Au dix-septième siècle, la localisation d'Herculanum n'était qu'une rumeur vague, sans précision ; tout avait disparu depuis des siècles, lors de la même éruption de l'an 79 qui avait ravagé Pompéi par une pluie de cendres.L'empereur Titus, considérant l'ampleur de la catastrophe, avait décidé que les deux villes ne seraient pas reconstruites.
Herculanum reposait depuis sous dix à quinze mètres de boue durcie par le soleil. A sa surface, à l'époque de Poussin, prospérait le village de Resina (corruption de Retina, nom du port d'Herculanum), oublieux de la cité des morts enfouie dans son tréfonds.
Voici pourquoi les deux bergers posaient leurs index sur la tombe, l'un sur l'autre. Hercule, par son doigt, désignait Herculanum - dont la légende disait qu'il était le fondateur - tandis que le berger figurant le Bouvier désignait Gemma de la Couronne. (La gemme était l'autre nom donné en français à la résine.)Donc Poussin avait précisé picturalement, par le jeu des index, en usant d'un jeu de mots, qu'Herculanum était sous Resina - comme sur la photographie ci-contre on voit le niveau de la ville antique bien en-dessous du niveau de Resina (dont les maisons apparaissent dans le coin supérieur gauche de la photographie).
« HISTOIRE OFFICIELLE D'UNE DECOUVERTE »

Dans les textes imprimés depuis la renaissance, on ne trouve que quelques allusions à Herculanum et Pompéi, sans aucune localisation ou avec un emplacement erroné (par ex., le livre de Francesco Balzano : "L'ancien Herculanum, l'actuel Torre d'El Greco, arraché à l'oubli", 1688). Il faut excepter le fameux poème, oeuvre bien connue de Poussin, publié en 1504 par Sannazar : "ARCADIA", qui imaginait, dans l'univers poétique virgilien qui était le sien, la découverte de Pompéi à l'endroit, alors recouvert de vignes, nommé Civita (la Cité). Cet emplacement était exact. Il faudra pourtant attendre 1763 pour une authentification certaine du site et le début de véritables fouilles.
N'était-ce pas, d'ailleurs, un clin d'oeil que se faisait Poussin à lui-même avec délectation, en signant son tableau par un ET IN ARCADIA EGO également compris comme voulant dire : "Moi aussi, j'ai l'Arcadia de Sannazar en partage".
Il n'est pas inutile de réfléchir à la force de cette allusion à l'Arcadia de Sannazar : il existait un lien particulier et connu entre le tombeau de Virgile et le poète de la Renaissance : ce dernier était enterré à proximité du mausolée de son modèle latin !
Voici l'épitaphe qu'en avait composée le cardinal Bembo au 16e siècle, et sa traduction par l'abbé de Saint-Non dans son Voyage Pictoresque (G. Peignot, "Le Tombeau de Virgile", p. 22, Ed. Lagier, Dijon, 1840) :
"Da sacro cineri flores :
hic ille MaroniSincerus musa proximus et tumulo"
"Passant, jetez ici des fleurs à pleines mains,
L'immortel Sannazar repose en cet asile ;
Il est sur le Parnasse assis près de Virgile,
Et leurs deux tombeaux sont voisins."
(Sincerus était le nom de littérateur adopté par Sannazar)
[...]Nous présentons Poussin comme premier détenteur identifié du secret du site d'Herculanum. Mais, comment l'histoire officielle nous narre-t-elle la chose ? [...]
Un jour (après 1710), un paysan de Resina, giovanni Battista Nocerino, entreprit d'approfondir son puits asséché. Il remonta ainsi des morceaux de marbre taillés. Mis en leur présence, le prince autrichien d'Elbeuf comprit leur origine antique. Il acheta donc le champ et fit procéder à des fouilles dans le puits, par des galeries rayonnantes. Quelques jours plus tard, les ouvriers trouvèrent une première statue, et c'était une statue d'Hercule.

"Maintenant qu'il avait trouvé trois des douze statues qui ornaient le portique du temple d'Hercule, d'Elboeuf était sûr de découvrir les autres. Il poursuivit les travaux, mais, redoutant que la nouvelle ne s'ébruitât, il fit l'impossible pour la tenir secrète" (E.C. Corti, Vie, Mort et Résurrection d'Herculanum et de Pompéi, E.C. Corti, Plon, 1953, p.104)
[...]
La reprise des fouilles, après la grande éruption de mai 1737, fit ensuite tomber au beau milieu de la scène du théâtre d'Herculanum. Le mur de cette scène était "rempli de sculptures, littéralement entassées les unes sur les autres" (Ceram, Des Dieux, des Tombeaux, des Savants, Ed. Plon, 1952, p. 18).
Le 11 décembre 1738, dans le même lieu, est découverte une inscription révélant le nom de la ville : "Theatrum Herculanense". A partir de ce puits, des fouilles actives furent menées, sous l'impulsion passionnée de Marie-Amélie-Christine, épouse de Charles de Bourbon, roi des deux Siciles.
On ne peut s'empêcher de penser que, sans attendre l'ouverture de ces campagnes archéologiques d'opérette, des fouilleurs clandestins avaient eu connaissance du site, sans chercher à laisser un nom dans l'histoire, même s'ils n'avaient pu exploiter ce gisement. La naïveté ne serait-elle pas de croire que les perspicaces érudits natifs de la région aient attendu l'arrivée d'un militaire autrichien pour explorer un peu sous leurs pieds, par le recours à des puisatiers ?
Poussin aurait pu être mis dans cette confidence.
De là, selon nous, la deuxième version des Bergers d'Arcadie, fort différente, et pour cause, de la première.
Source : voir le site






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