Panayiotis Pantelides a grandi dans la partie grecque de Chypre. Il est directeur de recherche et de séminaire à l’European Institute of Cyprus de Nicosie, chargé de l’organisation de séminaires et de projets de recherche relatifs à l’entrée de Chypre dans l’UE, et opposant farouche à la division.
Au moment de la réunification, l’Allemagne était euphorique. A Chypre, le processus de réunification est accueilli avec réserve.
Est-ce un avantage pour l’avenir des relations entre les deux peuples ?
Non. Nous sommes fatigués de cette maudite frontière. C’est vrai que notre situation est comparable à celle de la réunification allemande et un peu d’euphorie ne ferait pas de mal à Chypre, mais les gens doivent d’abord y être préparés. Jusqu’à présent, les relations entre les Turcs et les Grecs ont été marquées par des dissensions que les hommes politiques ont attisées pour pérenniser la division.
La déception perce dans vos propos...
Les Chypriotes sont partagés entre ceux qui préfèrent que Chypre reste divisée, et ceux, et ils sont nombreux, qui se battent pour régler définitivement le problème et oeuvrent à la réunification. Du côté turc comme d’ailleurs du côté grec, beaucoup de Chypriotes ont compris que Grecs et Turcs possèdent des valeurs et une culture communes. L’ouverture de la frontière en avril 2003 a permis pour la première fois d’établir de nouveaux contacts entre les deux communautés, qui commencent à s’apprécier. On ne cherche plus la petite bête. Des amitiés se nouent.
Un exemple concret peut-être ?
Pour la première fois, les gens peuvent retourner en visite dans les villages dont ils avaient été expulsés, certains découvrent la maison de leurs parents. Les gens se retrouvent. Prenons la péninsule de Carpenas et son magnifique espace naturel protégé : des artistes de théâtre s’y retrouvent pour jouer. On vient de toute l’île pour faire avancer ce projet. Les gens commencent vraiment à travailler ensemble. Nous avons besoin de ce genre d’expérience pour reconstruire une forme de communauté entre les populations.
Le secrétaire général de l’ONU a proposé un Plan pour régler la question de Chypre. Les chypriotes grecs et turcs doivent se prononcer sur ce plan de réunification par référendum le 24 avril.
A votre avis, les deux parties de Chypre approuveront-elles le Plan ?
Les partis politiques, surtout dans la partie grecque, discutent actuellement de ce plan et tentent de définir leur position. La situation est donc très instable et il est difficile de faire un quelconque pronostic. La semaine dernière, le président de la République de Chypre, Tassos Papadopoulos, a rejeté le Plan. Il y a du pessimisme dans l’air. Les gens sont déstabilisés, on a l’impression que la balance penche vers le non, vers le rejet du Plan. Mais nous espérons que le vent tournera et que le compromis sera accepté.
Qu’est-ce qui s’oppose à l’adoption du Plan?
Les gens veulent savoir ce qu’il signifie concrètement pour eux. On a l’impression de manquer d’information. Il arrive qu’on entende ici et là des propos nationalistes. Il faudra encore fournir un sérieux travail de communication avant le référendum.
D’où vient cette incertitude ?
Le conflit ne date pas d’hier. C’est en 1974 que l’île a été divisée et depuis, les deux communautés vivent en totale indépendance l’une de l’autre. Si on veut vraiment changer les choses, il faudra faire des compromis de part et d’autre - or le compromis crée l’incertitude. Beaucoup de Chypriotes grecs chassés en 1974 vont revenir, certains non. Même si le plan prévoit des phases de transition permettant d’acquérir des terres, de créer des entreprises, etc., les gens restent sceptiques.
Que signifierait un refus du plan de l’ONU ?
Chypre serait isolée au plan international. L’UE ne verrait pas d’un bon œil que Chypre mette dans la corbeille de l’adhésion ses vieux conflits non résolus – ses relations avec la Turquie en souffrirait. Elle fait donc pression, ce qui braque les gens. Pourtant, nous avons encore l’espoir que d’ici la fin du mois les politiques admettent enfin, que c’est une chance historique qui s’offre à nous de réunifier Chypre.
Propos recueillis par Gerald Reuther






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