Berlinale 2005 - Panorama - 15/02/05
Yes
Un film de Sally Potter
Elle, irlandaise, et Lui, libanais, s’aiment à la folie dans le Londres d'aujourd’hui. Mais cet amour les emmène dans un voyage difficile entre leurs cultures et à travers le monde.
Les films de la Berlinale 2005
Synopsis : Londres, aujourd’hui. Une femme américaine d’origine irlandaise, « Elle », tente d’oublier le désastre de son mariage avec un politicien en évitant de le croiser et en s’absorbant dans son travail de biologiste moléculaire. Au cours d’un dîner, elle tombe passionnément amoureuse d’un homme venu du Liban, qu’elle a ébloui. « Il » est un chirurgien devenu cuisinier après son exil. Ils s’aiment à la folie et cet amour les emmène dans un voyage difficile entre leurs cultures et à travers le monde.
Critique : Yes est un électrochoc, un film bouleversant tout comme peut l’être ce mot « oui » dans la vie de bien des gens. Avec ce cinquième long métrage, Sally Potter surpasse de loin sa plus grande réussite à ce jour : la brillante adaptation d’Orlando de Virginia Woolf en 1992. Yes a d’ores et déjà été qualifié par certains de « film de femme pour les femmes » au vu d’une certaine sophistication, d’un esthétisme jusqu’au-boutiste et d’une sensibilité à vif. C’est peut-être vrai et sans doute faux. Car c’est surtout la réponse d’une grande artiste au traumatisme du 11 septembre 2001. Au travers de la relation passionnelle et des déchirures d’un couple « mixte », elle exprime les luttes, les rancœurs, les différences et les problèmes en un mot cette guerre qui divise aujourd’hui l’Occident et l’Orient. Et elle dégage l’horizon en donnant l’espoir d’une l’entente, d’un amour qui pourrait naître entre eux malgré tout grâce au « oui ».
Et si le film ressemble à ce point à un poème c’est qu’il en est peut-être un. Tous les dialogues ont été écrits par Sally Potter en pentamètres iambiques, vers de dix syllabes divisés utilisés par William Shakespeare. Mais ces vers sont écrits avec une fluidité et un naturel qui les rendent difficilement perceptibles : à l’oreille ils sonnent presque comme une chanson ou peut-être des mots d’à peine plus lyriques qu’à l’ordinaire. Tout se répond dans le film. Cet écho perpétuel, de symboles en symboles, donne une furieuse envie de revoir ce film inépuisable de sens encore et encore. Par exemple, la poussière qui salit les vies concorde avec le vide à faire avant d’entrer en amour, état lui-même lié à la nudité des personnages, au blanc immaculé artificiel des murs, et à l’hypocrisie d’un politicien.
Yes reste néanmoins une histoire : celle d’une femme amoureuse qui quitte un homme pour un autre. Sam Neill dans le rôle de l’homme politique qui trompe sa femme, un mari insupportable de calme et de faux-semblants, arrive malgré tout à se rendre sympathique en dansant comme un ado sur du blues dans son salon immaculé. La femme de ménage (excellente Shirley Henderson) joue le chœur antique en dissertant face caméra sur la saleté et la propreté du monde qui l’entoure. L’humour et l’ironie de Sally Potter équilibrent les ruptures et les batailles du film comme une respiration avec une infinie subtilité. Quant à Joan Allen et Simon Abkarian, tous deux magnifiques, ils expriment chaque émotion avec un envol et une justesse légèrement décalés au plus proche donc de ce qu’est la réalité des sentiments amoureux. Sally Potter décompose et recompose dans des ralentis complexes les gestes de leur passion. Et son regard donne une beauté absolue à ce cœur qui bat.
Delphine Valloire
Yes
(Royaume-Uni, 2004, 95 min)
De Sally Potter
Avec Joan Allen, Simon Abkarian, Sam Neill, Shirley Henderson
Section Panorama
Edité le : 15-02-05
Dernière mise à jour le : 15-02-05