21h00 : Pat Garrett & Billy the kid
La fin d’une époque et d’une amitié à travers le destin violent de deux légendes de l’Ouest : un western crépusculaire aux accents élégiaques de Sam Peckinpah, porté par la musique inspirée et la participation sibylline de Bob Dylan.Nouveau Mexique, 1881. Gagné par la lassitude de l’âge, Pat Garrett a accepté de devenir shériff du comté de Lincoln. Désormais de l’autre côté de la barrière, il se rend chez son ami et ancien compagnon de route Billy le Kid, à qui il conseille de prendre la fuite. Mais le jeune hors-la-loi refuse et se retrouve bientôt assiégé avec deux compagnons par Garrett et ses hommes.
Les temps changent / The Times they are a-changingFilm maudit, mutilé et remonté à l’époque de sa sortie sans l’accord de son réalisateur, Pat Garrett et Billy le Kid est pourtant l’un des films les plus personnels de Sam Peckinpah. Connu pour mettre en scène une violence stylisée, qui renouvelle en le dynamitant le genre du western comme dans La horde sauvage, Sam Peckinpah est choisi par les producteurs de la MGM, -en dépit de sa réputation de réalisateur incontrôlable-, pour livrer une version réaliste du destin de deux légendes de l’Ouest américain. Sans être à l’origine du projet, l’auteur de Coups de feu dans la Sierra le fait sien, trouvant un écho à sa propre vie dans le désenchantement et l’amertume de Pat Garrett, tel qu’il est interprété par James Coburn. Récit d’une amitié finissante, jeunesse et liberté écrasées par l’ordre nouveau d’un monde dominé par l’argent, ce western crépusculaire aux accents élégiaques, traversé de brusques éclats de violence, reflète les préoccupations d’un cinéaste miné par l’alcool et les tourments. Si Peckinpah impose le chanteur folk Kris Kristofferson dans son premier grand rôle, il propose aussi à Bob Dylan de faire l’acteur et lui offre un rôle à sa mesure, celui d’un personnage énigmatique qui n’appartient à aucun camp. En symbiose avec le cinéaste, Dylan contribue à la dimension mélancolique de cette œuvre nostalgique par une bande originale inspirée, dont le désormais classique “Knocking on heaven’s door” accompagnant l’une des plus belles séquences du film.
Film de Sam Peckinpah
(États-Unis, 1973, 1h41mn, VF)
Scénario : Rudolph Wurlitzer
Avec : James Coburn (le shériff Pat Garrett), Kris Kristofferson (Billy le Kid/William H.Bonney), Bob Dylan (Alias), Richard Jaeckel (le shériff Kip McKinney), Katy Jurado (Mrs. Baker), Jason Robards (le gouverneur Lew Wallace)
Image : John Coquillon / Montage : Roger Spottiswoode, David Berlatzky, Garth Craven, Tony de Zarraga, Richard Halsey, Robert L. Wolfe
Musique : Bob Dylan / Production : Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)
22h40 : No direction home
Dylan par Scorsese, ou la naissance d’un mythe, de son enfance à l’année 1966, date de sa rupture avec le public folk et de l’accident de moto qui interrompit sa carrière. Une biographie musicale en forme de chef-d’œuvre.Rien ne prédisposait le jeune Robert Allen Zimmerman, né en 1941, à devenir, à son corps défendant, le porte-parole de sa génération. À la fin des années cinquante, il découvre la musique country, change son nom en Bob Dylan (en hommage, semble-t-il, au poète irlandais Dylan Thomas) et surtout s’abreuve à l’immense répertoire des folk songs, n’hésitant pas à “emprunter” durablement des centaines de disques à de fins connaisseurs du genre. En quelques mois, il rejoint New York et se mêle aux beatniks de Greenwich Village, où il débute en chantant dans des cafés. Très vite, influencé par Kerouac et plus encore par Woody Guthrie, à qui il voue une profonde admiration, le jeune homme de 20 ans révèle des dons de poète et de songwriter fracassants. De 1961 à 1966, Bob Dylan passe brutalement du statut de coqueluche du Newport Folk Festival, jeune chanteur engagé et adulé, à celui de traître à la cause du folk, conspué par un public intransigeant lors de sa tournée européenne, coupable d’avoir électrifié sa guitare acoustique. De la protest song au rock’n roll, Dylan se montre insaisissable, refusant les étiquettes et rétif à toute forme de récupération politique, y compris celle de la gauche contestataire. C’est cette image de ménestrel viscéralement indépendant, qui se dit sans racines autres que la musique, artiste exigeant se plaisant à cultiver le mystère sous une attitude mi-narquoise, mi-espiègle, qui domine au fil de ce fabuleux film fleuve.

"Chroniques, vol. 1"
Bob Dylan
aux Editions Fayard
>> Lire notre article
"L'Album Bob Dylan 1956-1966"
Fayard, oct.05
Un livre pour les Dylanmaniaques illustrant la décennie qui s'avérera décisive dans la carrière de Bob Dylan : interviews, photographies d'archives, reproductions de textes de chansons et autres documents exceptionnels émanant de collectionneurs du monde entier.

Comment un tout jeune homme venu d’un coin perdu du Minnesota est-il devenu en quelques années l’icône absolue de la culture et de la musique populaire ? Tel est le sujet de cet exceptionnel documentaire signé Martin Scorsese qui, outre sa passionnante série sur le blues et son récent opus sur les Rolling Stones en concert (Shine a light, sur les écrans français depuis le 16 avril) avait filmé en 1976 le concert d’adieu du groupe The Band, auquel participait Bob Dylan, leur mentor, dans The Last Waltz. Nourri de documents d’archives rares et de témoignages de choix, ce portrait de l’artiste en jeune homme revient sur l’éclosion d’un talent fulgurant, depuis une enfance sans histoire jusqu’à un moment crucial de sa carrière. Passé maître dans l’art du montage en contrepoint, Scorsese met en regard d’ahurissants passages du concert surréaliste de Londres en 1966, où le musicien joue sous les huées d’un public qui lui crie “Judas” ou “Dylan go home !”, avec des extraits d’un entretien récent où Bob Dylan, veste de cuir noir et regard bleu pétillant, se livre comme rarement. Les vestiges du maccarthysme, le combat pour les droits civiques des Noirs, la guerre du Vietnam, Joan Baez et Pete Seeger, Johnny Cash et Allen Ginsberg, la marche sur Washington de Martin Luther King et l’assassinat de JFK, Robert Johnson et Odetta, tout un pan de l’Amérique est là, absorbé et magnifié par un musicien de génie.
(États-Unis/Royaume-Uni/ /Japon, 2005, 3h27mn)









Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter