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Rentrée littéraire 08

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Rentrée littéraire 08

Daniel Kehlmann - 19/01/07

Les Arpenteurs du monde

Les Arpenteurs du monde nous plonge avec humour dans les affres de l’existence de deux grands génies, Humboldt et Gauss.

Daniel Kehlmann
Les Arpenteurs du monde
Traduit de l' allemand par Juliette Aubert
Actes Sud, janvier 07
304 pages / 21 €

Age d’or des découvertes scientifiques, le XIXe siècle voit naître des hommes avides d’apprendre et d’appréhender le monde de manière exacte. Daniel Kehlmann fait le portrait de deux passionnés, Alexander von Humboldt, naturaliste et explorateur, et Carl Friedrich Gauss, du nom de la fameuse courbe. Le jeune auteur délaie dans l’alternance des deux existences, un humour fin et pince-sans-rire.
Les scènes flirtent avec le cocasse, et les deux savants présentés comme des illuminés doux et passionnés font sourire. Les scènes décrites par Daniel Kehlmann foisonnent de détails décalés, de pépites à dénicher au creux d’une langue riche et dense.
A l’origine de ce roman, se situe une rencontre qui se déroule entre les deux grands hommes en 1828, et aboutit à la mesure du champ électromagnétique. Daniel Kehlmann opère une remontée dans le temps, en livrant les épisodes marquants de la vie des deux protagonistes, de leur enfance à leurs grandes découvertes. Cette mise en parallèle nous oblige à regarder autrement les existences assombries par les ouvrages théoriques.
Après avoir exploré les mines de sel et cavités du continent européen, promu directeur des mines du Brandebourg, Humboldt abandonne à la disparition de sa mère, une carrière prometteuse. Son projet d’étudier le vivant le mène dans des contrées inexplorées, et il s’embarque pour le continent américain. De la jungle luxuriante aux montagnes enneigées et glacées, il étudie les animaux, les paysages, les peuples ; accompagné d’Aimé Bonpland, il établit une topographie du relief des certaines régions et remonte l’Orénoque sur les traces d’Aguirre, pour dénicher la source de l’Amazone.
« Parfois, il se posait des questions. Normalement, il aurait dû inspecter des mines. Il aurait habité dans un château allemand, engendré des enfants, chassé le cerf le dimanche et séjourné une fois par mois à Weimar. Et voilà qu’il était assis là, au milieu d’un déluge, sous d’autres cieux, à attendre un bateau qui ne viendrait pas. »

Humboldt pris d'une frénésie de mesures, ne peut s’empêcher lors du voyage à cheval qui l’emmène en Espagne, d'arpenter chaque colline, de comptabiliser chaque grotte sous l’œil hagard de son comparse, réfutant également sur le bateau, les calculs approximatifs du capitaine.
« Mais comment peut-on vivre, demanda Humboldt, rendu irritable par sa lutte contre le mal de mer, si on n’accorde aucune importance à l’exactitude. »
Le surnaturel fait des apparitions microscopiques sous l’apparence de monstres marins, aperçus sur l’écume, ou de sphère métallique survolant l’Orénoque, fleuve peuplé de mystères et de légendes colportées par les esprits impressionnables. 

Face à cette existence mouvementée, celle de Gauss, qui s'attelle à sa table de travail, paraît bien fade. Mais c'est sans compter sur son quotidien. Enfant prodige issu d’un milieu modeste, Carl Friedrich Gauss manie dés son plus jeune âge, les chiffres. Eminent mathématicien, ses recherches font office en la matière. Marié, père de famille, il concilie sa vie, fortement chamboulée par le décès de sa femme à une insensiblité aux êtres qui l'entourent. Les chapitres le concernant le montre comme un esprit vif, lassé de la lenteur de réflexion de ses contemporains. Inquiet de devoir disparaître avant d’avoir mené à terme, ses travaux, il n’a de cesse de progresser. Tous deux représentent l’esprit allemand, et Daniel Kehlmann malmène avec respect cet état de fait.

Ces deux existences aussi différentes que possible, sont néanmoins liées par l’avidité de comprendre et de « mesurer le monde » d’après le titre original du roman. Les êtres humains ne sont que des objets à étudier et l’amour de Gauss pour sa femme, Johanna est aussi éphémère que celui qu’il éprouve pour ses enfants. et son second mariage avec Minna, la meilleure amie de sa défunte épouse, guidé par des contingences matérielles, le pousse hors de chez lui. 
« Il repensa à leur mariage, à l’effroi qu’il avait ressenti en la voyant habillée de blanc, un joyeux sourire découvrant ses grandes dents. A ce moment-là, il avait compris son erreur. Le problème, ce n’était pas qu’il ne l’aimait pas ; c’était qu’il ne pouvait pas la supporter. Sa présence le rendait nerveux et malheureux, sa voix lui faisait l’effet d’une craie crissant sur une ardoise, il se sentait seul dés qu’il voyait son visage, fût-ce loin, et le simple fait de penser à elle lui donnait envie de mourir. Pourquoi était-il devenu arpenteur ? Pour ne pas être à la maison. »
Daniel Kehlmann avec un sens de l’absurde et une grande érudition, transforme la réalité de la vie de Humboldt et Gauss, pour le plus grand plaisir des lecteurs et nous offre une relecture des grands moments de l'histoire des sciences.
Le sujet est forcément plaisant et attrayant. Même si les débuts du récit souffrent de lourdeurs et de longueurs, les détails littéraire glissés ça et là, font vite oublier ce défaut.
Phénomène d’édition, Les Arpenteurs du monde publié à l’automne 2005 en Allemagne a réussi à déloger Harry Potter de son trône, avec 500 000 exemplaires vendus. Daniel Kehlmann est d’ores et déjà considéré comme un auteur incontournable de la littérature allemande.
Alexandra Morardet

  • Daniel Kehlmann est né à Munich en 1975. Il publie son premier roman à 22 ans. Il a étudié la philosophie et la littérature.
    Etabli à Vienne depuis une vingtaine d'années, il a déja publié sept livres dont Moi et Kaminski (Actes Sud, 2004).

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Daniel Kehlmann
Les Arpenteurs du monde
Traduit de l' allemand par Juliette Aubert
Actes Sud, janvier 07
304 pages / 21 €
ISBN 2-7427-6545-X
www.actes-sud.fr/

Article du 11 janvier 07
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Edité le : 10-01-07
Dernière mise à jour le : 19-01-07