Pierre PelotLes Normales saisonnières
Editions Héloïse d'Ormesson
Août 07
224 pages / 19 €
Entre la pointe du Van et celle du Raz, hors saison, un homme, Datier arrive en taxi sur le bord de mer et déambule sur la grève, entretenant un étrange dialogue avec lui-même ou un autre. Sur la plage balayée par un vent glacé, il aperçoit la silhouette d'une femme fuyant son existence, réminiscence de celle qu'il a toujours aimée.
Datier est animé par un sentiment de vengeance et au coeur du silence de l'hôtel dans lequel il séjourne, il fomente son plan, et ressasse ses souvenirs. La nuit, les ruelles endormies le mènent toujours vers une maison qu'il observe avidemment.
Le personnage, affublé d’un prénom cinématographique, Cochise, se souvient de Ludiviane, l’amour de sa vie, rencontrée durant ses plus jeunes années. Cochise qu'elle appellait Colchique, vieilli semble porter la solitude de cet amour absolu.
Le récit s’étire dans l’âpreté et la froideur de la vengeance silencieuse. Les années se sont écoulées mais le passé vivace a surgi pour blesser Cochise. L’affront doit être lavé, malgré le temps.
Pierre Pelot ménage le suspens jusqu’aux dernières limites et décrit le processus de vengeance d’une manière chirurgicale. Il apporte un soin maniaque au détail descriptif, élucidant chaque scène d’une manière presque cinématographique.
Les raisons ordinaires de cet acte sont d’une beauté émouvante. L’amour tenace renforcé par le temps qui unit deux êtres liés depuis l’enfance n’admet pas d’éraflure.
« Des flocons se posaient sur les yeux grands ouverts de Ludiviane, sur les fibres de laine de son bonnet, se posaient sur ses lèvres qui souriaient avec une immense gravité et la neige dansait autour d’eux, c’était l’été dans un soleil brûlant derrière le ciel de brume et les milliards de flocons dansants. »
Un revolver aura tôt fait de réparer cette blessure.
Les Normales saisonnières est un roman dont l’ambiance reste prégnante. L’histoire de cet amour qui semble traverser les affres de l’existence sans encombres ne peut s’entacher à son crépuscule de la moindre brûlure. Pierre Pelot décortique les actes et livre à travers eux la genèse des plus beaux souvenirs.
Alexandra Morardet








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