La joie et le bonheur n’illuminent pas la compétition officielle cette année. C’est le moins qu’on puisse dire. Avec «
Linha de Passe » à l’esthétique grise, Walter Salles dresse un constat sévère et pessimiste sur le Brésil dans un ton qui se voudrait documentaire sans être toutefois neutre. À travers le destin de quatre frères, entre 10 et 25 ans, nés d’une mère femme de ménage et de pères différents, il montre les faux espoirs d’une jeune génération dont la vie est plombée. Du côté de l’Italie, le glas sonne aussi mais avec plus de panache grâce à «
Gomorra » de Matteo Garrone. Fleuve de douleur de plus de deux heures, ce film s’attaque à un monstre de taille : la Camorra napolitaine et son cortége de morts violentes. Un film qui démythifie enfin la mafia en détruisant le glamour hollywoodien du genre : il était temps de montrer la malfaisance crasse de cette organisation criminelle sans cinémascope, ni Al Pacino. Tout aussi déprimant, mais plus bucolique, le nouveau film de Depardon visite les damnés de la terre en voie d’extinction dans notre beau pays. Avec «
La Vie Moderne », il clôt sa trilogie sur la vie des paysans en terre cévenole, commencée il y a dix ans. Avant leur complète disparition.
Delphine Valloire