le train-train du milieu hospitalier. Ou quand on est chez soi dans son bain, et que pour la première fois de sa vie on doit se raser tout le corps, se raser le crâne tous les jours et qu’en plus, on a droit à un maquillage blafard… Et puis mon père a eu un cancer juste au même moment. Ça fait pas mal gamberger sur le côté éphémère de la vie, sur la maladie. Sur l’évolution de cette maladie, que le réalisateur Robert Schwentke raconte très bien, pour l’avoir vécue dans sa chair. Comment se passe la première chimio ? Pourquoi la chimio n’attaque pas les tissus dans le corps, mais doit éviter tout contact avec la peau ? On s’aperçoit de ce que tout cela signifie. Pourquoi on essaie de passer le premier à la chimio, pour pouvoir aller dormir le plus vite possible, parce qu’ensuite, on vomit pendant huit heures d’affilée. Et ainsi de suite. Toutes ces questions, toutes ces pensées sont présentes. Ce côté grave est tout le temps présent, c’est certain, du simple fait que tout le monde autour de vous est moribond.Donc il s’agit bel et bien d’une expérience limite.
Absolument. Surtout quand on voit des scènes de séparation. C’est resté très présent tout le temps. C’était presque une consolation de pouvoir contrebalancer la tendance avec de l’humour. Sinon, même comme acteur, j’aurais eu du mal à supporter toute cette souffrance autour de moi. Ça recréait un certain équilibre.Ces dernières années, depuis le film « Allô pizza », vous êtes l’un des comédiens les plus demandés du cinéma allemand. Le succès vous a-t-il pris au dépourvu ou est-il arrivé juste quand vous l’attendiez ?
Le succès, c’est toujours le fait du hasard, la combinaison de deux choses, la réussite qu’on ressent soi-même, et la réussite aux yeux du public ou des médias. Le « succès » arrive quand les deux choses se rencontrent.
Pourquoi dites-vous « quand vous l’attendiez » ? J’ai débuté assez tard dans le métier et je suis heureux que ma manière de jouer ait réussi à percer. Si je peux faire en sorte que ce style soit accepté ou compris, et, dans le meilleur des cas, que le public l’apprécie, je ne peux que m’en féliciter. Est-ce arrivé au bon moment ou pas, j’ai du mal à en juger. Mais je ne peux pas me plaindre !
Et la suite, vous travaillez à un autre projet ?
Oui, je reviens de la première d’un film qui a été capital pour moi l’année dernière, « Antikörper » (anticorps), qui sort en salles en Allemagne en juillet et qui passe dans plusieurs festivals aux Etats-Unis. Il s’agit d’un combat entre le bien et le mal, unis en une même personne, avec une distribution prestigieuse, avec André Hennicke, Heinz Hoenig, Nina Proll, etc. Et puis il y a eu aussi « Almost Heaven » avec Heike Makatsch, que j’ai tourné en Jamaïque. Et un autre film avec Fabian Busch, qui sortira en salles cette année. Je lis en ce moment des scénarios pour l’été, entre autres un projet avec Til Schweiger. Dans quelques jours, je fais aussi ma première pièce radiophonique à Francfort. Ensuite je tourne un film pour la ZDF à Francfort, etc. Donc, du pain sur la planche ! Mais c’est difficile quand on veut maintenir un certain niveau. C’est ce que je répète toujours aux autres comédiens : nous, les créatifs, sommes responsables du niveau de qualité, et personne d’autre ! Et quand on prétend qu’il n’y a que de mauvais scénarios : on n’est pas obligé de les mettre en scène, on peut aussi aller planter des choux pendant 6 mois ! Nos réponses négatives structurent le marché. C’est pourquoi je trouve qu’il est absolument nécessaire de créer le prix du projet avorté de l’année. Il faudrait que ce soit le prix le mieux doté, car ils sont au moins aussi importants que les projets qui se font.
Bonne idée ! Comment faites-vous votre choix quand vous acceptez une offre : plutôt avec les tripes ou plutôt avec la tête ?
C’est un savant mélange des deux. Quand c’est pour le cinéma, je fais pas mal fonctionner la tête. Je me demande si la matière en question se démarque suffisamment des scénarios des téléfilms. Si elle a un vrai potentiel, « bigger than life ». Si elle mérite le grand écran. Car certains films de cinéma auraient fait d’excellents téléfilms, mais, pour des raisons quelconques, ils devaient à tout prix sortir en salles... Donc il faut quand même mobiliser les neurones. Lorsqu’il s’agit d’un rôle principal, je me dis bien : « Est-ce que c’est fait pour moi ? » Pour le reste, le choix se fait avec les tripes : « Est-ce que j’ai déjà joué ce genre de rôles ? Est-ce que j’apporte un plus ? Est-ce que ça me touche à la lecture ? Qu’est-ce que cela m’inspire ? Ça me fait envie ? C’est du nouveau ? Ça m’enthousiasme ? » Voilà toutes les questions qui me viennent pour faire mon choix. Et c’est la raison pour laquelle en Allemagne, on tombe la plupart du temps dans des productions à petit budget ou à zéro budget. Mais on ne fait pas cela que pour l’argent...Propos recueillis par Thomas Neuhauser (ARTE Deutschland) en mars 2005






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