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Modes de vie, cultures, ambitions

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05/05/04

« L’Europe est un monde meilleur »

Réalisatrice de "La nouvelle Pologne : génération 89"


La Pologne se prépare à quitter le pacte de Varsovie pour l’Union européenne : le « nouveau départ » n’aura duré que 15 ans. En Europe de l’Ouest, les acteurs économiques voient dans l’adhésion la promesse d’une main-d’œuvre bon marché ; en revanche, les syndicats redoutent une délocalisation de pans entiers de l’industrie. L’Europe fait fi des craintes exprimées au sein du plus grand des nouveaux Etats membres. Qu’attendent les Polonais de l’Europe ?

La réalisatrice Maria Zmarz-Koczanowicz travaille et vit en Pologne. A l’issue d’études de peinture, de philosophie et de réalisation à Wroclaw et à Katowice, elle tourne de nombreux documentaires, plusieurs fois récompensés pour certains, comme « The office » (Le bureau) (1986) et « I am a male man » (Je suis un homme viril) (1985). Son nouveau documentaire « Génération 89 » est au centre d’une soirée thématique sur ARTE.


Votre film « Génération 89 » retrace le parcours des étudiants de l’université de Varsovie depuis la révolution pacifique.
Que s’est-il passé depuis 1989 ?

En 1989, je venais de tourner un film sur l’« Alternative orange», un mouvement social en Pologne. C’est à cette époque que mon fils Thadeus est né. Pour moi, c’était plus important d’être enceinte, de vivre cette expérience de l’accouchement, que de participer à la transformation politique de mon pays.
Comment avez-vous vécu à l’époque cette transformation politique ?

J’ai suivi tous les événements à la télévision et ils me semblaient aussi irréels qu’une fiction. Je me souviens avoir été très impressionnée par la révolution en Roumanie. Tout à coup, un tournant politique paraissait également possible en Pologne.

Vous êtes une réalisatrice reconnue sur le plan international. Sans l’ouverture des frontières, vous seriez moins libre dans votre travail.
Doutez-vous parfois, en dépit de cela, de vos objectifs de l’époque ?

Je suis certainement ressortie gagnante de cette transformation. Et pourtant, j’ai changé d’avis. J’avais peur à l’époque, mais j’étais persuadée que tout finirait bien. Je n’en suis plus aussi sûre aujourd’hui.

Connaissez-vous des gens qui sont sortis moins indemnes du changement de système ?

Je pense surtout à ceux qui étaient comme Monsieur Tout-le-monde et n’ont pas supporté de devenir une personnalité politique de premier plan. Populisme, corruption, anarchie : pour l’homme de la rue, la politique n’est qu’une suite de frustrations. Mais plus sérieusement : mon documentaire « Coal » (Charbon) montre la terrible situation en haute Silésie. Là-bas, les jeunes volent du charbon dans les trains de marchandises parce qu’ils ne trouvent pas de travail. Ce manque de perspectives est réellement choquant.

Depuis, la Pologne a radicalement changé.
Quels sont les problèmes aujourd’hui, à votre avis ?
Beaucoup de gens se plaignent de l’inertie politique. Mais je ne suis pas de ceux-là. Nous sommes aujourd’hui un Etat indépendant et nous vivons en liberté. Nous avons d’autres problèmes, notamment ceux hérités de la mentalité communiste. Les gens ont des difficultés à s’adapter au nouveau système. Ils sont impuissants face à la nouvelle situation, ils ne trouvent pas de travail et attendent une assistance de l’Etat. Mais l’Etat ne peut pas les aider. En ce qui me concerne, je suis surtout abasourdie par le partage inique des richesses et par les énormes écarts de salaires.

Et les illusions de 1989 ? Sont-elles devenues réalité ou ont-elles été mises aux oubliettes ?

Notre société est fondée sur l’idée de la solidarité. La solidarité est notre arme contre le mal. Après la frénésie mercantile des premières années, nous sommes mûrs pour faire renaître cette idée de ses cendres.

Le 1er mai, la Pologne entrera dans l’Union européenne.
Qu’est-ce que les Polonais attendent de cette adhésion ?

Pour nous, l’Europe est un monde meilleur, dont nous rêvions à l’époque du communisme. Les Polonais espèrent que l’UE les protégera du totalitarisme. Il faut que la démocratie, le respect et la tolérance soient garantis. Mais les Polonais misent aussi sur une vie plus agréable. Ils y voient tout simplement une nouvelle chance.

L’adhésion à l’UE suscite-t-elle des craintes ?

Bien sûr, beaucoup de Polonais ont peur de l’Union européenne. Ils ont peur de ne pas être compétitifs ou de ne pas être pris au sérieux. Les nationalistes radicaux exploitent cette peur. Mais je crois que ce sont surtout les plus âgés qui attisent ces craintes. La jeune génération est enthousiasmée par la Communauté européenne et se félicite de l’adhésion.

Que souhaitez-vous pour l’avenir ?

Je souhaite des hommes politiques qui ne perdent pas la tête et ne détruisent pas nos acquis.

Propos recueillis par Gerald Reuther.

Edité le : 22-04-04
Dernière mise à jour le : 05-05-04